Les Russes dans la peur des attentats

Les attentats qui ont frappé plusieurs pays du monde ces dernières semaines ont effrayé les Russes et, selon un sondage du VSTIOM, le degré d’inquiétude de la population n’a jamais été aussi élevé.

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La Loubianka à Moscou, siège du FSB Photo : M.Demidoff/Russie Info

Selon le dernier sondage du centre russe VSTIOM (ВЦИОМ), près des trois quarts des Russes sont inquiets, pour eux ou leur famille, de devenir une victime d'une attaque terroriste. Plus de 30% des personnes interviewées disent avoir "très peur" tandis que seulement 12% disent "ne pas penser à ce sujet."

Aucun indicateur des sondages n’avait été enregistré aussi haut depuis les dix dernières années, même après les explosions dans le métro de Moscou en 2010. Ce chiffre a par ailleurs augmenté de manière significative ce dernier mois.

Les médias russes anxiogènes

Pour le directeur général de VTsIOM, Valery Fedorov, cette augmentation est liée à la succession d'accidents tragiques des dernières semaines (le crash de l’avion russe en Egypte, les attentats terroristes à Paris, et l’avion militaire russe abattu en Syrie) mais aussi au traitement de l’information par les médias. Les experts estiment qu’ils devraient atténuer la circulation de l'information qui fait grimper le niveau d'anxiété. D’après eux, le degré d’inquiétude de la population peut provoquer des réactions imprévisibles de la société en cas d’attaque.

"Si "plus de 30% » des Russes commencent à éprouver de la peur, ce qui n’était pas le cas avant, cela signifie que la peur est ancrée profondément dans l'inconscient collectif," a expliqué au journal russe Kommersant la responsable du département de sociologie et psychologie de l’Université d’Etat de Moscou, Elena Shestopal.

Pour elle, les médias russes doivent sans aucun doute donner les détails des attaques terroristes, mais ne devraient pas les accompagner avec des informations telles que "les attentats à Paris ont créé une réaction plus forte dans le monde que la mort de touristes russes en Egypte."
Ces informations de fond ne font que renforcer la "concentration de la négativité dans la conscience de masse", pouvant pousser la société à des "réactions imprévisibles" telle que de l’agressivité.

Avoir confiance n’empêche pas la peur

Dans ces circonstances, plus de la moitié des personnes espèrent que le gouvernement va les protéger "contre les nouvelles attaques terroristes".

"Depuis la Crimée, l’opinion publique ne doute largement plus des capacités de l'État, en particulier dans les domaines militaires et de la sécurité", a déclaré Valery Fedorov. Cependant, "l'espérance ne supprime pas les craintes" a précisé le chef de projet chez VTsIOM, Ioulia Baskakov.

Selon elle, ceux qui croient que le gouvernement va les protéger contre des nouvelles attaques terroristes, ont aussi peur que ceux qui n’attendent pas grand chose du gouvernement.

Renforcer le FSB contre le terrorisme

Dans ce contexte, 44% des Russes interrogés par le Centre sociologique russe Levada pensent que la coopération internationale avec d'autres pays pour combattre le terrorisme est une bonne chose.

Relayé par le site russe Sputnik, les résultats du sondage montrent également que 41% des personnes interrogées pensent qu'il est nécessaire de durcir la politique d'immigration et 39% prônent le renforcement du travail des services de renseignement. Ainsi après les attentats contre l'avion russe en Égypte et Paris, 28% des Russes proposent de "se concentrer sur la protection de la population russe des menaces terroristes sur le territoire russe et d'accorder des pouvoirs supplémentaires aux services de renseignement"

Selon le sondage Levada, la part de ceux qui pensent que "les renseignements russes jouent un rôle très important" et que leurs pouvoirs actuels "correspondent parfaitement à cette tâche" est passée de 45% en 2011 à 59% aujourd'hui. Cependant, 39% des Russes estiment que les mesures de sécurité prises en Russie au vu du risque d'attentat émanant de Daech sont insuffisantes.

Ainsi, aujourd’hui en Russie, ils ne seraient plus que 24% (contre 33% en 2011) à trouver que les renseignements possèdent aujourd'hui des "pouvoirs trop grands et incontrôlés". Un chiffre qui s’articule avec les 73% des personnes interrogées qui pensent que des attentats pourraient se produire aujourd'hui, alors qu'elles étaient seulement 48% en octobre.

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