Les puces de Moscou, un concentré d’histoire russe

Dimanche dernier, Moscou a ouvert le saison des brocantes en plein air avec son cinquième marché aux puces. Elena Krentsel, organisatrice de l’événement, explique à RUSSIE INFO ce que représente la brocante pour les Russes.

russie-russes-moscou-marché-commerce-societe-histoire
Photo Hélène Chagaeva

L’existence des brocantes moscovites remonte à 1812, avec l’incendie et le pillage de Moscou qui ont suivi l’entrée de Napoléon dans la capitale. Ces évènements ont privé les habitants du nécessaire et provoqué un éparpillement des biens. Pour régler la situation la municipalité a estimé que les objets, pris lors du pillage, devenaient la propriété de celui qui les détenait. Elle a également permis leur vente, chaque dimanche, sur l’une des places de Moscou. Ainsi est né le marché aux puces le plus grand de la ville.

Vers le début de XXe siècle, il occupait déjà quatre hectares. C’était l’endroit préféré des fripiers et des voleurs, mais aussi des collectionneurs respectables comme Pavel Tretiakov, fondateur de la célèbre Galerie.
A Moscou, le marché aux puces s’est transformé au fil temps. En URSS, les brocantes moscovites étaient très prisées par la bohème qui y trouvait ses vêtements chics et extravagants. Et c’est autour des années 1990, avec l’arrivée des grandes enseignes occidentales, que le marché aux puces a été remplacé par des centres commerciaux.

Depuis cinq ans, les nouvelles tendances moscovites font revivre ce type de commerce, en créant un marché « musée ».

puce8.jpg
Photo
Hélène Chagaeva

ENTRETIEN avec Elena Krentsel, organisatrice du marché au puces de Moscou.

RUSSIE INFO : La cour d’un musée convient-elle pour accueillir des marchés aux puces ?

Elena Krentsel : Notre marché n’est pas comme les autres marchés aux puces. C’est un festival où la vente se déroule en même temps qu’un programme culturel. Des conférences, des concerts, et même des danses sont organisées. De plus, nos marchés sont thématiques : l’un a été consacré au Nouvel An, on y racontait l’histoire de cette fête en URSS et dans le monde ; l’autre concernait la restauration et on racontait la réparation des meubles anciens, de la porcelaine... Aujourd’hui, nous sommes sortis dans la cour pour la première fois après l’hiver, et il me semble que tout le monde avait envie de se dégourdir. C’est pourquoi nous avons invité de très bons animateurs pour les enfants et installé une aire de jeux typique des années 1950–1970 avec des objets de l'époque. Tout est utilisable ! Il y avait aussi, un "habitant de la cour" qui jouait de l’accordéon et tout le monde pouvait chanter les chansons rétro.

puce9.jpg
Photo
Hélène Chagaeva

puce5.jpg
Photo
Hélène Chagaeva

RUSSIE INFO : A Moscou, y a-t-il des marchés aux puces hors des festivals ?

Elena Krentsel : A Moscou il y a deux marchés rétro permanents : Le Vernissage d’Ismaïlovo et Le Gaucher (Левша) qui est officiellement dans la ville, mais en réalité il faut prendre un train de banlieue pour s’y rendre. Le Vernissage est assez cher et ses vendeurs sont toujours les mêmes. Le Gaucher est moins cher pour les vendeurs et pour les clients, mais on y propose des articles moins intéressants, il y a beaucoup d’objets contemporains et cassés. De plus, l’ambiance n’est pas sympathique, et le marché est sale. Bref, ce n’est pas une bonne promenade en famille.

RUSSIE INFO : Les marchés aux puces sont-ils conçus pour être familiale ?

Elena Krentsel : Pendant l’intersaison il manque des endroits agréables et intéressants pour toute la famille. Dans notre marché, les adultes peuvent faire le point sur les antiquités, apprendre pendant les conférences, acheter, tandis que leurs enfants jouent avec les animateurs. En outre, je pense qu’il y a aussi une partie éducative : un enfant qui voit, par exemple, un téléphone avec un cadran ou un objet soviétique qui a disparu de notre quotidien actuel, ne comprend pas ce que c’est. En questionnant ses parents, l’histoire de la famille émerge, ainsi que l’histoire de la vie quotidienne, l’histoire du pays ! C'est pourquoi le marché aux puces peut être un terrain éducatif.

puce7.jpg
Photo
Hélène Chagaeva

RUSSIE INFO : Les brocantes sont-elles encore des endroits où acheter des objets rares ou bon marché ?

Elena Krentsel : Il en existe des différentes à Moscou. Celles où sont vendus des objets inutiles, anciens et d’autres plus glamours où sont proposés des objets d’art et vintage. Dans ces dernières, l’entrée n’est pas libre pour les clients et les vendeurs doivent payer environ 20 000 roubles pour 3 jours d’exposition. De plus, les objets sont sélectionnés, il n’y a pas de choses inattendues.
Notre marché offre les deux versions.

RUSSIE INFO : Qui sont les vendeurs et les clients de votre marché ?

Elena Krentsel : Les vendeurs sont des propriétaires de petites boutiques, y compris sur Internet, et des collectionneurs. Pour beaucoup d’entre eux, la vente dans la rue est une épreuve rude, mais ils testent ce format et sont finalement satisfaits : ils font des bénéfices et s’amusent. Nous avons entre 100 et 200 vendeurs parmi lesquels 60 sont permanents, les autres changent.
Les acheteurs changent d’une fois à l’autre. Au départ, il y avait beaucoup d’acteurs et de peintres, maintenant nous avons davantage de citadins en famille.

RUSSIE INFO : Comment avez-vous trouvé l’idée ?

Elena Krentsel : Je suis copropriétaire d’un magasin de meubles russes anciens. Il m’arrivait parfois d’acheter des meubles avec des petits objets que je voulais revendre, mais je n’avais pas d’endroit pour le faire. A Moscou, les terrains de vente sont soit trop chers, soit déplaisants.
Un jour, des amis ont été contactés pour organiser un événement pendant la fête de la ville. Ils m’ont appelée et nous avons réalisé un marché aux puces qui a enthousiasmé les vendeurs et les acheteurs. J’ai alors commencé à chercher un endroit pour mon projet et je me suis adressée au Musée de Moscou car il s’agit de l’histoire de la vie moscovite quand même !

puce6.jpg
Photo
Hélène Chagaeva

puce2.jpg
Photo
Hélène Chagaeva

puce3.jpg
Photo
Hélène Chagaeva

RUSSIE INFO : Est-ce difficile d’organiser un tel projet ?

Elena Krentsel : C’est terriblement difficile ! Nous finançons notre programme culturel en faisant payer aux vendeurs 1.500 roubles leur emplacement pour la journée. Il faut néanmoins conserver des places gratuites pour ceux qui veulent vendre des objets bon marché. La collecte d’argent et la distribution des places payantes et gratuites sont un vrai casse-tête !
Ce projet a été retenu par le Musée de Moscou qui offre sa cour, et où désormais chaque dernier dimanche de chaque mois, jusqu’en septembre, aura lieu un marché aux puces.

Nous aimerions que ce projet soit également porté par la municipalité afin d’avoir une bonne communication, et que tous les Moscovites soient au courant et puissent participer. Ainsi tout serait plus intéressant.

Adresse du Musée de Moscou : 2, Zoubovsky Bd
(Зубовский бульвар, дом 2)

0


0
Login or register to post comments