Les produits "bio" ont le vent en poupe en Russie

Avoir une alimentation saine est devenue une véritable tendance en Russie, au point de faire exploser le marché alimentaire de la nutrition saine.

Le magasin Biostoria de l'avenue Leninski Prospekt, une des principales artères de Moscou (photo Biostoria, DR).

Le journal russe Kommersant s’est demandé comment fonctionne le marché russe de la nutrition saine et quelles sont les perspectives pour les produits "bio" sur le marché russe.

Le 1er janvier 2020 en Russie entrera en vigueur une loi qui permettra d’apposer la notion "organic" uniquement sur les produits qui ne comportent pas de pesticides, d’antibiotiques, d’additifs alimentaires, d’exhausteurs de goût et autres produits chimiques. En outre, elle obligera les producteurs à avoir une certification et à être inscrits dans un registre d’état particulier.

Cette loi est le premier effort de la Fédération pour établir les règles sur le marché russe de l’alimentation saine, qui évolue très rapidement depuis ces dernières années.

Selon les prévisions d’Euromonitor International, en 2019 les ventes de ces produits en Russie devraient dépasser les 900 milliards de roubles. Les idéologues de l'agriculture biologique, qui ne représentent que 0,7% du marché, espèrent que la loi donnera une nouvelle impulsion au développement de l'industrie.
Même si les plans peuvent être entravés par la baisse des revenus et l’aspiration des Russes à économiser sur la nourriture, ainsi que la concurrence avec les produits agricoles, éco et biologiques, car les consommateurs ne distinguent pas ces notions.

Les Russes s’inquiètent pour leur santé

Selon l’institut de sondage Nielsen, les Russes sont de plus en plus inquiets pour leur santé. A cette fin, plus de 84% ont changé leurs habitudes alimentaires, 53% ont diminué leur consommation de matières grasses, 65% de sucre, et 67% ont augmenté leur ration d’aliments naturels et sains.
Et pour 62% des consommateurs, l’offre d’une large gamme d'aliments naturels est devenue un facteur important dans le choix du magasin.
Le représentant du supermarché russe haut de gamme Azbuka, Andreï Golubkov, affirme également que l’inquiétude des citoyens pour la qualité des produits alimentaires est le principal facteur de changement, bien au-delà de la tendance mondiale.

La confusion dans la terminologie

Cependant, les Russes restent dubitatifs et souvent ignorants face aux différentes appellations qui qualifient l’aliment sain.
Les questions de qualité et de correspondance des produits aux normes d'alimentation saine préoccupent également les acteurs de marché.
Oleg Mironenko, directeur exécutif de la National Organic Association, considère le concept de "produits agricoles" des plus obscures.

Selon lui, la production agricole n'est pas réglementée et la qualité ne peut pas se distinguer des analogues industriels. Tandis que la présence sur l'étiquette du préfixe "bio" indique par exemple qu’il y a des bifidobactéries dans les produits laitiers, et que la production est réglementée par la norme d'état appropriée.

"Il y a aussi des règlements pour normaliser la production et la rendre conforme aux normes environnementales", souligne Oleg Mironenko.

Le Co-propriétaire de la coopérative LavkaLavka, Boris Akimov, fait objection. Selon lui, la plupart des agriculteurs aspirent à des principes de gestion économique sans recourir à la chimie et aux pesticides. "Ils utilisent souvent des technologies et des recettes locales dans leur production, et créent des produits qui sont inaccessibles dans d'autres régions", poursuit-il.

La confusion dans la terminologie est une caractéristique du marché russe. Selon Oleg Mironenko, dans les pays européens les concepts de "bio", "organic" et "eco" sont identiques et désignent les mêmes produits. Ce qui n’est pas le cas en Russie.

Tout le monde rivalise

Selon Boris Akimov, la plupart des consommateurs russes perçoivent les produits agricoles et Organics comme des aliments naturels et utiles, c’est pourquoi tous les participants du marché peuvent être considérés comme des concurrents, et l'intérêt des producteurs pour le segment augmente.

Le vice-président de Rusprodsoyuza, Dmitry Leonov, indique que de nombreuses entreprises qui n'étaient pas représentées sur le marché, introduisent désormais le label "Eco-bio". Ainsi, le groupe Rusagro de l'ex-sénateur Vadim Moshkovich, producteur du sucre, d'huile, de viande et de mayonnaise, planifie d'entrer dans le segment des boissons végétales avec la marque Normula. L'intérêt pour cette catégorie d’aliment ne s’explique que par la tendance croissante des Russes pour un mode de vie sain. Le groupe Tcherkizovo veut également entrer dans le segment de la nourriture saine, mais sans en connaître les détails.

L’intérêt pour l’agriculture biologique augmente de la même façon, comme le groupe Crocus Aras Agalarov qui a commencé à cultiver des pommes biologiques dans la région de Moscou.

Les vendeurs de santé

La tendance à une alimentation saine stimule non seulement les producteurs, mais aussi les réseaux de vente. Au cours des trois dernières années, la plus grande croissance à Moscou concerne les commerces d'alimentation saine et de produits agricoles. En 2015-2018, le nombre de points de vente a augmenté de près de 3,5 fois.

Les grands réseaux commerciaux accordent également une attention au développement des produits verts. Les zones de produits frais sont élargies, avec des espaces séparés pour les produits agricoles. Chez Auchan, le département "bio" en 2018 a augmenté considérablement grâce à des fournisseurs locaux et aux importations.

Les magasins Azbuka ont l'intention d'augmenter leur part d’aliments sains de 25% à 80% d’ici trois ans. Comme les magasins Перекресток qui prévoient d'élargir sa gamme de produits environnementaux sous sa propre marque (STM), ou encore Globus qui travaille son département Eco.Bio.Végétalien avec un assortiment de plus de mille produits.

Comme le note Oleg Mironenko, la fascination des grands réseaux pour la nutrition saine va limiter le potentiel de croissance des magasins spécialisés. Des points continueront de s'ouvrir mais le rythme sera plus faible. Selon ses prévisions, la structure des ventes de produits « bio » en Russie sera construite à l’identique du réseau mondial, où environ 50% des produits sont vendus à travers les grands réseaux.

La croissance organique

Sur les perspectives de développement du marché Oleg Mironenko semble optimiste. Selon lui, en Russie, environ 25% de la population est un consommateur potentiel permanent d’alimentation dites "organic", et en dix ans, les ventes annuelles dans ce segment pourraient atteindre 5 milliards d’euros.

Par ailleurs, la répartition géographique de la demande évolue, affirme l'expert. Il y a deux ans, plus de 90% de la demande était à Moscou et Saint-Pétersbourg, et le reste pour les régions. Aujourd'hui, la proportion de ces villes est tombée à 80% et la tendance continue de s’inverser.

Une chose est sûre, le rythme du développement du marché de la nourriture saine en Russie dépendra en grande partie de la disponibilité des produits.

Les indices de confiance des consommateurs concernant ces produits sont aussi importants. Selon Nielsen, l'indice de confiance des consommateurs faiblit, avec au premier plan les prix des aliments. Boris Akimov rappelle le contexte de la réduction du pouvoir d'achat et de la baisse des revenus en Russie.

Aujourd'hui, 10% des plus grands producteurs de produits alimentaires reçoivent 90% de tous les prêts concessionnels de l'Etat, ce qui leur permet de maintenir des prix relativement bas, explique M. Akimov. Tandis que les petits agriculteurs n'ont pas accès à des financements bon marché, c’est pourquoi leurs produits sont plus chers. En outre, le prix est affecté par des volumes extrêmement faibles de la production: la part de fromage artisanal sur le marché ne dépasse pas 1%.

Oleg Mironenko est d'accord avec le fait que le lait organique en Russie coûte deux fois plus cher que le lait industriel, mais il estime que la situation va changer. Aujourd'hui, en Russie, environ 100 entreprises ont été certifiées selon les normes biologiques, "c'est une goutte dans la mer pour un marché qui compte une population de 145 millions de personnes", indique-t-il.

A terme, il prédit que les produits organiques coûteront seulement en moyenne 15 à 30% plus cher que l'industrie.

Quoiqu’il en soit, le succès du développement du marché des produits sains en Russie ne pourra être atteint qu'avec une augmentation du niveau de vie.

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