"Les Optimistes", une nouvelle série russe façon Mad Men

La nouvelle série russe Les Optimistes nous entraine dans les coulisses du ministère des Affaires étrangères et raconte la vie quotidienne d'un groupe de jeunes diplomates soviétiques au début des années 60.

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Les Optimistes sur Rossiya TV. Une bande de jeunes diplomates soviétiques sous Khrouchtchev.

Quand la nouvelle vague soviétique rencontre Hollywood

"La flute à moitié pleine, c’est toujours mieux !" s’exclame dans un restaurant le réalisateur Alexeï Popogrebski face à un public élégant. Avant de retourner derrière la caméra, il ajoute "Engagez la conversation avec vos voisins, mangez et passez une bonne soirée !"

Nous nous trouvons alors au Palais des Pionniers, chef d’œuvre de l’architecture soviétique, construit à une époque où l’URSS connaissait l’euphorie de la conquête spatiale. Pour les besoins du tournage de la série Les Optimistes pour Rossiya TV, le site a été transformé en restaurant chic.

La série décrit la vie d’une équipe de jeunes diplomates du Groupe d’analyse stratégique du Ministère des Affaires étrangères, groupe imaginé pour les besoins de la série, sous Khrouchtchev.

Michael Idov, co-auteur et scénariste de la série, explique que l’idée de la série lui est venue en 2010 alors qu’il rédigeait Made in Russia : Unsung Icons of Soviet Design, un livre sur le design soviétique des années 1960 et de la conquête spatiale.

Tout au long de la période d’écriture, Idov a puisé son inspiration dans le travail du Russian Research Institute of Technical Aesthetics VNIITE. Il raconte avec enthousiasme "combien ses projets, portés par des équipes d’hommes et de femmes jeunes alors en poste, étaient innovants, révolutionnaires.
J’aimais penser à ces gens, en avance sur leur époque et pourtant oubliés en quelques sortes de l’Histoire".

C’est à ce stade-là que son collègue Mikhail Shprits, co-auteur de la série lui aussi, lui propose de transposer la vie de ce groupe dans un autre univers, celui de la politique internationale.

Entre Est et Ouest

La série a été diffusée à un moment où le grand public se passionnait pour les années 1960 et le court dégel khrouchtchévien. On peut d’ailleurs visiter deux expositions sur la période dans deux des plus grands musées de la capitale : l’une à la Galerie Tretiakov et l’autre au musée Pouchkine. A la production, on retrouve sans grande surprise Valery Todorovsky, réalisateur à qui l’on doit la série Le Dégel, acclamée par la critique.

La série s’ouvre sur l’American National Exhibition de 1959 à Sokolniki où le public fait la connaissance des personnages principaux.
Ils ont des personnalités inhabituelles pour l’époque. Idov précise que les scénaristes voulaient que ces personnages "bien que citoyens soviétiques soient tiraillés entre Est et Ouest ".

Il y a Ruta Blaumane, une communiste américaine qui a quitté les Etats-Unis au moment où la persécution des communistes battait son plein.

Andrei Mouratov, un aristocrate né à Paris, dont les parents eurent la naïveté de rentrer en Russie, au moment où Staline invitait les émigrés à regagner le pays pour le reconstruire après la guerre. Ils finirent évidemment au Goulag et Mouratov survit en tirant un trait sur sa famille et en acceptant de devenir un citoyen soviétique modèle.

Il y a aussi Leonid Kornyev, fils ordinaire de la classe populaire, qui a grandi dans un orphelinat aux côtés d’orphelins de la guerre civile espagnole. Ceci explique que l’espagnol soit sa langue maternelle et qu’il compte des amis proches au sein de la nouvelle administration Castro, à Cuba.

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The Optimists
Rossiya TV

"Une intrigue hollywoodienne dans un décors néo-soviétique"

Dans les premiers épisodes, les spectateurs noteront une certaine naïveté chez les personnages, qui n’est pas sans rappeler les comédies soviétiques. A la fin de la série, celle-ci a presque complètement disparu. Cela est intentionnel précise Idov : "Au début, tout est très connu et attendu du spectateur, on joue avec des références qu’il connaît, celle des classiques du cinéma soviétique. Nos personnages évoluent dans une version romanesque de l’Union soviétique. Au fil des épisodes, on les emmène, le spectateur avec eux, dans des territoires qu’ils ne connaissent pas."

Pour désigner ce nouveau genre, Idov et Popogrebsky ont forgé le terme "Pluies de juillet sur Le Pont des espions". (Iyulskiy dozhd, drame soviétique de Marlen Khoutsiev de 1967. Bridge of Spies, film d’espionnage américano-allemand de Steven Spielberg, nominé au Oscar 2016 dans de nombreuses catégories, ayant valu à Mark Rylance l’oscar du meilleur acteur dans un second rôle. Nda)

"Pour faire court, il s’agit d’une intrigue hollywoodienne dans un décors néo-soviétique", explique Idov.

Qui sont donc ces optimistes ? Ils s’avèrent être bien différents de ce que l’on peut croire au premier abord.

"A un moment ou un autre, nous confrontons tous nos personnages à un choix moral, lorsque l’espoir de construire un monde meilleur, un monde socialiste, se heurte à la réalité du système, à ce qu’elle leur inflige, à eux et à leur proches", explique Idov.

Même si les scénaristes ont déjà prévu une suite, pour l’instant aucune confirmation quant à une deuxième saison. En parallèle, des négociations sont en cours avec Netflix et d’autres distributeurs pour proposer la série aux publics américain et européen.

La première saison est entièrement disponible sur le site de la première chaine : www.rutv.ru

Cet article est la traduction de The Optimists, the soviet new wave meets hollywood d’Andrei Muchnik du Moscow Times.

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