Les jeunes Russes attirés par l'émigration

Selon un sondage de la société Gallup, un Russe sur cinq aimerait quitter le pays si l'occasion se présentait. Parmi les jeunes de 15 à 29 ans, c'est presque un sur 2 qui envisage de déménager.

Le média russe Kommersant FM s'est entretenu avec ceux qui ne veulent pas vivre et travailler en Russie. Comment expliquent-ils leur désir de quitter la Russie ?

44%, c’est le nombre de jeunes Russes entre 15 et 29 ans qui envisagent de quitter le pays. Et ce chiffre a triplé au cours des cinq dernières années. Selon la société de sondage Gallup, cela ne dépend pas du niveau d'éducation : dans chaque catégorie, environ un sur cinq le ferait.
Alors de quoi dépend-il ?

L'accès au études

Voici la version de Darya, une étudiante née à Khabarovsk, diplômée d'une université de Moscou et désormais installée en Allemagne : "En Russie, l'éducation était incroyablement chère et il m’était impossible d'entrer dans le système de gratuité. En Occident, les jeunes cadres sont très appréciés et, par exemple, les notes ne jouent pas un grand rôle quand tu veux entrer à l’université, l’expérience est plus importante. J'apprends maintenant complètement aux frais de l'État et je vis comme un coq en pâte. Je ne veux pas retourner en Russie après mes études et, pour l’instant, je ne vois pas ma patrie comme un endroit où vivre probablement, dans les dix prochaines années. "

Le climat politique

Dans l’étude, les raisons de la forte hausse sont peu expliquées, mais il existe une section intitulée "montrer du doigt Poutine" et les analystes y écrivent que l’activité d’émigration dépend de la cote de popularité du président. Parmi ceux qui soutiennent le dirigeant russe, 12% sont prêts à bouger, et parmi ceux qui ne le soutiennent pas, 40%.

L'un d'entre eux est un employé d'une librairie âgé de 23 ans qui a choisi de ne pas révéler son nom. Le jeune homme veut s’installer aux États-Unis :

Ces motivations de départ sont liées à "la crainte de voir arriver la guerre, la révolution, mais aussi à cause des répressions et la honte de ce qui arrive à nos compatriotes. Je vois l'oppression de tant de personnes que je ne voudrais pas personnellement opprimer, que c’est un peu comme si je participais à cela puisque je vis ici. Pour le moment, j’envisage différentes options, tout d’abord les études. Mais je n'exclus pas qu'en raison d'une activité politique, je doive aller à l’étranger en qualité de réfugié."

L'instabilité économique

Les auteurs de l’étude ne considèrent pas la situation économique comme une des raisons d'émigration : selon eux, l’économie de la Russie se détériore depuis plusieurs années, ce qui n’avait auparavant aucun effet sur l’humeur migratoire des citoyens.

Alexander, étudiant du MGU est prêt à contester cela. Il se prépare à émigrer au Japon pour un ensemble de raisons : "J’ai le pressentiment que tout va empirer. En même temps, j’ai le désir de voir quelque chose de nouveau, de vivre une autre vie. J'apprends la langue, j'essaye d'entrer dans des programmes d'échange culturel. Maintenant, j'ai un travail, je vais économiser de l'argent et j'espère que dans un an je pourrai étudier à l'étranger."

Et ici, les analystes mettent en lumière une conséquence inquiétante : la population de la Russie se réduit déjà naturellement. Si les gens qui souhaitent partir passent à l'acte, qui prendra soin de la génération la plus âgée ?

Et le désir d'aventures

Il y a un an, le centre de sondage russe VTsIOM avait effectué une étude similaire sur le désir d'émigration des jeunes russes (âgés entre 18 et 24 ans) et avait collecté des pourcentages quasi identiques.

Stepan Lvov, le responsable de la recherche chez VTsIOM, déclarait alors qu'il serait faux d'interpréter ces chiffres comme un signe que les Russes veulent "fuir la terrible réalité russe".

Il indiquait que les jeunes russes avaient simplement les mêmes aspirations que les jeunes européens : "C’est un témoignage de l’ouverture de nos jeunes à l’égard des autres pays"

"Cela pourrait même être interprété comme un défi adressé au monde extérieur", avait-t-il déclaré. "Vous ne voulez rien avoir à faire avec nous ? Nous viendrons nous-mêmes à vous - pour voir votre peuple et montrer qui nous sommes."

Lire aussi : Emigration des Russes : qui sont-ils et où vont-ils ?

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