Les fromages français sont de retour à Moscou

Les entrepreneurs russes bravent les interdictions imposées par l'embargo et trouvent des circuits d'approvisionnement pour importer du fromage dans la capitale russe.

Un camembert ou une tranche de mimolette, un Brie de Meaux ou un Parmigiano reggiano ? Vous n'avez pas le droit d'en importer en Russie, l'embargo déclaré par le Kremlin vous l'interdit. Mais vous en trouvez aujourd'hui sur toutes les bonnes tables à Moscou et ailleurs. Les entrepreneurs russes ont vite monté des circuits d'approvisionnement défiant les interdictions.

Exemple, le site e-commerce Chill & Cheese créé par Natalya Novikova et Suren Matevosyan, un couple d'entrepreneurs russes installés à Hambourg en Allemagne. Ils ont trouvé la faille dans la barrière douanière établie par la Russie.
Chaque Russe revenant d'un voyage à l'étranger a le droit de ramener avec lui jusqu'à cinq kilos de fromages, et peu importe que le produit soit sous embargo ou pas. S'il a le droit de faire entrer le fromage dans ses bagages alors rien ne lui interdit de se le faire entrer par d'autres canaux, et pourquoi pas dans un colis. Bingo !

Natalya Novikova, co-fondatrice de Chill & Cheese explique le concept de l'entreprise :

"Nos clients commandent depuis la Russie sur le site internet. Nous avons aujourd'hui une trentaine de fournisseurs de fromages en Europe, grossistes ou producteurs. Les fromages français et aussi britanniques sont les plus demandés. Notre partenaire logistique Boxberry prépare et emballe les colis sur deux sites logistiques, en Allemagne et aux Pays-Bas. Nous facturons la livraison 15 euros. Le transport prend une semaine pour Moscou, deux semaines pour Saint-Pétersbourg".

L'opérateur logistique Boxberry est une entreprise russe avec un réseau de points de livraisons sur le territoire national, mais aussi des sites logistiques en Europe qui facilitent les opérations transfrontalières. Pour Chill & Cheese les fromages sont conditionnés avec un emballage thermo isolant, en y insérant des éléments réfrigérants. Le Pont l'Evêque, l'Epoisses et le Munster font aussi partie de l'offre. Pourvu que les emballages ne laissent pas passer les odeurs sinon gare aux syncopes à la douane !

Parmi les clients de Chill & Cheese, des entrepreneurs, des cadres supérieurs, des banquiers, des stars de showbiz. Les consommateurs CSP+ sont habitués à la qualité gustative des fromages français ou italiens. Cela explique la réussite de l'entreprise qui leur promet de retrouver ces saveurs authentiques. Les prix demandés sont à la hauteur du service : une part de roquefort est facturée 20 euros pour 300 grammes, un camembert est à 13 euros, pas de quoi faire peur à cette clientèle.

Certains restaurants se font aussi approvisionnés par ce circuit. Une démarche légalement impossible, ce sont donc les dirigeants des restaurants qui commandent en tant que particuliers. Surtout les patrons des établissements de cuisine italienne où le parmesan est un composant incontournable.

D'autres circuits d'importation se sont montés à Saint-Pétersbourg, où de nombreux entrepreneurs font des virées régulières en Finlande toute proche pour ramener les cinq kilos autorisés de fromages. Ces livraisons sont revendues sur des sites internet spécialisés.

Les autorités russes essaient de restreindre les activités de leurs citoyens entreprenants. Le parquet de Saint-Pétersbourg vient de découvrir l'existence de cinq sites Internet, pas moins, qui proposent aux consommateurs russes d'acheter des produits alimentaires en provenance de la Finlande, de l'Australie, du Canada. Le parquet a saisi un tribunal de la ville en lui demandant d'interdire ces ventes. Les sites concernés ne mettront pas plus de quelques minutes pour changer de nom et l'annoncer sur les réseaux sociaux.
Au jeu du chat et de la souris les entrepreneurs russes gardent une bonne longueur d'avance sur leur administration.

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