Les églises de St-Pétersbourg à l’heure soviétique

Saint-Pétersbourg compte un grand nombre de cathédrales construites avant la Révolution. Avec l’avènement du régime communiste, qui se voulait athéiste, ces cathédrales connurent des destins singuliers.

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La cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou dynamitée le 5 décembre 1931 sous Staline

L’arrivée des communistes au pouvoir après la Révolution d’octobre 1917 transforme profondément l’ordre social en Russie, et signe l’arrêt de la position privilégiée de l’Eglise orthodoxe.

Le parti communiste se donne pour mission de faire disparaître le sentiment religieux, et cible l’Eglise, considérée comme le foyer de la contre révolution, d’abord à travers la discrimination sociale, puis à travers une campagne de répression. Ses terres sont confisquées, ses biens pillés ou expropriés pour les besoins de l’Etat. Les clercs sont privés de leurs droits civiques et les cathédrales sont, pour la plupart, fermées.

Si la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou est simplement dynamitée, les cathédrales de Saint-Pétersbourg échappent à ce sort tragique, mais connaissent néanmoins des transformations étonnantes : le pouvoir bolchévique manque d’argent pour détruire les églises et bâtir de nouveaux bâtiments, et utilisera les lieux de culte pour différentes fins, autre que la religion.

Des Eglises transformées en entrepôts

L’usage le plus fréquent des églises par les Soviétiques est celui d’entrepôt. Ainsi Smolny, œuvre de Rastrelli qui servit de quartier général à Lénine pendant la révolution est interdit au culte en 1931, pillé et fermé, puis transformé en entrepôt. La cathédrale servira également de salle de concert.

Même sort pour la cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé. Erigée en 1907 sur le lieu de l’attentat contre l’empereur Alexandre II, elle est l’une des rares cathédrales de Saint-Pétersbourg à l’architecture religieuse traditionnelle de Russie. Elle est pillée lors de la révolution de 1917, puis fermée par le pouvoir soviétique en 1930 et transformée en entrepôt à légumes. Ses intérieurs, réalisés en mosaïque, souffriront terriblement pendant l’époque soviétique. Il faudra 27 ans pour sa reconstruction, entamée en 1970.

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Smolny en 1946
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La cathédrale de Smolny
Image d'archives

La cathédrale de la Trinité, qui célébrera en 1867 le deuxième mariage de Fiodor Dostoïevski, échappera au projet de destruction ou de transformation en crématorium et servira également d’entrepôt.

Les autres cultes ne sont pas épargnés. La principale mosquée de l’empire russe et la plus grande mosquée de la partie européenne de la Russie, inaugurée en 1910 en présence de l’émir de Boukhara pour accueillir les quelque huit mille fidèles musulmans résidant alors à Saint-Pétersbourg, deviendra un entrepôt de pommes de terre.

Saint-Pierre-et-Saint-Paul, principale église des luthériens allemands, servira d’abord d’entrepôt pour les décorations de théâtre, puis d’entrepôt de légumes.
Après la révolution, les Allemands vivant en Russie fuiront massivement le pays ou subiront les répressions du pouvoir communiste.
L’église sera fermée en 1937 et ses pasteurs fusillés.

En 1962, le bâtiment est transformé en piscine. L’église ne sera remise à la communauté luthérienne qu’en 1994.

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L'église luthérienne transformée en piscine en 1962
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L'église luthérienne aujourd'hui
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Ou transformées en musées

D’autres cathédrales seront épargnées et deviendront des musées.

C’est notamment le sort de Notre-Dame-de-Kazan, principale cathédrale orthodoxe de Saint-Pétersbourg, pillée pour les besoins de l’Etat et transformée en musée de la Religion et de l’Athéisme. Réplique de Saint-Pierre de Rome, cette cathédrale fut érigée en 1811 pour la conservation de l’icône de Kazan, l’une des plus vénérées en Russie.

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Notre dame de Kazan en 1934
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La cathédrale Saint-Isaac, œuvre de l’architecte français Auguste de Montferrand, est transférée au Comité de la science et, en 1931, transformée en musée antireligieux. De 1931 à 1986, la cathédrale abrite le plus lourd pendule de Foucault au monde – un dispositif scientifique conçu pour prouver la rotation de la Terre.

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Musée dans la cathédrale St Isaac
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St Isaac et le plus lourd pendule de Foucault au monde
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Potager en face de St Isaac en 1942
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La cathédrale Pierre-et-Paul, érigée dans la forteresse du même nom pour devenir la nécropole des Romanov, deviendra également un musée en 1924 et le bâtiment sera transféré sous la direction du Musée de l’histoire de la ville.

Survivances du passé

Avec l’effondrement de l’URSS, au début des années 1990, les cathédrales dans leur grande majorité ont de nouveau ouvert pour les célébrations religieuses.

Si du point de vue religieux, le sort que connurent les églises de Saint-Pétersbourg est un sacrilège, il permit à ses bâtiments remarquables de survivre pendant cette période difficile et de s’inscrire durablement dans le paysage urbain.

Aujourd’hui, ces édifices très atypiques pour la construction religieuse russe figurent parmi les dominantes architecturales de Saint-Pétersbourg et accueillent des milliers de touristes étrangers.

A ce jour, les cathédrales sont régulièrement réclamées par l’Eglise orthodoxe russe qui souhaite s’approprier un bon nombre de lieux de culte. Pour le moment, de nombreuses cathédrales restent encore la possession de la ville. Mais la question de leur propriété fait l’objet de vifs débats dans la société saint-pétersbourgeoise.

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