L'élection de Trump vue de Russie: un optimisme prudent

Donald Trump a été présenté pendant la campagne comme un défenseur de Poutine. Sa victoire à l’élection présidentielle américaine peut-elle remplir d’optimisme les Russes ?

Déjouant tous les pronostics, le milliardaire Donald Trump sera le 45ième président des Etats-Unis. Il avait déclaré à propos du président russe,Vladimir Poutine, plaçant la Russie au centre de la campagne : "Un leader fort, bien plus qu'Obama". La Russie peut–elle espérer, sous Donald Trump, une amélioration forte de ses relations qui ont été durablement affectées ces dernières années par les conflits ukrainiens et syriens ?

Vladimir poutine dans son télégramme de félicitation a "exprimé l'espoir que (soit mené) un travail mutuel pour sortir les relations entre la Russie et les Etats-Unis de leur situation critique" et "a dit être certain qu'un dialogue constructif sera établi entre Moscou et Washington". Suite aux résultats, le ministre russe des Affaires étrangères a rappelé la permanence de la position russe:
"Nous n'avons aucune préférence. Comme l'a déclaré le président russe Vladimir Poutine, nous travaillerons avec tout nouveau dirigeant américain élu par le peuple américain. Cette position n'a pas changé."

Concernant les craintes face à une certaine imprévisibilité du nouveau président, Lavrov répond : "Je ne peux pas dire que tous les anciens dirigeants américains étaient prévisibles en toute circonstance. Cela fait partie de la vie et de la politique. Nous entendons beaucoup de choses mais nous jugerons sur les actions et répondrons aux actes par les actes.".

Pour la plupart des commentateurs, l’espoir d’une amélioration est réel, même si la prudence est de mise.

"Il est trop tôt pour savoir si cette élection sera positive"

Andreï Kortounov, directeur général du Conseil russe pour les Affaires internationales (RIAC) fait ainsi cette analyse: "L’espoir d’une amélioration était mince avec Hillary Clinton, j’ai maintenant un certain optimisme, mais qui reste modéré. Le Moyen-Orient pourrait être le lieu d’une amélioration des relations russo-américaines car Donald Trump s’intéresse beaucoup à cette région et s’est montre très préoccupé par le phénomène terroriste. Cependant, Donald Trump n’a pas de positions claires sur la Syrie, et tout est à faire sur la façon de nous mettre d’accord. Il est trop tôt pour le moment de savoir si cette élection sera positive."

Certains aspects positifs pour la Russie pourraient aussi venir d’un soutien moins grand des Etats-Unis à "l’hystérie anti-russe", notamment des pays Baltes et de la Pologne, dénoncée par beaucoup en Russie.

Certains analystes estiment aussi que le conseil OTAN-Russie pourrait être renforcé, avec des conversations "ouvertes et honnêtes" sur la façon de gérer la sécurité européenne. Mais de nombreux commentateurs modèrent cet optimisme, comme Nikolais Zlobin, le chef du Centre des Intérêts Mondiaux: "Il y a un consensus négatif envers la Russie dans l'élite américaine. Je ne vois pas pour l'avenir du président des États-Unis la nécessité d'inverser ce consensus".

Le Directeur du programme du club international de discussion "Valdaï", Andrew Sushentsov, affiche les mêmes doutes: "Malgré un certain nombre de commentaires sympathiques, Trump n'a pas offert quelque chose de concret pour améliorer les relations. Sa présidence sera une grande incertitude pour la Russie. La politique étrangère russe a l’habitude de compter sur une sorte de certitude, même si elle est négative. En ce sens, la direction d'Hillary Clinton offrait une perspective plus claire".

Une éventuelle levée des sanctions économiques ?

Sur le plan économique, les analystes estiment que les relations économiques russes et américaines ne sont pas suffisamment importantes pour que l'arrivée au pouvoir du nouveau président les affecte en quelque sorte. Andrei Movchan, responsable du programme économique du Centre Carnegie de Moscou, a ainsi déclaré : "Quant à l'impact sur l'économie russe, je pense que changer les noms du président américain n'a pas d'incidence : elle ne sera pas affectée".

Certains, cependant, envisagent une éventuelle levée des sanctions économiques, même si beaucoup soulignent que, même si Trump décide d'abroger ou d'affaiblir les sanctions imposées contre la Russie, il fera face à l'opposition au sein du Parti républicain et du Congrès. En revanche, selon Arnaud Dubien, Directeur de l’observatoire franco-russe, la pression américaine sur le maintien des sanctions mises par les européens pourrait être moins forte et favoriser une levée de ces sanctions sur lesquels déjà l’Europe n’a plus une position unique.

D’autres économistes comme leurs confrères européens, s’alarment du fait que l'arrivée au pouvoir de Trump représente à court terme une incertitude totale en termes de politique économique ainsi que le développement probable des mouvements protectionnistes dans le monde. Pour Andrei Netchaïev, économiste, les espoirs des autorités russes suite à ces élections ne sont pas sans fondement. Mais il rappelle que "Trump a comme priorité de défendre l'intérêt national des Etats-Unis et de l'économie américaine ".

"Les analystes américains n’ont pas compris ce qui se passait aux USA, comment peuvent-ils comprendre ce qui se passe en Syrie?"

S’il est finalement difficile aujourd’hui pour les analystes russes de se prononcer sur Trump et les évolutions possibles de la relation russo-américaine, cette élection qui a donné la victoire au candidat que personne n’attendait, peut déjà faire émerger certaines réflexions.

Pour Vitali Naoumkine, directeur scientifique de l’Institut d’études orientales de l’Académie des sciences de Russie, cette surprise remet en question la vision des analystes américains de façon mondiale : "Les analystes américains n’ont pas compris ce qui se passait aux USA, comment peuvent-ils comprendre ce qui se passe en Syrie? Beaucoup de hauts fonctionnaires pensaient impossible la victoire de Trump, comment peut-on désormais les croire quand ils affirment que la grande partie du people syrien est contre Assad?".

Certains experts, plus critiques du pouvoir, voient dans ces élections une leçon de démocratie pour la Russie. Son imprévisibilité totale témoigne ainsi pour Alexandre Minkine de la liberté du peuple américain et des enjeux majeurs liés à ces élections.
Il interpelle directement le président de la Russie où les élections ont toujours été totalement prévisibles : "Le presse du Kremlin voit les Américains complétement dupes. Mais il est évident que ni le président Obama, ni les medias qui ont œuvré pour Clinton, n'ont finalement réussi à convaincre. Quid de la machine de propagande des Etats-Unis? On nous a beaucoup dit à propos de sa puissance. Mais là, elle a été impuissante. […] Monsieur le Président de la Russie, considérez ceci: le président américain n'a pas réussi à pousser son successeur. Mais en Russie, c'est fait facilement."

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