Législatives en Russie : ce que disent les Russes

À la veille du vote du 18 septembre, les Russes démontrent un engouement très mesuré pour la campagne électorale qui s’est avérée particulièrement atone. En cause, la faible probabilité de voir l’échiquier politique bouleversé.

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Photo : C.Dufay

Les taux définitifs des élections législatives en Russie ont été présentés par la présidente de la commission électorale, Ella Pamfilova, ce lundi. En moyenne, le taux de participation a été de 47.81%.

Les taux les plus bas concernent la région de Saint-Pétersbourg, où seulement 19,86% des habitants sont allés voter. A Moscou, le taux de participation était de 35,18%.

RUSSIE INFO a rencontré des Russes la veille du vote du 18 septembre pour comprendre leurs motivations.

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Les citoyens russes sont appelés ce dimanche à élire les 450 députés de la Douma, Chambre basse du Parlement de Russie. Malgré une campagne électorale décrite comme "la plus atone et la moins active de ces dix dernières années" par Golos, une ONG de défense des droits des électeurs, il semblerait qu’une partie de la population soit toutefois encline à se déplacer pour voter.
"Faire 30 minutes de marche pour aller élire des députés une fois tous les cinq ans est un devoir que chacun devrait accomplir", estime ainsi un Moscovite d’une trentaine d’années. En outre, ces élections représentent "une opportunité pour la population d’influencer, même dans une moindre mesure, la politique du pays".

Pourtant, nombreux sont ceux et celles qui ne pourront participer aux élections pour des raisons pratiques. "Je n’irai pas voter pour les législatives dimanche car pour cela, je dois aller dans mon village natal à deux heures de route. Je n’ai pas le temps ", confie Elena, 30 ans, originaire d’Astrakhan. Même débat pour Maria dont les papiers sont restés dans l’Altaï, à des milliers de kilomètres de Moscou. "Je n’ai ni le temps ni les moyens de me déplacer jusqu’à Barnaoul. Je me suis rendu compte que j’étais toujours inscrite là-bas trop tard, car j’étais trop préoccupée par mon travail et la rentrée", confit cette professeure d’anglais de 33 ans.

Au-delà d’une contrainte purement géographique, d’autres s’abstiendront de voter "par manque d’intérêt pour la politique". "Je ne suis pas vraiment intéressée, et de toute façon il y a trop de partis en lice", raconte Mila, moscovite depuis 5 générations. Les électeurs auront le choix dimanche entre pas moins de 14 partis politiques, soit deux fois plus qu’aux élections de 2011. Si Russie Unie, le parti le plus proche du pouvoir, est en tête des intentions de vote dans les sondages, le Parti communiste, le Parti libéral-démocrate LDPR et Iabloko font également parler d’eux. "Et même si je prévoyais d’aller voter, je ne saurais même pas pour qui…", regrette la jeune femme de 29 ans.

Désintérêt pour la campagne électorale

Et qui dit plus de candidats, dit également plus de programmes. "Ce sont les mêmes tous les ans", estime Katia, employée dans une école de musique. "Ils promettent d’augmenter les salaires et de développer des infrastructures… Je ne les crois pas".

De nombreux Russes avouent néanmoins ne pas toujours bien connaître les projets des différents représentants politiques. Il faut dire que la campagne électorale est loin d’avoir passionné les foules. Neutralité des médias, manque de ressources des candidats, désintérêt des électeurs pour les débats télévisés, période des vacances scolaires… Autant de raisons évoquées afin de justifier une campagne particulièrement inactive et inintéressante.

Pourtant, la grande majorité des Russes s’accordent sur l’importance de ces élections. "Nous élisons des parlementaires chargés de prendre des décisions (la Douma a pour rôle d’examiner les projets de loi, NDLR) qui auront un impact sur notre vie de tous les jours", réagit Maria. "C’est la base de la démocratie", ajoute Katia, avant de compléter : "Ces élections sont importantes pour la société et pour la communauté internationale".

Après les complications du précédent scrutin en 2011, Vladimir Poutine a nommé Ella Pamfilova à la tête de la Commission électorale centrale, remplaçant de facto le très controversé Vladimir Tchourov, accusé d’avoir truqué plusieurs élections. Dans cette même lancée, le président russe a démontré depuis plusieurs mois sa volonté de faire émerger une nouvelle génération d’hommes politiques au sein même de l’appareil d’État, comme l’explique Arnaud Dubien, directeur de l'Observatoire franco-russe.

"Je ne pense pas que voter serve à grand chose"

Mais malgré ces tentatives en vue d’élections plus transparentes et justes, les Russes ne sont pas dupes quant à la portée de leur vote : "Je sais d’avance que rien ne va changer", confie Maria. "Les hommes installés au pouvoir mettront en œuvre tout ce qu’il faudra pour s’assurer d’y rester". Un point de vue partagé par Katia qui va même jusqu’à qualifier les candidats de "clowns", et par Natalia, habitante de Saint-Pétersbourg, qui certifie : "Je ne pense pas que voter serve à grand chose. On sait bien que le parti de Poutine restera majoritaire".

Avec 238 sièges à la Douma, le parti Russie Unie domine largement la Chambre basse. "J’aimerais voir plus de députés alternatifs afin de diluer un peu majorité essentiellement composée de membres du parti au pouvoir. L’idéal serait qu’un cinquième parti, en plus des quatre actuels, fasse son entrée à la Douma d’État", remarque Yulia, journaliste à Moscou. "Mais cela est peu probable", déplore-t-elle. Elle n’est d’ailleurs pas la seule à penser de la sorte. "J’attends de la Douma qu’elle ne soit plus représentée uniquement par une masse homogène pro-gouvernementale, mais également par des candidats des camps adverses", affirme un jeune homme originaire de Moscou. Igor, natif de Kaliningrad, est quant à lui beaucoup plus cynique : "J’espère que l’Etat va continuer de dépenser de l’argent pour rien".

Candidats comme électeurs sont souvent classés par les médias en deux catégories : ceux qui soutiennent Vladimir Poutine, et ceux qui sont contre lui. Au sein de la population, les avis sur le président actuel sont mitigés. Il est à la fois décrit comme "un homme avec beaucoup d’expérience, bon pour la Russie" et un président qui "n’en fait pas assez pour régler les problèmes quotidiens du pays".

Voter ou ne pas voter, telle est la question. Mais si les Russes se désintéressent de cet événement politique dont la portée reste limitée, c’est aussi et surtout parce que "ce n’est pas leur priorité", témoigne Natalia. Et de conclure : "La politique sera à nouveau la priorité des Russes quand la crise sera terminée et qu’ils auront quelque chose à manger et plus aucune dette à payer".

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