Le tourisme en Russie affecté par la crise ukrainienne

Depuis les affrontements en Ukraine, le tourisme en Russie ralentit. Cela n’inquiète cependant pas les experts qui savent qu’après une crise, tout redémarre rapidement au pays des tsars.

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Photo: M.Demidoff

Les agences de tourisme tournées vers l'Est étaient déjà unanimes, et lorsque la nouvelle est tombée, elle n'a surpris personne. Depuis mars dernier, les réservations touristiques vers la Russie ont chuté d'entre 20% et 30% par rapport à l'année précédente. Ces chiffres, confirmés par l'ATOR (Association des sociétés touristiques russes) sont la conséquence des affrontements en Ukraine et l'implication du gouvernement russe dans cette crise. Le contrecoup a également abouti à l'annulation de milliers de voyages de la part des touristes essentiellement européens et américains.

Certains organismes touristiques en témoignent, comme la compagnie Baltic Travel, obligée d'annuler la totalité de ses croisières du mois avril. Juin n'est guère plus réjouissant puisque l'agence annonce déjà une diminution de moitié pour l'un des groupes supposé voyager dans la région de Saint-Pétersbourg.
"C'est une véritable source d’inquiétude, confirme Gilles Chenesseau directeur commercial de l’agence Tsar Voyages à Moscou, les groupes demandent du temps pour être mis en place, et lorsqu'ils sont décommandés, ce sont beaucoup de clients que nous perdons d'un seul coup."

La Russie considérée comme un pays en guerre

Si outre-Atlantique, les annulations sont justifiées par le désir de suivre la politique de Barack Obama, les arguments avancés sont principalement liés à l'image de la Russie. La première raison invoquée ? Celle de la sécurité.

A travers les informations diffusées par les médias, une grande partie de la population considère la Russie comme un pays en guerre. Et il n'est pas toujours évident pour les touristes de réaliser que les destinations se situent loin des conflits, la capitale russe étant à plus de 1.000 kilomètres de Donetsk.

Enfin, les voyageurs confessent la crainte d'être pris pour cible dans les grandes villes en tant qu'étrangers ne partageant pas la politique du Kremlin. C'est par ailleurs une inquiétude que le directeur commercial de Tsar Voyages ne juge pas complètement absurde, certains ressentis xénophobes ayant déjà été perçus de la part de ses clients français en Russie. Cependant, il rappelle que ces situations restent minoritaires.

La ville de Pierre le Grand, quant à elle, semble moins souffrir de la crise ukrainienne. Considérée comme la Russie éternelle, elle est dépeinte à travers des reportages sur les bords de la Neva, ou au cœur de l'Ermitage sous le regard bienveillant de Catherine II.
"Saint-Pétersbourg à la chance de ne pas être la capitale, confirme Gilles Chenesseau, car son image n'est pas du tout la même à l'étranger. Lorsque les médias internationaux titrent « Moscou condamne Kiev », ce n'est pas « Saint-Pétersbourg condamne Kiev ». Même à l'époque soviétique, elle semblait faire partie d'un autre pays, et aujourd'hui encore elle reste une destination unique qui souffre beaucoup moins des événements actuels."

Le "frisson" soviétique n’empêchait pas les voyageurs de venir

Concernant les annulations, Gilles Chenesseau constate qu’elles sont finalement anecdotiques, par contre ce sont les commandes qui n'entrent plus. Il analyse cela comme étant une attitude « attentiste » de la part des Français : "Ils recherchent de la stabilité dans leurs lieux de voyages et veulent laisser passer les événements ukrainiens pour venir lorsque la situation sera plus stable."

Le professionnel s’amuse à rappeler que si la Russie était enfin sortie des clichés de mafia et de corruption, la voilà repartie dans les vieux démons et souvenirs de l’URSS. "A cette époque, le tourisme marchait très bien car il y avait toujours un petit frisson chez le voyageur qui se demandait s’il allait ressortir en vie de son expérience au pays des soviets".

Le tourisme en Russie ces dix dernières années

La Russie a connu un fort attrait touristique pendant ces dix dernières années car le pays semblait plus stable que le Moyen Orient, par exemple. En terme de destination de remplacement, appuyée par sa nouvelle image, la Russie était devenue très intéressante. Ainsi, jusqu'à la crise ukrainienne, le tourisme en Russie connaissait un essor particulièrement prometteur.

Selon le président de l'union russe de l'industrie touristique, Sergueï Chpilko, la dernière période de Noël et du nouvel an avait apporté une hausse de 45% des réservations touristiques, soit près de 200.000 touristes russes et étrangers accueillis dans la capitale. En tout début d'année, une hausse de 30 à 40% des réservations par rapport à l'année précédente a même été constatée par la compagnie Tsar Voyages.
Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine avait d'ailleurs annoncé le résultat record de 5,6 millions de touristes accueillis dans la capitale russe à la fin de l'année 2013.

Et le pays possède encore de nombreux atouts. Moscou est désormais exclu du top 10 des villes les plus chères du monde, classée 15ème au rang des grandes cités européennes. Cela s'explique entre autres par l'effort de la capitale pour une meilleure attractivité, en réduisant notamment les prix des nuits d'hôtels durant les fêtes de fin d'année. Saint-Pétersbourg n'est pas en reste et continue d'innover en terme d'espaces culturels et d’accueils.

"Beaucoup de travail est réalisé, et le plus souvent en dehors de toute aide gouvernementale. Les hôtels sont bien meilleurs, les musées se modernisent, la qualité du service augmente, on trouve des prestataires privés de bien meilleure qualité. L'époque soviétique est loin", constate le spécialiste du voyage.

Le conseil mondial du tourisme (World Travel and Tourism Council) estime par ailleurs que la Russie pourrait devenir un pays leader du voyage si elle améliorait ses infrastructures d’accueil et simplifiait les procédures de visas.

"La Russie ne croit pas en elle"

Or sur les questions du développement touristique, le pays n’est pas porté par le gouvernement. Si côté français, Atout France (l’agence de développement touristique de la France) mène un véritable travail de promotion, côté russe rien n'existe vraiment.

"La Russie ne croit pas en elle, constate le représentant de Tsar Voyages. Il est impossible, par exemple, après un premier séjour touristique sur le territoire, d’obtenir un nouveau visa dans les 6 mois postérieurs au premier séjour. Les Russes ne croient pas en l'attractivité de leur propre pays, et soupçonneront plutôt qu’il s’agit d’une façon déguisée d’obtenir un visa autre que touristique. Comme si l'idée que le pays séduise soit impossible.»

Quoiqu’il en soit, si les professionnels du tourisme ont constaté une baisse évidente des réservations liée aux évènements ukrainiens, elles ne semblent pas s'alarmer pour autant et envisagent l'avenir sereinement. "Nous savons que l’activité repartira, indique Gilles Chenesseau. Avec la Russie, nous avons l'habitude des fluctuations. Les bases du pays sont fortes et les signaux sont au vert. Le pays reste et restera une belle destination avec une offre de plus en plus considérable."

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