Le temps du "baiser à la russe"

Le baiser à la russe évoque de fougueux baisers à pleine bouche que s’échangeaient les dirigeants soviétiques ou du bloc de l’Est, ou le baiser triple sur les deux joues puis sur la bouche.

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Baiser entre Brejnev et Honecker à Berlin le 5 octobre 1979, à Berlin, lors du trentième anniversaire de la République démocratique allemande.

Mis à la mode par Léonid Brejnev, ce baiser portait même son nom, le "triple Brejnev". Purement protocolaire, totalement asexué, ces baisers symbolisaient l’amitié et la fraternité.
La photo de son baiser échangé avec le dirigeant est-allemand Erick Honecker en 1979 avait fait le tour du monde avant d’être reprise en fresque sur une partie du mur de Berlin.

Autres temps, autres mœurs, ces baisers "à la russe" ont disparu.

En 2004, alors que le rituel du triple baiser sur les joues était toujours en vigueur lors des réunions officielles, Moscou a pris la décision de le bannir au profit d’une simple poignée de main. La raison était que ces embrassades étaient trop longues et faisaient perdre beaucoup de temps lors des réunions. Certains élus étaient également irrités des moqueries de la presse à ce sujet. Moscou avait même incité les autres villes à en faire autant.

Plus récemment, et depuis juin 2013, les baisers à pleine bouche des leaders politiques soviétiques seraient même considérés comme licencieux et tomberaient sous le coup de l’amendement à la loi sur la protection des mineurs qui réprime la propagande homosexuelle. Les baisers entre des personnes de même sexe dans les lieux publics sont désormais passibles d’amendes voire de peine d’emprisonnement en Russie.

Le baiser : une longue tradition chez les Russes

Et pourtant, au cours des siècles passés, le baiser simple, triple ou sur la bouche, comme signe de fraternité et d’amitié, accompagnait la vie des Russes en de multiples occasions. Les voyageurs d’Europe Occidentale en Russie au XVIIème siècle sont nombreux à évoquer leur étonnement devant l’empressement des Russes à s’embrasser.

Le baiser faisait notamment partie de l’étiquette de bienvenue dans la société russe.

Adam Olearius, mathématicien et voyageur allemand du XVIIème siècle, invité dans une famille moscovite, raconte son embarras quand il a dû, à la demande du mari, embrasser sur la bouche la maîtresse de maison après avoir échangé avec elle une tasse d’eau-de-vie. Ce baiser était une marque très forte d’amitié accordée à un étranger.

En Europe, cette tradition avait disparu depuis le Moyen-Age.

Alexandre Dumas, dans son Voyage en Russie relate l’événement suivant:
"Il y a une charmante coutume en Russie (…), lorsque l’on baise la main d’une dame russe, elle vous rend immédiatement le baiser, sur la joue, sur les yeux, où cela se trouve enfin, comme si elle craignait que cela ne lui portât malheur de le garder. (…) Cette manière de se dire bonjour active singulièrement la connaissance. Il y a du bon dans les vieilles mœurs russes".

Lors de longue séparation, les proches s’embrassaient sur la bouche et jusqu’au XIXème siècle, à l’église, les Russes embrassaient également les défunts sur la bouche en guise d’adieu. L’étymologie proche des mots adieu (Прощание) et pardon (Прощение) en russe conférait alors au baiser la fonction de l’adieu et du pardon des pêchés.

Dans la religion orthodoxe, le saint baiser ou baiser pascal sur les lèvres se pratiquait au XVIIème siècle pendant les cérémonies pascales. Hommes, garçons, femmes et filles de toutes condition embrassaient les prêtres sur la bouche qui leur disaient "le Christ est ressuscité".

Un nouveau baiser "à la russe" ?

Aujourd’hui, si la tradition du baiser sur la bouche entre inconnu s’est émoussée, le baiser reste un geste traditionnel d'amitié, de fraternité et bien entendu d’amour, très cher aux Russes.

Finalement, le nouveau baiser "à la russe" serait peut-être ce service original et unique au monde, créé à Moscou : la livraison de baisers et de câlins.
L’an passé, à l’approche de la Saint Valentin, deux Russes ont créé un service de livraison de baisers et de câlins, "Kisses Delivery Service", sur simple appel ou envoie de mail.

Le service ouvert pendant tout le mois de février et mars, concernait tout type de client, peu importe son âge, son état matrimonial ou son sexe. L'étreinte coûtait 300 roubles, le baiser délivré sur la main ou la joue 500 roubles, dans le lieu demandé par l’expéditeur.

"Plus nous exprimons de sentiments aimables les uns par rapport aux autres, meilleur sera notre monde" affirmait alors Elena, un des auteurs de l'idée et responsable du service. "J'espère que les gens prendront avec plaisir cette manifestation conditionnelle de l'amour, même à travers un courrier."

Et en plus de s’embrasser ou de recevoir une livraison de baisers, le 14 février, les amoureux pourront aussi dévorer à pleine bouche un « безе » nom russe donné à la meringue.

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