Le studio d’animation russe Wizart dans les pas de Disney et Pixar

En Russie, Wizart est un studio d'animation qui connaît un grand succès grâce à son premier long-métrage “La Princesse des glaces”. Rencontre avec le producteur du studio.

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Ecole d’animation de Voronej - Studio Wizart

Wizart est né en 2007 dans la ville de Voronej, à mi-chemin entre Moscou et la mer Noire, son premier long-métrage “La Princesse des glaces” est sorti sur grand écran en 2012 et a connu un succès spectaculaire pour l’animation russe.

Le film met en scène les aventures de deux ados Kai et Gerda et s’inspire du célèbre conte de Hans Christian Andersen. À ce jour, le studio Wizart a déjà produit quatre long-métrages de la série “La Princesse des glaces”. Les différents volets de cette série sont sortis en salle dans plus de 150 pays à travers le monde.

En décembre, le studio a reçu le Golden Unicorn Award, prix décerné par un jury composé de cinéastes européens, américains et étrangers dans le cadre de la Russian Film Week à Londres.

Russie Info a rencontré Youri Moskvine, producteur de Wizart.
Il nous parle des activités du studio, des projets en cours et des défis de l'animation russe.

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Youri Mosvkine
Photos Wizart

Russie Info : Présentez-nous le studio Wizart ?

Youri Moskvine : Wizart est l'un des principaux studios d'animation en Russie. Notre activité principale réside dans la création de dessins animés. Nos projets ont été reconnus comme faisant partie des films russes les plus rentables au box-office à l'étranger avec plus de 80 millions de dollars de recettes.

Wizart travaille également sur la création d’un parc technologique à Voronej, au sud ouest de la Russie et dont la construction commencera en 2020. Ce parc technologique comprendra une école d'animation pour les enfants et des cours éducatifs pour les adultes, un musée de l’animation, de nombreux ateliers et des groupes créatifs qui donneront la possibilité aux dessinateurs débutants de tourner un film d'auteur. Ce projet, soutenu par le gouverneur de la région de Voronej, constitue une étape importante dans le développement de cette région et de l'industrie de l'animation russe dans son ensemble.

Russie Info : Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez-vous en ce moment ?

Youri Moskvine : Actuellement, nous travaillons sur la série animée "La Princesse des glaces : les Gardiens des Merveilles" dont les actions se déroulent dans le même univers que celui du long-métrage. Cette série vient d’être diffusée sur “Caroussel” (la chaîne russe pour des enfants) à la veille des vacances d’hiver. Les premiers épisodes ont déjà été diffusés au cinéma, à la télévision payante et sur les plateformes de streaming.

Deux projets sont actuellement en cours. Le premier est “Hansel et Gretel” qui est notre premier projet produit en collaboration avec un studio américain et le distributeur QED International. La coopération avec ce studio nous aidera à entrer sur le marché américain qui est l'un des marchés les plus difficiles à pénétrer pour la Russie et ainsi élargir les réseaux de distribution et de ventes à l’international même pour “La Princesse des glaces” qui a été un succès. Le second long-métrage, concernera un premier film sur les œuvres d’Alexandre Pouchkine avec une adaptation animée du poème "Rouslan et Ludmila".

Russie Info : Parlez-nous du processus de création lui-même : de l'idée d'un nouveau projet à sa réalisation.

Youri Moskvine : Nous travaillons nous-mêmes sur toutes les étapes initiales de la création d'un film y compris l’élaboration de l’idée, l’écriture de scénario et la conception des personnages. Des spécialistes occidentaux sont impliqués dès la conception du projet. Ils nous aident à prendre en compte toutes les nuances propres à certains pays afin que les dialogues, l'humour ou les sujets ne soient pas trop locaux.

Quant au budget, à l’équipe et aux subtilités de la production, ils dépendent de chaque cas. Par exemple, actuellement plus de 150 personnes travaillent sur le film “Hansel et Gretel”, hors spécialistes engagés en freelance. Sans tenir compte du développement de la conception et du scénario, le travail sur chaque projet prend chez Wizart 2 à 2,5 années.

Tous nos projets n'aboutissent pas nécessairement à leur réalisation. Il peut arriver qu’à une certaine étape, nous réalisons que le développement d’un film ne correspond pas au style du studio ou que l’on n’a pas assez de puissance pour lancer sa production à ce moment-là. C'est une partie naturelle du processus de production de n'importe quel studio d’animation. De cette façon, on accumule une grande bibliothèque d’idées dont l’une peut éventuellement être utilisée lors de la création d'un nouveau projet.

Trailer du premier opus du film la Princesse des Neiges sorti en 2012 :

Russie Info : On dit que le film "La Princesse des glaces" est le projet d'animation russe le plus réussi. Comment expliquez-vous ce succès ?
Youri Moskvine : Le succès de "La Princesse des glaces" au box-office mondial est le fruit d'un long travail. Tout d’abord, nous avons fait un produit international et de qualité : d’un film à l’autre, nous essayons d'améliorer la qualité de l'image et de l'animation, de rendre l'histoire plus intéressante et de révéler les personnages. Ensuite, nous avons des partenaires fiables qui aident à la promotion du film sur chaque territoire. La plupart de nos distributeurs sont des partenaires qui travaillent avec nous depuis des années. Nous surveillons attentivement le programme marketing à l’étranger, le doublage et les délivrances des licences dans tous les pays. Il est important pour nous de maintenir l'image de marque de l'entreprise au niveau international quelque soit l'ampleur de la distribution d’un film.

Russie Info : Quelles sont vos relations avec la France ? Les Français connaissent-ils vos dessins animés ?

Youri Moskvine : En 2018, l’Universal Pictures Video France a acquis les droits de distribution de “La Princesse des glaces: le Feu et la Glace” et la distribution de notre film dans le pays est devenue un fait unique pour le cinéma russe. En France le film a rapporté plus de 2 millions de dollars avec plus de 240 000 entrées. Après ce gros succès au box-office, Universal Pictures a confirmé l'accord de sortie de la quatrième partie de la saga en France et dans plusieurs pays francophones avec un budget publicitaire de près d'un million d'euros sur ces territoires.

De plus, notre film “Loups et Moutons” a été sélectionné pour être en compétition au Festival d'Annecy en 2016. Dans l'ensemble, nous estimons que notre coopération avec la France est très fructueuse et nous serions heureux de la poursuivre dans le cadre d'autres projets. La France, est un pays avec une belle école d'animation, très reconnaissable et appréciée dans le monde entier. C’est pourquoi la reconnaissance dans ce pays est très importante pour nous.

Russie Info : Quels sont les problèmes auxquels fait face l’animation russe ? Et quelles seraient les solutions ?

Youri Moskvine : L'animation russe fait face à des problèmes de financement, à un manque d’intérêt des chaînes dans l’animation ainsi qu’à un déficit de cadres et plus généralement à une carence de formation dans ce domaine. Mais la situation évolue : à ce jour, l'Etat s'est intéressé à cette industrie en lui accordant des avantages fiscaux, mais il a également fait passer un décret pour accorder des subventions aux entreprises étrangères dans ce domaine ainsi que des subventions pour la promotion des films.

Par ailleurs, le Fond Kino (ndlr : le principal organisme de financement des films du gouvernement russe) soutient chaque année des projets d'animation. Les points faibles résident dans le manque d’intérêt de l’Etat dans la promotion de l'animation russe à l'étranger. Cela attirerait plus d'investissements commerciaux, ce qui donnerait une impulsion naturelle au développement de l'industrie.

Russie Info : Comment caractériseriez-vous la position de la Russie sur le marché mondial de l'animation ? Pouvez-vous rivaliser avec Disney et Pixar ?

Youri Moskvine : L'industrie de l'animation russe est très jeune. On dit généralement qu'elle est née il y plus de 15 ans. À cette époque, Disney et Pixar avaient pratiquement monopolisé la distribution dans le monde entier. Aujourd'hui, grâce à leurs réseaux de distribution, ces studios peuvent se permettre d'augmenter presque indéfiniment les budgets de leurs projets. La différence dans les budgets des longs-métrages de ces entreprises et des producteurs russes peut aller jusqu'à 20 fois. Un tel écart financier rend difficile la concurrence.

Si Disney et Pixar dispose d'un grand avantage temporel, alors pour l'animation russe, l'élargissement des réseaux de distribution et, par conséquent des budgets, n'est qu'une question de temps. On peut alors dire que la série télévisée d'animation nationale est déjà en concurrence avec les géants mondiaux de l'animation.

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