Le potager de la datcha: symbole de l’affectif familial russe

La datcha et son potager revêtent une signification profonde et des pratiques sociales bien ancrées chez le peuple russe...

La datcha, à priori rien d’autre qu’une maison modeste en bois sur un petit terrain délimité, occupe une place prépondérante dans la culture russe.

Il est d’ailleurs aujourd’hui lieu commun pour un habitant de la ville de posséder une datcha à la campagne. Et dès le 1er mai, les citadins s’y ruent jusqu’au mois de septembre, l’habitation modeste permettant souvent d’être occupée qu’en été.

Capter la famille

Pour Ronan Hervouet, Codirecteur du Centre franco-biélorusse de Sciences politiques et d'Etudes européennes, la datcha se révèle être le lieu où de puissants investissements affectifs se perpétuent. Dans ce contexte, le travail du potager rappelle à chacun quels sont ses devoirs.

La datcha est bien souvent possession des grands-parents. Acquise lors de l’époque soviétique, les enfants y ont passé tous leurs étés et ont été initiés aux joies de la campagne et du jardinage. Aujourd’hui, les enfants y amènent les petits-enfants.

Pour les babushkas, la répartition des tâches pour l’entretien du potager est un véritable moyen de capter la famille auprès d’elles et de la garder sous leur contrôle.

La nouvelle génération se sent d’ailleurs parfois prisonnière d’un système absurde, mais l’enfant, en se rendant régulièrement à la datcha et en participant à l’activité familiale du jardin, obtient en retour des faveurs essentielles pour surmonter les difficultés quotidiennes : gardes d’enfants, appels téléphoniques fréquents ou soutien psychologique, autant de services qui consolident le cocon familial, et qui se révèlent essentiels pour le nombre croissant de mères célibataires.

Le potager dans les cours d’immeubles

Aujourd’hui, malgré les changements drastiques qu’a expérimenté la Russie en terme d’approvisionnement et de distribution alimentaire, il semble que le souvenir de la pénurie reste présent dans beaucoup d’esprits.

Ainsi l’approvisionnement personnel en légumes semble toujours ancré dans les pratiques et il n’est pas rare de trouver en pleine ville, entre des immeubles, encore des espaces utilisés pour y planter des pommes de terre.

Le potager de la datcha peut donc répondre pour certains à ce type de besoin économique.
Manger des produits frais, apportés de la datcha, est également perçu comme un réel plaisir et une réelle plus value pour ses consommateurs.

La datcha versus le cottage

Pour les plus riches, les datchas ne sont plus seulement une demeure estivale et le potager ne requiert pas la même signification, si tant est qu’il y en ait un.
Bien que variant en confort, les nouvelles datchas sont généralement fabriquées en briques et non plus en bois et ont même été surnommées « kottedzh » (cf cottage) pour souligner le caractère occidental de ces maisons.
Ces nouvelles demeures, de plusieurs centaines de mètres carrés soulignent d’abord la richesse du propriétaire.

Malgré tout, la datcha reste un attribut de la culture russe parce que les Russes la considèrent comme telle.

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