Le patriotisme n’est pas à la mode dans les entreprises russes

Les entrepreneurs russes préfèrent se soumettre au droit étranger et s’adresser aux banques étrangères afin de sécuriser leur business. De notre partenaire Le Fil Franco-Russe.

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La Maison Blanche, bâtiment gouvernemental à Moscou © Jérôme Brégère

Les entreprises russes préfèrent le droit des pays étrangers à la jurisprudence nationale, c’est le constat d’une table ronde qui a eu lieu pendant le dernier Forum économique international à Saint-Pétersbourg.

Les entreprises cherchent à sécuriser les transactions en exportant le plus souvent possible le lieu de signature des contrats. Seulement une entreprise russe sur dix effectue la majorité de ses transactions dans le champ du droit russe, selon un recensement présenté par le cabinet d’avocats Egorov, Puginsky, Affanassiev & partners.
Et plus de la moitié des entreprises interrogées y effectuent moins de 10% de leurs transactions, voire aucune transaction dans le champ du droit russe.

Parmi les causes de cette expatriation, l’imperfection du droit russe a été citée par les deux tiers des interrogés. Ils étaient aussi 62% à faire davantage confiance aux tribunaux étrangers, peu importe le pays, par rapport aux tribunaux russes.
Le régime fiscal plus favorable n’était cité que dans moins de la moitié des cas.
«Nous constatons que le premier rôle des off-shores n’est pas de diminuer l’imposition mais d’offrir la possibilité de saisir un tribunal étranger en cas de litige », notait Dimitri Affanassiev, président du cabinet d’avocats.
Une légende locale insinue qu’on pourrait acheter le jugement de n’importe quel tribunal russe en versant une somme d’argent. Apparemment les entrepreneurs locaux y croient.


Les banques russes ne s’intéressent pas aux PME

Le droit n’est pas le seul secteur concerné par ce non-patriotisme. Près de 84% des chefs d’entreprise russes préfèrent faire appel aux banques occidentales plutôt qu’aux banques russes, selon une enquête réalisée par la banque UBS Russia avec le cabinet Campden Research.
Et quelques 47% ont accédé au financement des banques occidentales dans les douze derniers mois, contre 13% qui ont obtenu des crédits auprès des banques russes. Ils n’étaient que 60% à préférer les banques occidentales en 2009.

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Si la cote des banques nationales ne remonte pas, c’est peut-être parce qu’elles évitent de créditer les PME, leur préférant des grandes entreprises, publiques le plus souvent. Les coûts du financement différent sensiblement, « entre 12% et 22% pour les PME, contre 7% à 10% pour les grandes entreprises, pour les crédits libellés en roubles », explique Marc Rubinstein du fond d’investissement IFK Metropol.

Et même avec des taux aussi élevés, les banques font la fine bouche. « Le banquier ne veut même pas regarder mon business plan, il me demande si j’ai des relations haut placées dans les administrations. Si quelqu’un pouvait me « pistonner » auprès de la direction de la banque alors j’aurais un crédit », expliquait l’un des entrepreneurs interrogés lors de l’enquête.

Prendre un crédit auprès d’une banque russe peut aussi augmenter les risques pour l’entreprise, comme le soulignent les entrepreneurs interrogés, car la plupart des banques russes accueillent l’Etat dans leur capital. En cas de pépin, ils ont peur d’être confrontés à des manœuvres malveillantes des fonctionnaires souhaitant s’emparer du business.

Le climat des affaires en Russie est jugé comme peu propice pour l’entreprenariat par 95% des hommes d’affaires locaux interrogés lors de l’enquête. « Les entrepreneurs russes ne sont pas prêts de bâtir des projets à long terme, et ne s’intéressent pas à la transmission de leur entreprise à la génération suivante», se désole Gregg Robins, directeur de UBS Russia.

L’avenir d’une entreprise en Russie n’obéit pas toujours aux règles occidentales de l’économie. Heureusement, cela n’empêche pas les Russes d’entreprendre.

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