Le mouvement olympique et la Russie tsariste

A l'approche des JO 2014 de Sotchi, Eric Monnin présente ses chroniques sur l’histoire de la Russie dans l’olympisme. Une façon originale d’aborder les Jeux à venir sur Russie Info. 1ère grande période: 1892-1917.

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Athènes 1896, réunion des membres fondateurs du CIO Assis en partant de la gauche : Pierre de Coubertin (secrétaire générale du CIO, France), Demetrius Vikelas (Président du CIO, Grèce) et Aleksey Dimitrievic Boutowsky (Russie) Debout en partant de la gauche : Karl August Willibald Gebhardt (Allemagne), Jiri Guth-Jarkovsky (Bohème), Ferenc Kemeny (Hongrie) et le colonel Viktor Gustav Balck (Suède);

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Eric
Monnin

Eric Monnin est champion de France scolaire de judo et ancien membre de l'équipe de France.
Il a reçu la médaille Pierre de Coubertin des mains du Président du CIO, Jacques ROGGE, le 6 août 2013 à Lausanne.


Maître de conférences à l'Université de Franche-Comté, docteur en sociologie et agrégé d'éducation physique et sportive, Eric Monnin est également l’auteur du livre De Chamonix à Sotchi publié en 2013 aux éditions Désiris.

L'histoire commence en 1892

Dès 1892, Pierre de Coubertin (fondateur du Comité international olympique qu’il préside dès 1896) entretient des liens privilégiés avec la Russie et notamment avec son Altesse impérial le Grand duc Wladimir de Russie et le prince Obolensky.

Au congrès olympique de 1894, deux Russes sont présents pour représenter leur nation : le général Aleksey Dimitrievic Boutowsky, attaché à la Direction des Écoles spéciales militaires russes à Saint-Pétersbourg, et Alexeï Lebedew de la société de gymnastique de Saint-Pétersbourg. La Russie compte parmi les douze nations dont les représentants rénovèrent les Jeux Olympiques et fondèrent le Comité international olympique au congrès international de Paris en 1894. Le général Aleksey Dimitrievic Boutowsky, de nationalité russe, figure parmi les quatorze premiers membres du CIO d’origine.

Parmi les membres fondateurs du CIO, Boutowsky occupe la quatrième place sur la liste protocolaire.

L’indifférence des Russes pour les exercices physiques

Pourtant, malgré cette reconnaissance internationale de la Russie par le Mouvement olympique, Boutowsky rencontre beaucoup d’indifférence chez ses compatriotes et dans la presse. Le 19 février 1895, il écrit à Coubertin: « J’ai reçu les trois envois du bulletin et les ai utilisés pour répandre l’idée des Jeux Olympiques. Je dois dire pourtant qu’il y a encore beaucoup d’indifférence pour la cause des exercices physiques en général chez nous, en Russie. Notre presse n’est nullement disposée à soulever sérieusement la question de l’éducation physique, qui est tenue peu digne d’avoir sa place dans un journal d’une certaine autorité... Je ne désespère pas pourtant de pouvoir former un Comité des Jeux Olympiques..».

Une lassitude certaine s’installe Boutowsky. Dans son compte-rendu concernant son déplacement aux Jeux d’Athènes en 1896, il écrit à nouveau : « Ayant passé beaucoup de temps à l’étranger et voyagé d’un endroit à un autre, je n’ai pas eu l’occasion de lire le journal russe régulièrement. J’ignore donc ce qui a été écrit sur les jeux Olympiques en Russie. J’ignore même s’ils ont été mentionnés. Si je décris autant que possible les Jeux en me fondant sur des observations personnelles, je pense qu’elles ne satisferont pas la curiosité des lecteurs russes ».

En effet, un seul Russe est inscrit au concours de ces premiers Jeux mais comme dix pour cent des athlètes, il ne se présente pas aux épreuves olympiques.

Un mois avant le second Congrès olympique intitulé Hygiène et pédagogie sportive, Boutowsky adresse, le 27 juin 1897, un courrier à Coubertin pour excuser son absence mais aussi pour lui mentionner que son compatriote Lebedew interviendra devant les congressistes pour présenter l’évolution des exercices physiques en Russie et parler en son nom. « Monsieur Lebedew se charge d’exposer devant le congrès tous les progrès assez considérables qui ont été faits en Russie, en fait des exercices physiques en générale et dans la vie sportive en particulier ».
Boutowsky avertit également le rénovateur des Jeux que Lebedew abordera la question de la ville hôte des futurs JO de 1904 et d’une possible candidature de la Russie. « Ne soyez pas incrédule s’il vous parle de la possibilité des Jeux Olympiques en Russie même immédiatement après ceux de Paris ».

Dès 1898, Boutowsky met tout en œuvre pour que la Russie soit représentée. Malgré son engagement pour la cause olympique, seuls deux cavaliers et un tireur russes participent aux JO de Paris. Boutowsky déçu, décide de mettre fin à sa bataille pour le développement d’une pratique physique universelle et la réussite du Mouvement olympique en Russie.

L’implantation de l’olympisme dans la Russie impériale

À la suite des Jeux de Paris, deux nouveaux membres russes sont adoubés : le prince Serguei Beliosselsky de Beliozersk et le comte Georges de Ribeaupierre. Les nouveaux membres du comité olympique russe semblent au regard de Coubertin peu convaincus par la cause olympique. Comme le prouve dès 1908, le départ du prince Serguei Beliosselsky de Beliozersk du CIO.

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Aucun Russe ne participe à l’Olympiade de Saint-Louis en 1904, tandis que les JO de 1908 à Londres accueillent une équipe russe composée de cinq athlètes, et consacrent leur premier champion olympique, Nikolay Panin-Kolomenkin en patinage artistique dans l’épreuve de figures spéciales libres devant les anglais Cumming et Hall-Say.

À Stockholm, en 1912, la délégation russe est forte de 154 athlètes. Le succès russe aux JO suédois revient principalement au secrétaire du comité olympique russe Georges Duperron.
Durant ces JO, la Russie et l’Autriche n’acceptent pas que la Finlande et la Bohême apparaissent sous leurs propres couleurs autonomes ainsi que l’ordre du défilé des nations. Pierre de Coubertin « obtient du Tsar et de l’empereur d’Autriche-Hongrie une solution acceptable. Les Finlandais et les Thèques défileraient sous la bannière de leur Comité olympique, mais derrière les équipes de Russie et d’Autriche. En cas de victoire, une flamme finlandaise ou tchèque serait ajoutée aux drapeaux russe et autrichiens ».

L’année suivante, le CIO décide d’élire Duperron comme troisième membre pour la Russie. Le président du CIO justifie cette nouvelle élection en rappelant la situation des membres du Comité olympique russe : « Le prince Troubelzskoy, retenu dans l'Oural, avait déclaré, lors de sa nomination, qu'il ne pourrait prendre part active dans le Comité qu'à partir de 1911. Le comte de Bibeaupierre vient d'écrire au Président que très occupé par son élevage et les courses qui coïncident presque toujours avec les réunions du CIO, il lui est impossible de prendre part à nos travaux. En conséquence, le Président propose d'écrire au comte de Ribeaupierre pour lui demander s'il connaît M. Duperron et s'il approuverait sa nomination ». Les membres de la session approuvent à l’unanimité cette décision.

À la veille de la Révolution d’octobre 1917, le prince Léon Ouroussoff est le seul représentant du CIO russe. Georges Duperron a démissionné en 1915 et le comte Georges de Ribeaupierre l’année suivante. En exil à Paris, le prince Ouroussoff restera membre du CIO pour le Russie tsariste jusqu’à sa mort en 1933.

Il demandera au CIO la possibilité de faire participer deux équipes russes distinctes : les émigrés russes et les Russes d’URSS. Le CIO rejette la requête d’Ouroussoff pour des raisons administratives en précisant que «le Comité International prend acte des déclarations du prince Ouroussoff, lui exprime son admiration pour le patriotisme élevé et chaleureux dont il s'est fait l’interprète et, tout en regrettant que, dans l'état actuel des choses, les règlements olympiques fassent obstacle à la participation de la Russie aux Jeux, émet le vœu que toute la jeunesse russe y puisse prendre part dans l'avenir ».

Les extraits des lettres mentionnées proviennent des archives du Comité international olympique. « L’URSS et l’Olympisme », in Revue olympique, n°84-85, 1974.

A suivre, la seconde chronique d’Eric Monnin sur Russie Info : 2ème grande période : Le mouvement olympique et l’URSS (1920-1937).

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