Le lancement de Soyouz MS-03 dans les relations spatiales franco-russes

Le lancement de Soyouz MS-03 avec le Français Thomas Pesquet marque l’importance de la poursuite des relations spatiales entre Français et Russes dans un climat géopolitique plus tendu que jamais.

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A gauche, les 3 astronautes, l'Américaine Peggy Whitsun, le Russe Oleg Novitski et le Français Thomas Pesquet qui se sont envolés jeudi 17 novembre 2016 pour un séjour de 6 mois à bord de l'ISS. A droite, leurs doublures, Paolo Nespoli (ESA), Fyodor Yurchikhin (Roscosmos) et Jack Fischer (NASA) : Crédits : NASA/Alexander Vysotsky.

Le vaisseau russe Soyouz MS-03 s’envolait le 18 novembre dernier à 02h20 heure locale du cosmodrome de Baïkonour. A son bord, le Français Thomas Pesquet marque plus de cinquante ans de collaboration spatiale réussie. Alors que le spectre de l’affaire Youkos réapparaît, cet événement arrive à point nommé pour montrer l’importance de la poursuite des relations spatiales entre Français et Russes.

Une collaboration historique

Depuis la visite du Général de Gaulle en URSS en 1966, les Français sont les partenaires privilégiés des Russes dans le domaine spatial. En pleine Guerre froide, le spationaute Jean-Loup Chrétien s’envole en 1982 pour rejoindre la station Saliout-7. D’autres suivront : Patrick Baudry s’entrainera à la cité des étoiles de Moscou, Michel Tognini volera sur Soyouz en 1992, Jean-Pierre Haigneré en 1993 et 1999, Claudie Haigneré en 1996 et 2001, Léopold Eyharts en 1998. Les deux pays collaborent aussi sur les sondes spatiales, le dernier exemple en date étant Exomars 2016. La mission Exomars 2020 est d’ailleurs en train de se préparer. Ces travaux communs sont autant d’occasions d’échanger sur les différentes technologies et procédés scientifiques, d’apprendre la langue, et de tisser des amitiés durables.

Plus récemment, la collaboration a été portée au niveau industriel. En 2005, un accord entre Russes et Européens avait été signé pour l’utilisation du lanceur Soyouz depuis le Centre Spatial Guyanais. Le premier lancement a eu lieu en 2011, et d’autres se succèdent depuis. Le lanceur russe est en première ligne pour la mise en orbite des satellites du programme Gallileo, le système de positionnement européen.

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Crédits NASA
Bill Ingalls

Les dangers de l’affaire Youkos

Et c’est justement au sujet du programme Soyouz que Russes et Français connaissent un point de désaccord majeur. L’affaire Youkos est le déclencheur de cette crise. Lors de la banqueroute de la compagnie énergétique, près d’un milliard de dollars avaient été gelés en France. 400 millions appartenaient à Arianespace dans le cadre de la collaboration sur le lanceur Soyouz en Guyane. Cette situation avait finalement trouvé une fin il y a sept mois, suite à une décision du tribunal de grande instance de Paris de lever le gel.

Mais nouveau rebondissement : les anciens actionnaires de Youkos ont fait appel, et le procureur de la République suspend sa décision. En outre, les Russes suivent avec attention les débats concernant un amendement particulier de la loi Sapin 2, aussi appelé “amendement Poutine” qui vise à mieux protéger les biens des états étrangers contre les saisies. Introduit à la demande du Quai d’Orsay, retiré par les députés, finalement imposé par le gouvernement, l’amendement est approuvé le 28 octobre.

La réponse ne se fait pas attendre : l’agence spatiale russe Roscosmos annonce qu’elle ne livrera plus les lanceurs Soyouz à Arianespace.

"Nous ne recevons pas actuellement l’argent dû par Arianespace pour notre travail. Pas d’argent, pas de produit. Nous ne pouvons travailler gratuitement", commente le service de presse.

Même si les satellites Gallileo seront désormais lancés par Ariane 5, cette situation pourrait avoir de lourdes répercussions pour Arianespace. La Russie menace en effet de remettre en question l’ensemble de sa collaboration avec l’Agence Spatiale Européenne. D’un point de vue commercial, le manque à gagner pourrait être important : le lanceur Soyouz avait permis de remporter 17 contrats, pour une valeur totale d’un milliard d’euros.

Le lancement de Soyouz MS-03

Dans le même temps, les préparatifs du lancement de Soyouz MS-03 avançaient. Les plannings des vols habités sont très stricts, et par conséquent les troubles diplomatiques ont peu d’influences sur la conduite de ces projets. Thomas Pesquet validait pas à pas sa formation : simulateur de vol, centrifugeuse, analyses médicales, préparation physique, etc.

Alors que l’annulation de la visite de Vladimir Poutine à Paris et l’affaire Youkos troublaient les relations franco-russes, le spationaute finissait ses préparatifs et entrait en quarantaine à Baïkonour. L’attention médiatique se portait alors sur le lancement du dixième français dans l’espace.

Le jour du lancement, Russes, Européens et Français finissent les derniers préparatifs. Les officiels, les équipes techniques, la presse, la famille, les amis, tous se tiennent debout dans le froid pour saluer l’équipage avant sa mission de six mois dans la station spatiale internationale. Une incroyable atmosphère se dégagent de la scène : alors que la situation géopolitique est plus tendue que jamais, voici une Américaine, un Russe et un Français se tenant côte à côte pour contribuer à une œuvre pacifique et bénéfique à toute l’humanité : la conquête spatiale. Lorsque l’on a vécu une telle scène, on ne peut douter que la paix sur Terre passera forcément par les étoiles.

Suivez les actualités sur la conquête spatiale sur le blog de Vivien Destro LeSpatioscope.com

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ESA
Manuel Pedoussaut, 2016

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