Le Kremlin présente le luxe européen apporté du Japon

L’Institut du costume de Kyoto expose à Moscou, les créations des grands couturiers de l’Art déco. Les vêtements, les photos et la graphique sont accompagnés par les œuvres des maisons Cartier et Van Cleef & Arpels.

Le projet "L’élégance et le luxe de l’Art décor" ouvert au Kremlin présente 119 habits et accessoires fabriqués en Europe dans les années 1910-1930, mais issus de la collection de l’Institut du costume de Kyoto considérée comme l'une des plus riches du monde. Beaucoup d’objets ont été restaurés spécialement pour l’exposition et ont quitté le Japon pour la première fois.

La participation des maisons Cartier et Van Cleef & Arpels aide à restituer l'ambiance somptueuse de l'époque.

Selon Elena Gagarina, directrice générale des Musées du Kremlin, "dans les années 1920 - 30, l'Art Déco s’est emparée du monde entier, et depuis, elle n’a jamais perdu son charme magique."

Ce courant a totalement modernisé la mode en y apportant les tendances d’autres arts et les traditions de pays différents comme le Japon et la Russie principalement. L'exposition dévoile cette esthétique éclectique. Les traits japonais se lisent dans les images de mode ou dans les silhouettes "en kimono" des œuvres des maisons Jeanne Paquin, Callot Sœurs ou Paul Poiret.

Cependant à l’époque, les Japonais ne portaient presque pas l’habit occidental, donc l’échange n’était pas réciproque. L’influence entre les créateurs français et russes évoluait d’une autre manière.

Les danses barbares

"Nous avons retrouvé le thème russe par exemple dans cette robe de Callot Soeurs, explique Svetlana Améliokhina, commissaire de l’exposition. C’est une symbiose des arts : la traîne fait penser au costume japonais, tandis que les glands de perles évoquent Nijinsky et les Ballets." russes

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Expo
Robe Callot Soeurs

Effectivement, les spectacles organisés par Diaghilev de 1909 à 1929 ont été un moteur pour l’imagination des grands couturiers. Selon Natalia Kozlova, historienne de la mode et auteure du livre sur le style russe, "c’est Paul Poiret qui a supprimé le corset mais l’idée appartient initialement au peintre russe Léon Bakst qui l’a réalisée dans ses costumes pour le ballet Shéhérazade. Paul Poiret a vu le ballet, en a été émerveillé et a appliqué cette même idée pour la mode."

Les Ballets russes ont détourné la mode des tons pastel vers les couleurs exaspérées et leurs combinaisons inhabituelles comme le mariage du vert et du violet. Des compositions choisies par Cartier qui a associé des saphirs à côté des émeraudes dans les colliers. Les couturiers occidentaux communiquaient à leurs vêtements de la somptuosité suggérés par L'Oiseau de feu ou Schéhérazade et engageaient les peintres russes. La collaboration de Jeanne Paquin avec Léon Bakst, décorateur et costumier principal des Ballets, en est un exemple.

Un autre exemple de ces échanges, parmi les objets exposés, est une robe de la maison Chanel garnie d’une broderie russe. A l'époque, plusieurs œuvres de la marque furent décorées ainsi dans la maison Kitmir ouverte par la grande-duchesse Marie Pavlovna, qui s’était installée à Paris après la révolution de 1917.

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Art déco
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Echange avec l’URSS

"Tandis que l’Art déco se développait en Europe, la Russie, elle, restait en dehors de ce mouvement car la Révolution bannissait tout luxe. En revanche, il y a eu le constructivisme, présenté en 1925 au cours de la célèbre exposition à Paris où, d'ailleurs, le mot Art déco a été lancé", explique l'historienne Natalia Kozlova.

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Art déco
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L’historienne rappelle que dans le pavillon de l’URSS, il y avait pourtant les tissus aux dessins géométriques de Varvara Stepanova et Lyubov Popova, et la collection en style russe de Nadejda Lamanova qui comprenait des colliers en mie de pain colorée, des sacs à main en chanvre tors... faute de trouver en URSS des étoffes, boutons et matériaux précieux pour la confection de leurs créations. Cette collection en matériaux simples a gagné le Grand prix au moment où tout le monde exposait le chic de l’Art déco !

"En même temps, souligne Natalia Kozlova, l’URSS a été avide de luxe. Quand le constructivisme s’est trouvé interdit au début des années 1930, on a commencé à imiter les traits de l’Art déco dans le style opulent de l’époque stalinienne."

A son tour, le constructivisme a généré de nouvelles expériences chez les maîtres de la dernière période de l’époque de l'Art déco, dont les créations extravagantes sont aussi présentées dans le cadre de l’exposition.

L’exposition est ouverte jusqu’au 11 janvier 2017.

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