Le désenchantement des émigrés africains en Russie

Entre illusions perdues et conditions de vie difficiles, beaucoup d'émigrés africains en Russie sont en situation de détresse. Portrait d'une jeune femme congolaise, emblème d'une communauté désenchantée.

Dorcas, chez elle à Moscou

Dorcas est congolaise. Elle est arrivée à Moscou il y a un peu plus d'un an. La Russie ne devait être qu'une escale pour partir ensuite en Europe. Aujourd'hui, victime des chimères d'un trafic illicite entre l'Afrique et la Russie, et sérieusement malade, elle ne pense plus qu'à une seule chose, rentrer au pays.

Victime du commerce de l'El Dorado

"Depuis quelques années, un business affreux existe entre l'Afrique et la Russie." Hortense, une amie camerounaise de Dorcas, explique comment cette jeune femme est aujourd'hui en détresse. "Des Africains vivant en Russie vendent à leurs compatriotes en Afrique des lettres d'invitation d'universités russes. Ils leur promettent en échange d’environ 2 millions de francs CFA (plus de 3000 euros), une vie meilleure en Europe."

Ceux qui peuvent payer, tombent alors dans une réalité bien différente. "Quand ils arrivent à Moscou, les passeurs emmènent leurs compatriotes non pas dans un train direct Moscou-Paris, mais dans le métro”, explique Dorcas. Ne connaissant rien ni personne dans ce nouveau pays, les Africains, pour la plupart des Nigériens, Camerounais et des Congolais, se laissent conduire.
Aveuglés par leurs illusions, ils ne voient pas le piège: les passeurs les ont installés sur la ligne circulaire du métro en leur disant "quand ça s'arrêtera tu seras arrivé".

Quand ils prennent conscience de l'énorme mensonge, il est déjà trop tard, les Africains n'ont plus qu'à espérer trouver un voyageur noir pour les aider", s’indigne Hortense.

Ce commerce illicite s'amplifie depuis 2 ou 3 ans. "En moyenne, deux Africains par semaine sont victimes de ce commerce avec une majorité de Nigériens", précise Hortense.

Pour lutter contre cet odieux trafic, des membres de la communauté africaine, installés légalement en Russie et en Europe, se mobilisent pour informer leurs compatriotes de ce commerce.

Et si on rentrait au pays ?

Aujourd'hui Dorcas ne rêve plus de l'Europe, mais de retourner dans son pays. Avant de quitter la Russie, elle doit trouver de l'argent pour payer son retour, et surtout pour se soigner. Atteinte d'une grave maladie des parties génitales, qui s'est aggravée depuis la détérioration de ses conditions de vie en Russie, la jeune femme congolaise survit grace à la solidarité.

Image of Comprendre la Russie
Manufacturer: GUIDES DE VOYAGE ULYSSE
Part Number:
Price: EUR 14,99

Depuis plusieurs mois, ses amis africains l'aident à trouver l'argent nécessaire pour payer son opération dans un hôpital qui accueille les étrangers, et dont les tarifs sont moins prohibitifs qu'à Moscou.
Hortense lui a appris il y a quelques jours qu'un médecin pourrait l'opérer pour moins de 2000 euros (80 000 roubles), au lieu de 3700 euros à Moscou. Quand elle aura trouvé un peu d'argent, elle faira les 300 km qui séparent la capitale russe de cet hôpital de province.

Son amie raconte la détresse des étrangers face au système de santé russe, et spécialement à Moscou: "En cas d'urgence, les hopitaux sont obligés de nous accueillir. Les médecins nous donnent les traitements pour calmer la douleur, ils font les analyses pour connaitre l'origine du mal, et ensuite ils nous demandent de partir et de nous faire soigner ailleurs."

Bien sûr, tous les Africains en Russie ne sont pas victimes de ce trafic. Nombreux d’entre eux sont naturalisés, y vivent aussi des étudiants, des ingénieurs, des diplomates et même des couples russo-africains... Et paradoxalement, de plus en plus d'Africains formés en Russie décident de repartir travailler dans leur pays.

0


0
Portrait de Sasha

Et ils ne peuvent pas trouver de l'aide auprès de leur ambassade ?



Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires