Le 23 février, la Russie célèbre ses hommes et boude l’Armée

Ce mercredi, la Russie fête la Journée des défenseurs de la Patrie. Une fête très populaire, dépouillée aujourd’hui de toutes connotations militaires.

"Je garde au calme notre pays natal"

Le 23 février est le jour anniversaire de la création de l’Armée rouge, en 1918. Déclarée fête nationale et jour férié en Russie, cette Journée de la défense est devenue la fête officielle de l’Armée donnant l’occasion à la population russe de féliciter les soldats et, de façon plus générale tous les hommes.

«On offre toujours un cadeau, même simple, comme pour un anniversaire, à la différence près que c’est à tous les hommes que l’on connaît. Et si on ne voit pas l’une de nos connaissances masculines ce jour là alors on l’appelle pour lui souhaiter une bonne fête», explique Julia, une jeune moscovite.

Alexeï, lui, se réjouit, hier toutes ses collègues ont fait la queue à la porte de son bureau pour le célébrer : «80 bises !», plaisante le jeune homme en ajoutant que le comité d’entreprise a fait livrer pour chaque salarié une bouteille de vin, tandis que les femmes y sont allées de leur poème.

Plus simplement chez Irina, mère de deux garçons, «ce jour là, mes fils viennent manger à la maison et je leur fais un bon repas avec leurs plats préférés».

L’armée n’est plus en odeur de sainteté

Le 23 février, la télévision russe diffuse en boucle des documentaires et des films sur la guerre ainsi que des comédies militaires. Des émissions sur le même thème passent à la radio.
Pourtant malgré la propagande, la population a tourné le dos à l’Armée et aujourd’hui la «Journée des défenseurs de la Patrie» n’a de militaire que le nom.

«Avant c’était une fête populaire que l’on fêtait avec fierté parce que c’était le temps où l’armée russe jouissait d’une image glorieuse», explique Irina qui ajoute que les jeunes aujourd’hui en Russie craignent le moment où ils devront faire leur service militaire et cherchent souvent à y échapper.

Pour ses deux garçons, cette mère russe était prête à tout pour leur épargner l’armée : «Lorsque mon premier fils a eu 18 ans, je me suis mis en quête de vendre notre voiture, une Mercedes, pour payer un docteur afin qu’il me fasse un faux certificat médical. Finalement le docteur a été compréhensif et sans vendre la voiture mon fils a été réformé. Pour le second, nous avons de la chance, il a vraiment une très mauvaise vue et a été réformé d’office. »

De sa datcha située à quelques kilomètres de Moscou, Irina voit souvent des soldats creuser des trous pour "passer le temps". «Ils ne font rien. Tellement rien que parfois, le colonel qui les encadre se fait de l’argent en vendant leurs services aux propriétaires des datchas qui ont besoin de mains d’œuvre pour des travaux dans leurs jardins

Pour la fin de la conscription

Plus que l’ennui, l’Armée inquiète et fait peur. L’année dernière, elle avait défrayé la chronique avec une épidémie de pneumonie qui avait touché une centaine de conscrits, simultanément en Sibérie et à Kaliningrad. L’année d’avant, en 2008, le ministère russe de la Défense avait déploré la mort de 471 militaires dont 231 suicidés.

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Ce phénomène n’est pas nouveau. En témoigne l’organisation «Mères de Soldats » qui a été créée après la guerre en Afghanistan pour protéger les jeunes hommes de la conscription. Leur site conscription.ru propose des contacts pour obtenir une aide juridique et recommande de «vrais» docteurs, indépendants de l’Armée, pour certifier de l’aptitude des garçons à faire leur service.

L’Etat russe sait que les jeunes ne veulent plus de la conscription et demandent une Armée de métier. Des annonces de hausses de salaires pour les soldats sont parfois émises pour motiver les jeunes à s’enrôler. «Un lieutenant touche 10 000 roubles et il serait question de l’augmenter à 30.Mais qui a envie d’aller se battre dans le Caucase ?», demande Irina.

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