A l'aide des enfants africains en Russie

A Moscou, l’association MPC Social Services vient en aide aux familles d'immigrés africains, dont les enfants ne peuvent pas aller à l'école.

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Photo JB

Une fois par semaine, des femmes originaires d'Afrique emmènent leurs enfants à L'Ecole du Jeudi. Organisée par une équipe de bénévoles, c'est pour ces familles en situation irrégulière la seule école qui les accueille à Moscou et leur offre un minimum de sociabilisations. Ces familles n’ayant pas la possibilité, aujourd'hui en Russie, de scolariser leurs enfants, elles les laissent, pour la plupart, grandir comme ils peuvent, sans accès à un système éducatif.

L’association protestante MPC (Moscow Protestant Chaplaincy) qui développe beaucoup d’œuvres sociales pour les immigrés en Russie supporte cette initiative, en partenariat avec une autre organisation russe, Civic Assistant Committee.

Dans des locaux qu'une association culturelle russe leur prête temporairement, derrière une porte anonyme, L'Ecole du Jeudi accueille les familles. L’âge des enfants varie beaucoup, mais il y a une majorité de petits qui fait ressembler cette école davantage à une maternelle, avec la priorité donnée aux jeux.

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A l'école du jeudi
Photo JB

Les bénévoles de l’association expliquent que les enfants en ont besoin car ils ont peu de possibilité de jouer au quotidien : "Ils vivent dans des appartements exigus, rassemblant plusieurs familles africaines, avec souvent des gens qui dorment à toute heure et qu'il ne faut pas réveiller. Ils passent aussi beaucoup de temps devant la télévision et ont, pour la plupart, très peu joué avec d'autres enfants."

Partager, rester concentré ou écouter des consignes, tout ce qui est appris en petite section de maternelle, leur est donc difficile. Les bénévoles utilisent le jeu pour développer leurs capacités relationnelles, et les sociabiliser. Pour les plus grands, dont certains sont nés en Russie et n’ont jamais été scolarisés, des cours particuliers sont assurés dans une salle à part.

A partir de dix heures du matin, les enfants arrivent, soigneusement habillés. Les heures d'arrivée sont aléatoires et chaque jeudi est différent : les familles, vivant dans des conditions précaires, ne sont pas toujours présentes, certaines ne peuvent parfois plus se payer le transport ou craignent que leurs enfants tombent malades. Leur trajet est souvent long : deux bonnes heures de bus, de train puis de métro, depuis les quartiers excentrés de la capitale russe où elles habitent.
Le trajet est long pour se rendre à L'Ecole du Jeudi, mais un père déclare qu’"il faut se battre pour ses enfants".

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A l'école du jeudi
Photo JB

Les activités varient au rythme des arrivées, mais des rituels de groupe ont cependant été mis en place comme les histoires qu'Aline, une bénévole française, lit à la fin de chaque séance. Aline participe depuis le début à L'Ecole du Jeudi. Sa formation d'enseignante l'aide à s'adapter à chaque enfant.

Pour elle, outre savoir capter leur attention, il faut aussi apprendre à canaliser les attentes souvent fortes des enfants, comme celui qui voulait "savoir lire en une semaine". Malgré les aléas de l'organisation et l'histoire particulière de chacun, elle constate des progrès de semaine en semaine.

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L'heure de l'histoire
Photo Claire Dufay

Un lieu aussi pour les parents

Pendant que les enfants sont pris en charge par les bénévoles, les mères s'installent dans une salle qui leur est dédiée. Tout en refaisant leurs tresses, elles discutent joyeusement. Vivant loin les unes des autres, c'est l'occasion de se voir.

Un couple congolais est venu avec leurs deux petits enfants. Le papa ingénieur a suivi cinq années d’étude dans la région de Toula, mais ne trouve pas de travail à hauteur de son diplôme.
"Le système est difficile ici pour les Africains", témoigne t-il pudiquement. Leurs conditions de vie sont plus dures à Moscou qu'en province à cause du coût de la vie, mais c'est dans la capitale que le père peut trouver des petits boulots, comme distribuer de la publicité dans la rue.

Une autre maman également congolaise, mère de deux enfants, a quitté son pays avec son mari journaliste. Leur vie y était en danger. Alors même si les conditions ne sont pas faciles en Russie, elle y est plus heureuse après des années de peur et de cache au Congo. Personne n'a envie de revenir en Afrique.

Pour la directrice de MPC Social Services, Imanni Burg, "beaucoup de ces enfants ont vécu ici toute leur vie. Les familles font de leur mieux pour subvenir à leurs besoins mais les parents ne peuvent généralement pas trouver de travail régulier ou un lieu décent pour vivre. L'Ecole du Jeudi les aide à être davantage entourés de gens bienveillants, à avoir plus de stabilité et des opportunités d'éducation dans leur vie".

L'association MPC Social Services, en Russie depuis 1991, est l'une des seules associations qui leur vient en aide en Russie. Elle est principalement financée par des donations (Lutherian Church of America – International Women Club). Liée à une église protestante de Moscou, elle propose à ces familles ayant fui leur pays, comme à toute personne marginalisée, un lieu d'accueil et un centre médical. Ils accueillent ainsi une centaine de personnes par mois qui viennent consulter ou demander conseil. Pour Imanni Burg, "papiers, logements et emplois sont probablement les plus gros problèmes que les réfugiés africains rencontrent."

Racisme et exclusion

Il est difficile de connaître réellement les parcours souvent compliqués de ces familles. La méfiance est grande, elles restent sur le qui-vive dans un pays où le racisme est habituel. Ces personnes ne sortent jamais après 22 heures le soir et évitent de se déplacer seuls. Les parents laissent peu jouer leurs enfants dans les aires de jeux en bas des immeubles car ils craignent les ennuis avec les familles russes. Ils font face à des agressions gratuites, même si depuis deux ans leur sécurité semble s’être améliorée grâce à une répression judiciaire accrue mise en place par le gouvernement actuel.

Selon un récent rapport d'Amnesty International, la Russie reste au bas de la liste des pays les plus accueillants pour les réfugiés : seulement 33 % des sondés russes sont d'accord pour accueillir dans leur pays les personnes fuyant la guerre et les persécutions (ils sont 81 % en France).

L'association anime aussi des groupes de travail sur le racisme et donne des conseils de sécurité : "Si vous êtes sérieusement blessé, demandez à un passant d'appeler une ambulance en appelant le 03. Demandez à des passants d’être témoin. Dites-leur d'attendre la police et de rapporter ce qu'ils ont vu". Elle leur conseille aussi, quand ils se déplacent en ville, de s'asseoir près du conducteur ou de personnes âgées et de garder à l’œil les gens qui les entourent.

Mais l'action de MPC se concentre essentiellement sur le futur des immigrés et leur potentiel retour au pays. Car la Russie n'est bien entendu pas l'eldorado annoncé. Ces familles ont souvent fui leur pays et choisi la Russie, en faisant confiance à des arnaqueurs qui leur ont vendu une vie meilleure. Ils ont payé entre 2000 et 5000 dollars pour arriver en Russie avec la fausse promesse d'un emploi stable ou d'un passage possible vers l'Europe. En réalité, les perspectives d'emploi sont inexistantes pour eux et il n'est pratiquement plus possible de passer en Europe par la frontière du Nord entre la Russie et la Norvège.
Pour certaines femmes, en particulier venant du Nigéria, ce n'est pas un emploi qu'elles trouveront mais des réseaux de prostitution auxquels elles ne peuvent échapper.

Face à cela, MPC conseille ces familles égarées et les encourage quand c'est possible à envisager un retour au pays. L'association réussit à financer 20 rapatriements par an.

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