La Russie sortira t-elle de la récession en 2017 ?

Un léger vent d’optimisme a flotté lors de la conférence sur la situation économique de la Russie organisée par la Chambre de Commerce et d’Industrie franco-russe à Moscou.

Dans son discours d’introduction, Arnaud Dubien, directeur de l’observatoire franco-russe, a rappelé les défis auxquels la Russie a été confrontée depuis deux ans ; l’année 2015 a été marquée par une récession économique de 3,7% en 2015, une très forte inflation qui a atteint 13%, une consommation des ménages en recul de 4% et un vaste travail d’ajustement de l’ensemble des acteurs russes à ce nouveau contexte économique.

"L’année du rebond improbable", c’est ainsi qu’Arnaud Dubien a qualifié l’année 2016 qui s’achève. Toutefois, il a ajouté que "si certains indicateurs sont devenus plus encourageants, comme le ralentissement de la récession, la forte diminution de l’inflation et une moindre sortie des capitaux, des incertitudes demeurent cependant, notamment en ce qui concerne le revenu et la consommation des ménages, ainsi que les investissements."

Arnaud Dubien a ajouté que "le contexte international politique et économique est potentiellement plus favorable à la Russie", notamment depuis l’élection surprise de Donald Trump et la hausse toute récente du cours du pétrole ayant pour conséquence directe le raffermissement du cours du rouble.

2016 : une année d’adaptation et d’ajustement aux chocs économiques

C’est ainsi que le Vice Ministre du développement économique, Alexeï Vedev a résumé l’année 2016. L’évolution du PIB sur l’ensemble de l’année 2016 sera encore négative à -0,6%, à comparer toutefois à -2% en début d’année. La meilleure performance de cette année concerne l’inflation qui est attendue à 5,8% (soit une amélioration de presque 1 point par rapport aux prévisions d’il y a un an), "alors même que le niveau du rouble n’a pas été le moteur de cette dynamique", constate Yaroslav Lisovolik, économiste en chef de la Banque eurasiatique de développement.

Cette diminution de l’inflation a ainsi permis d’améliorer les salaires nominaux et réels. Avec un prix moyen du baril du pétrole sur l’année de 48$, "l’économie et les milieux d’affaires se sont ainsi bien adaptés à ce nouveau corridor de prix", a constaté Alexeï Vedev.

2017 : sortie de la récession ?

Les prévisions 2017 du gouvernement ont été établies sur une base conservatrice en prenant en compte la poursuite et le maintien actuel du taux d’épargne et de consommation. Alexeï Vedev table ainsi sur une dynamique positive avec une légère reprise de la croissance qui devrait s’établir à 1,1%. Yaroslav Lisovolik est un peu plus pessimiste quant à la croissance du PIB, qu’il estime plus faible à 0,3%, car selon lui, "il manque des impulsions de la part de l’Etat sur les investissements budgétaires."

"L’inflation devrait poursuivre sa baisse et atteindre 4,7% à la mi - 2017 pour un niveau de 4,3 - 4,4% sur l’ensemble de l’année 2017", espère le Vice-Ministre du développement économique. Tous les intervenants se sont réjouis de cette baisse qui, selon Yaroslav Lisovolik, "constitue un changement radical et les prémices d’un certain optimisme concernant l’année à venir, avec des retombées positives pour l’économie".

Les incertitudes continuent en matière de sanctions et contre-sanctions, "mais, malgré tout, les investissements continuent de progresser", note le Vice-Ministre du Développement Economique. La fuite des capitaux s’est ralentie en 2016 et cette tendance devrait se poursuivre en 2017.

Un peu plus pessimiste, Anton Stroutchenevski, économiste en chef de Sberbank CIB, déplore la rigidité actuelle dont fait preuve la banque centrale et réclame encore un assouplissement de sa politique monétaire ainsi qu’un abaissement des taux directeurs, aujourd’hui à 10%.

"Nous sommes arrivés à une situation critique : maintenir des taux directeurs très élevés aura une influence néfaste sur l’économie. Les PME doivent emprunter à des taux d’intérêt nominaux de 14% et les crédits accordés sont en train de diminuer", selon l’économiste. Dans ce contexte et sur la base d’un cours du rouble de 50 à 55$, la Sberbank a estimé la progression du PIB à 0,5% pour 2017.

Une aubaine : le renforcement du cours du pétrole

La forte augmentation du cours du pétrole, observée depuis la réunion sur l’accord des quotas de production entre les membres de l’Opep et la Russie la semaine dernière a permis, par voie de conséquence, l’appréciation du cours du rouble. "On a eu de la chance", estime Yaroslav Lisovolik car "pour le moment, il ne s’agit pas d’une vraie consolidation. Cette appréciation du rouble, si elle est durable, va avoir un effet mécanique très favorable sur l’économie ".

Paradoxalement, si le rouble se consolide, Yaroslav Lisovolik craint malgré tout un ralentissement dans le processus récent de substitution des importations car, selon lui, le déséquilibre structurel réside toujours dans la dépendance de l’économie nationale vis-à-vis du secteur pétrolier.

Quel sera le prochain moteur de la croissance ?

Gabriel Di Bella, chef de la mission permanente du FMI en Russie, souligne que pendant les années 2000-2008, la croissance a été tirée par la consommation des ménages, elle-même soutenue par l’appréciation du rouble. Désormais, avec une inflation en baisse, la consommation des ménages devrait légèrement reprendre, mais à l’avenir, elle ne devrait plus avoir le rôle qu’elle a eu dans le passé. Selon Alexeï Vedev, ce sont les investissements qui vont devoir prendre le relais, seuls garants d’une croissance réellement durable.

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