La Russie prépare son cinéma de demain

A Moscou s’est tenu le 36ème festival international des écoles du cinéma. Organisé par l’institut national de cinématographe (VGIK) et regroupant les participations de 47 autres écoles internationales de cinéma, il constitue une pépinière pour les jeunes réalisateurs.

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Fondé en 1961, le festival est un des plus anciens évènements de ce genre en Russie. Il se veut être un pont entre les jeunes étudiants et les grands réalisateurs car, comme l'a justement fait remarqué le directeur du VGIK et producteur de film, Vladimir Malyshev, "dans le domaine cinématographique, l’Etat confie 99 % de ses subventions aux cinéastes qui ont plus de 60 ans. Ce sont de grands artistes mais qui seront leurs héritiers ?"

Le festival s’est tenu cette année à Moscou du 14 au 18 novembre dernier et a présenté 59 courts métrages réalisés par des étudiants de 45 pays différents. L’essentiel de son programme consiste en un concours de 4 catégories (meilleur film de fictions, documentaire, télévisé et d’animation) ainsi que des ateliers annexes (rencontres avec les réalisateurs russes et étrangers, débats, foire aux scénarios).

Le jury présidé cette année par le réalisateur polonais Krzysztof Zanussi a récompensé dans la catégorie fiction le film Voisines de la polonaise Klara Kochanska-Bajon, un documentaire du russe Alexander Zoubovlenko, Café d‘Amour de l’allemand Benedikt Toniolo pour le meilleur dessin animé.

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Café d'Amour
Benedikt Toniolo

RUSSIE INFO a rencontré Feodor Popov directeur du festival, réalisateur et producteur : il nous parle de la spécificité de ce festival, de son importance pour les étudiants et des tendances du jeune cinéma en Russie.

Russie Info : Quelle est l’histoire de ce festival qui connait aujourd’hui sa 36ième édition ?

Féodor Popov : Au départ, il n’avait lieu que tous les deux ans, et il n’y avait pas de visiteurs étrangers mais des étudiants venant des 15 républiques soviétiques. Le festival était important mais restait limité à l’URSS. Ce n’est qu’à la fin des années 90 qu’il est devenu mondial et annuel. Il y a 6 ans, nous avons commencé à étendre sa présence sur le territoire russe dans des salles non commerciales de différentes villes et villages. Elles attirent leur propre public intéressé par un cinéma qui ne ressemble pas à ce qui est projeté dans toutes les salles. C’est ce public que nous ciblons.
Cette année, le programme du festival a été présenté dans 42 villes russes et 182 salles.

Russie Info : Comment le festival est-il organisé ?

Féodor Popov : Il a deux parties : le festival russe et celui qui est international. Les participants du premier festival sont sélectionnés par le jury du VGIK et par les spectateurs : tout le monde peut venir, regarder les films et voter. Les professeurs, les étudiants et le public discutent ensemble et il est très intéressant de recueillir les différences d‘opinions.

Ensuite, les films choisis sont sélectionnés pour participer au concours international où ils sont en concurrence avec les travaux des étudiants d’autres pays. En parallèle, on peut voir des rétrospectives des réalisateurs célèbres, cette année celle d'Andrzej Wajda, des tables rondes, des conférences ou encore la projection de longs métrages récents. Nous présentons également un concours théâtral, nous avons ainsi deux festivals à la fois. Nous ne voulons pas réduire le festival à une simple démonstration de films.

Russie Info: Quel est le but de ce festival pour les étudiants ?

Féodor Popov : Notre but est d’aider les débutants à trouver leur place dans le cinéma grâce aux contacts utiles. Nous organisons des rencontres avec des cinéastes réputés pour que les étudiants puissent les interroger. Nous invitons des personnes renommées dans le jury pour que les travaux des étudiants obtiennent une critique professionnelle. Cette année notre concours de cinéma est dirigé par Krzysztof Zanussi, et Katja Wiederspahn, directrice du programme de la Viennale (Autriche). Nous essayons de développer les liens de notre jeune cinéma avec les autres pays, et faire avancer la coproduction comme par exemple avec la Chine, l’Inde ou l’Italie.

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Festival
VGIK

Russie Info: Cette année, des écoles américaines et ukrainiennes sont parmi les concurrents. La politique a-t-elle de l’incidence sur votre festival ?

Féodor Popov : Nous l’avons craint au début, mais alors que l’année passée nous avions reçu des demandes de participation de 30 pays, cette année, il y en a 45 ! Et ceci, malgré la non-prise en charge des frais de transport. Les étudiants participent avec enthousiasme parce que c’est une possibilité unique de présenter leurs travaux, de discuter, d’être vus ou remarqués.

Russie Info : Les producteurs russes misent-ils sur des étudiants étrangers ?

Féodor Popov : Non, parce que la majorité de nos films sont subventionnés par l’Etat et pour obtenir cette subvention, il faut correspondre au label "film national". Si on engage un réalisateur étranger, il faut aussi embaucher un Russe. Mais surtout, les étrangers, et de surcroît les débutants, ne connaissent pas notre pays et les traits spécifiques de la vie russe, c’est pourquoi cela représente un risque. Même si aujourd’hui il est aussi périlleux pour les producteurs d’investir sur les jeunes russes, car nous rencontrons des problèmes avec la distribution cinématographique, notamment avec les films pour les enfants et les dessins animés. Dans mon enfance, par exemple, j’allais les voir au cinéma, aujourd’hui c’est presque impossible. Un film réalisé par un étudiant n’a presque jamais de projection dans les salles car il faut des millions de roubles pour la publicité, la logistique, la production des copies du film etc. Ce que le débutant peut obtenir pendant ces festivals, c’est la reconnaissance, et idéalement, l’achat de son film par une chaîne de télé. S’il le film est réussi, l'étudiant peut espérer rester dans le métier.

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Festival GVIK
Etudiants

Russie Info : Quels sont les thèmes les plus attractifs pour les étudiants russes ? La marque du cinéma russe, sombre et social, prédomine-t-elle?

Féodor Popov : Effectivement, il y a beaucoup de sujets sociaux. Mais à mon avis ce n’est pas le trait d’un seul pays, c’est une tendance mondiale. Peut-être que la Russie est présente sous cette forme de façon un peu excessive ?
Il faut comprendre que chaque réalisateur est un pragmatique qui sait très clairement ce qu’il convient de faire pour tel ou tel festival. Par exemple, mon premier film Roulette caucasienne a été présenté au cours du festival de Berlin, mais ce n’est pas parce que je suis un génie, c’était tout simplement parce que mon film est sorti en 2002, au moment de la seconde guerre de Tchétchénie, et raconte le destin d'une femme russe qui a combattu du côté des Tchétchènes. A Berlin, l’histoire est bien tombée.

Russie Info: Les sujets présentés par les étudiants ont-ils des points communs?

Féodor Popov : Ils sont tous très différents. Ils arrivent de tous les coins du monde, de la Scandinavie à l’Egypte, des Etats-Unis au Kazakhstan. Certains films concernent des sujets très locaux, d’autres parlent de questions globales. Ensembles, ils composent une image multiforme du monde très intéressante.

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