La Russie investit dans la dissuasion nucléaire

La Russie ne désarme pas et prévoit de disposer de 8 sous-marins nucléaires de dernière génération d’ici 2020.

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Le K 535, Iouri Dolgorouki en mer Blanche

Juin 2012, 1300 kilomètres au nord de Moscou, trente kilomètres environ à l’ouest d’Arkhangelsk dans l’embouchure de la Dvina septentrionale au bord de la mer Blanche, nous sommes à Severodvinsk, arsenal de la flotte russe.
Le solstice d’été approche, les nuits sont blanches. C’est par ce fleuve puissant que les premiers navigateurs européens sont entrés en Moscovie au XVIème siècle après avoir affronté la mer de Norvège et contourné le cap Nord.

En 1936, de ces parages marécageux infestés de moustiques où s’élevait jadis un monastère dédié à saint Nicolas, Staline a fait surgir ici une ville industrielle (La ville s’appelait alors Molotovsk en l’honneur du Ministre des affaires étrangère de Staline) et un port au prix du travail forcé de quelques dizaines de milliers d’ouvriers prisonniers du Goulag. Ici, à partir de juin 1941, les convois de l’Arctique en provenance des Etats-Unis et du Canada ont débarqué leurs cargaisons jusqu’à la fin de la guerre pour soutenir sans relâche l’effort de guerre soviétique.

Ici, aujourd’hui, sont construits au chantier Sevmach, les sous-marins nucléaires les plus modernes de la flotte russe, ceux de la classe Borée.

Le K 535 Iouri « au bras long »

Vendredi 15 juin 2012, le K 535 Iouri Dolgorouki remonte vers les eaux calmes du grand fleuve pour regagner son appontement au chantier. Il vient de conclure son ultime phase d’essais à la mer. Sa livraison à la marine russe par le consortium des constructions navales OSK est maintenant acquise. Le bâtiment entrera en service actif au plus tard à l’automne 2012. La livraison du K 550 Alexandre Nevski suivra en décembre et la construction du Vladimir Monomaque semble déjà très avancée.

Ce sont les trois premiers sous-marins lanceurs d’engins du Projet 955 de la classe Borée destinés à devenir le fer de lance de la dissuasion nucléaire océanique russe. La marine a prévu d’en disposer de 8 à l’horizon de 2020.

Image of Les sous-marins: Fantômes des profondeurs
Manufacturer: Découvertes Gallimard
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Price: EUR 15,60

Les premières taules du Saint Nicolas ont déjà été découpées. Ce bâtiment est la tête de série des cinq du Projet 955A, une évolution du précédent. Tous ces sous-marins seront équipés de missiles balistiques de quatrième génération Boulava que l’on peut traduire par Massue. C’est l’antique masse d’arme des guerriers russes médiévaux.

Développé depuis 1998 par l’Institut moscovite de technologie thermique, c’est un missile à trois étages, guidé par le système spatial de positionnement russe Glonass, d’une portée de plus de 8 000 kilomètres, équipés de six à dix ogives nucléaires par tête possédant chacune une trajectoire indépendante… Un vrai cauchemar pour bouclier anti-missile.

Précision et rapidité

La mise au point de cet engin a été délicate. Depuis décembre 2003, seize tirs d’essais ont été effectués dont six ont échoué entre 2006 et 2009. Depuis juillet 2010, tous les lancements effectués en plongée ont été couronnés de succès. Le dernier a eu lieu le 23 décembre 2011.
Sur ordre du Kremlin, le Iouri Dolgorouki a tiré depuis la mer Blanche une salve de deux missiles dont les ogives ont atteint leur cible 20 minutes et 8 500 kilomètres plus tard dans le polygone de Koura au Kamtchatka.

Le surnom Dolgorouki associé par la tradition au Prince qui a fondé Moscou au 12ème siècle signifie Iouri au bras long. K 535, sombre prince des abysses, le porte décidément comme un gant.

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