La Russie défile dans la cuisine de Katia Metelizza

Katia Metelizza décortique le quotidien de ses concitoyens avec un grand sens de l’humour dans son « Nouvel Abécédaire russe ». Entre hareng et vodka, l’auteur se souvient de son enfance soviétique.

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Katia Metelizza - Crédit photo Ivan Pustovalov

Collaboratrice au Elle russe, scénariste de séries télé, écrivain de livres sur les mœurs russes, la jeune femme vient de publier son « Nouvel Abécédaire russe », édité aux Allusifs. Un abécédaire qui finalement, n’en est pas vraiment un. Il s’agit plutôt d’une série de souvenirs d’enfance et d’anecdotes, articulés le plus souvent autour de la nourriture.

Katia Metelizza est une gourmande. A la cuisine, elle préfère manger les plats que de les préparer.
Vous aimez la Silotka ? demande la jeune femme. Parce que « le hareng, c’est comme la mère patrie. Il est là. Pour être aimé », et ne pas manger du hareng salé serait inconcevable « tellement c’est bon », écrit-elle dans ce livre de souvenirs.

L’auteur ne peut pas dissocier de sa mémoire les aliments, de son enfance et de la période soviétique. Elle explique que si son livre est drôle, ce n’est pas à cause de ce trio cocasse imbriqué, mais simplement parce que «lorsque l’on raconte son enfance à une autre personne, généralement on raconte ses meilleurs souvenirs… sauf si c’est à son psy», précise l’écrivain.

La cuisine à la place du divan

Les histoires sont autant de facettes du régime soviétique. Et le bol de soupe, le sacro-saint saucisson ou la salade russe, « qu’on aime jusqu’à la nausée » sont autant de clés pour comprendre les Russes. «D’une situation banale sort toujours un dilemme existentiel. Mais chez nous il vaut mieux partir du saucisson, de la vodka et du hareng que de la philo pour comprendre le quotidien des êtres », explique Katia Metelizza.

Elle écrit d’ailleurs que pour parler d’amitié en Russie, on peut parler de soupe. La formule la plus touchante étant de dire à un ami qu’il y en aura toujours pour lui à la maison. La jeune femme pratique l’autodérision avec plaisir et écrit : «La soupe s’est de l’ordre du sacré pour nous. Aux invités, on offrira des gâteaux secs et du thé. A un proche, on fera réchauffer un bol de Bortsch vieux de deux jours ».

De l’anthropologie culinaire

Dans un premier temps, pour décrire le quotidien russe, la jeune femme a essayé de parler de philosophie. Mais cela « n’expliquait rien », comme les conversations sur l’âme russe mystique qui « n’apportent rien ».

Image of Nouvel abécédaire russe
Manufacturer: Les Allusifs Editions
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Price: EUR 20,30

D’après Katia Metelizza, l’âme russe est comme un grand puzzle composé d’un grand nombre de tous petits morceaux «Cela a plus de sens de parler d’anthropologie avec du saucisson et de la vodka simplement parce que c’est le quotidien qui raconte les hommes», explique l’écrivain.

Dans son enfance, la Russie était stable, immuable «comme des valenkis» (bottes en feutre typiquement russes) et facile à comprendre. Mais depuis les années quatre-vingt-dix, selon Katia Metelizza, tout a changé très vite et les Russes ont perdu le sens de leur vie. «La situation de mon pays est risible mais plus personne ne rigole », confie la jeune femme.

Ecrivain humoristique «sans le faire exprès», elle prétend que c’est la vie qui est drôle, quand on prend du recul.

En dehors de décrypter les mœurs russes, Katia Metelizza écrit des scénarios pour la télé et une chronique pour un magazine de cuisine. Elle a également un projet de télé où elle présentera des recettes, et des produits alimentaires de production et de tradition russe, que l’on ne trouve dans aucun autre pays. On en revient donc à la cuisine.

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Portrait de Lucie
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Article délicieusement gourmand et malicieux. L'ouvrage est paru en français?



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