La Russie chasse les "agents de l’étranger"

Les autorités russes ont porté leur premier coup contre l’ONG Golos, une association qui se bat contre les fraudes électorales.

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Lilya Shibanova, Présidente de l'organisation Golos, à Moscou, le 19 septembre 2012. Photo : AP/Alexander Zemlianichenko

Selon la nouvelle loi du pays, les associations qui ont « une activité politique » et qui « reçoivent des subventions de l’étranger » ont l’obligation de s’inscrire au registre des «agents de l’étranger ». Les ONG doivent ensuite se présenter en tant que tels dans toutes activités publiques et déclarer d’où provient leur argent.
Une loi très controversée et, selon les experts, une façon indiscutable de « neutraliser » les ONG qui fâchent le Kremlin.

Pour avoir refusé cette qualification « d’agent de l’étranger », Golos est la première ONG russe à avoir été condamnée. L’association devra payer environ 300.000 roubles (7.500 euros) et sa directrice, Lilia Chibanova, devra à titre personnel également verser 100.000 roubles (2.500 euros).
Golos, en russe « la voix », lutte pour la défense des droits et des libertés, et a fait de son combat contre les fraudes électorales son fer de lance. En 2012, lors des dernières élections législatives et présidentielle, l’association a dénoncé ardemment les fraudes massives au profit du parti (Russie Unie) au pouvoir, tout en déplorant son monopole politique.

A la tête de Golos, la blonde et combative Lilia Shibanova. Régulièrement interpellée et attaquée par les médias contrôlés par le Kremlin, la directrice subit tout également les provocations du FSB (locaux vidés, ordinateur confisqué) sans jamais lâcher prise.

Créée en 2000, l’organisation est financée par la Commission européenne et plus largement par des sources américaines, dont la Fondation nationale pour la démocratie (une fondation privée américaine pour le progrès des institutions démocratiques à travers le monde). En 2011, les autorités américaines avaient ainsi déclaré budgéter plus de 9 millions de dollars au financement des ONG russes pour assurer «la liberté et la transparence» des élections législatives.

Accusé de nom respect de la loi

Aujourd’hui, l’organisation est accusée de «nom respect de la loi » en refusant la qualification « d’agent de l’étranger ». Le ministère de la Justice a par ailleurs pointé du doigt la somme perçue par l’association en 2012, lorsqu’elle a reçu le Prix européen Andreï Sakharov pour la liberté. Ce à quoi, l’association répond qu’elle a rendu l’argent du prix entre-temps à l’Union européenne, sentant le vent tourner pour les ONG avec la promulgation de la nouvelle loi. Lilia Chibanova fera appel de cette décision qu’elle juge «illégale et infondée».

Cette affaire inquiète au plus haut point les responsables d’ONG en Russie, qui pensent que cette législation va être «utilisée contre des dizaines d’autres organisations», pour faire le ménage dans celles qui ne plaisent pas au pouvoir.
Par ailleurs, le terme d'«agent de l’étranger» rappelle sordidement la période stalinienne puisqu’il était utilisé pour nommer les dissidents et opposants, réels ou non, du Parti. Et pourtant, Vladimir Poutine affirmait, ce jeudi, lors d’une émission de questions-réponses avec le peuple russe, que « la Russie avait définitivement rompu avec le stalinisme
 ».

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