La rencontre Poutine Macron vue par la presse russe

La rencontre entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron a été largement commentée dans la presse russe. La plupart des médias ont mis en avant les espoirs que représente cette première entrevue, avec cependant beaucoup de prudence.

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Izvestia titre "Moscou et Paris ont accepté de faire revivre le format Normandie". RBK met de son côté l’accent sur la discussion approfondie entre les deux présidents en reprenant la phrase d’Emmanuel Macron hier : "nous nous sommes tout dit", tandis que le journal Gazeta pointe leurs désaccords, mais de façon optimiste : "Poutine et Macron ont des désaccords mais se sont quittés avec espoir", comme pour le journal Rossiiskaïa Gazeta qui écrit que cette réunion laisse "l’impression que les dirigeants des deux pays ont réussi à trouver un terrain d’entente".

La France est prête à revenir à des positions fortes

Plusieurs experts russes ont transmis à la presse leurs premières analyses. Selon le chef du comité des Affaires internationales de la Douma, Leonid Slutsky, cette première rencontre est "clairement un pas en avant dans la coopération russo-française".
"Je tiens à souligner également la reconnaissance de la part de Macron du fait que l'avenir de l'Europe et les questions clés à l'échelle internationale ne peuvent être discutés sans un dialogue avec Moscou. Cela donne de bonnes chances d'améliorer nos relations, qui ont des siècles d'histoire », a t-il indiqué.

Le directeur adjoint de l'Institut de l'Europe PAN, Vladislav Belov analyse de son côté que le président français, à Berlin et maintenant, démontre que la France est prête à revenir à des positions fortes, qu’elle avait sous les grands présidents et qui ont été perdues pendant le règne de François Hollande.

Pour le chef des relations publiques du MGIMO, Valery Solovey, cette visite démontre que la Russie préfère traiter avec les personnalités plutôt qu’avec les institutions. Elle n'a jamais aimé l'approche institutionnelle. L'analyste indique aussi que charmer son interlocuteur est une méthode propre au leader russe.

"Une rencontre sous le signe de la Talleyrance mutuelle"

Certains analystes sont néanmoins beaucoup moins enthousiastes. Le Président du comité des Affaires internationales du Conseil de la Fédération, Konstantin Kosachev, s’est montré ainsi plus méfiant en rappelant dans le journal Izvestia, que pendant la campagne électorale en France, les positions "euro atlantiques" et une attitude très prudente envers la Russie dominaient chez Emmanuel Macron :

"Je ne voudrais pas me tromper, mais la rencontre d'aujourd'hui, m’a laissé l'impression que les déclarations de Macron se rapportaient plutôt à de la rhétorique électorale. Néanmoins son attitude au travail en tant que Président est apparemment beaucoup plus sérieuse. Mais en attendant, je garde une évaluation positive prudente ".

Le journal Kommersant titre avec un jeu de mots révélateur: "Une rencontre sous le signe de la Talleyrance mutuelle", faisant référence à Talleyrand, diplomate français sous Napoléon Bonaparte, montrant ainsi que l’heure est au dialogue mais un dialogue froid et distant.

L’un des journalistes soulignent que les deux présidents ne se sont jamais interpellés directement, mais toujours à la troisième personne : "Plus ils répondaient aux questions, plus la situation devenait étrange : ils semblaient ne pas faire attention l'un à l'autre, ni aux déclarations de l'autre. Ils ne se parlaient pas et évoquaient l'autre à la troisième personne."

Le journal indépendant Novaya Gazaeta titre aussi avec ironie : "Poutine et Macron: Un échange de vues amical dans la Galerie des Batailles", montrant ainsi que les sujets de désaccords restent en toile de fond.

Même ironie quand l’article relate que Poutine était en retard d’une demi-heure: "Les gens forts ne changent pas leurs principes, même quand ils sont dans une situation diplomatique difficile".

La prudence reste donc de mise

La directrice adjointe du Centre Eurasia au Conseil de l'Atlantique, Alina Polyakov, rappelle que: "La position de l'Occident à l'égard de l'Ukraine n'a pas changé, de plus, nous avons vu que la politique de l'administration Barak Obama - en particulier, les sanctions - a été préservée. Le président Trump ne les a pas affaiblies, et les dirigeants européens au G7 ont réaffirmé leur engagement envers la politique générale de l'Union européenne et les États-Unis face à la Russie."

Elle pense néanmoins que "le Président Macron est probablement une voix forte et sobre en Europe en ce qui concerne la Russie".

Le sujet Sputnik et RT

L’attaque de Macron contre les deux agences Sputnik et RT, accusées d’être des organes de propagande, agitent tout particulièrement les rédactions russes.
L’agence RT a réagi en publiant une lettre de sa rédactrice en chef :

"J’espère qu’il nous confond avec d’autres médias et qu’il n’est pas bien informé à ce sujet mais une telle réponse de sa part soulève des inquiétudes car nous avons des journalistes qui travaillent en France. Et nous pensons que dans un pays comme celui-ci, le pays de la liberté d’expression, il est préoccupant que l’on puisse nous refuser l’accès à certaines informations, ce qui ne nous permettrait pas de couvrir les événements de la meilleure des manières."

Un journaliste de Kommersant fait remarquer que le président français semblait particulièrement irrité contre les journalistes russes et s’étonne de l’absence de réaction de Poutine quand Macron malmène la correspondante de Russia Today.

"Pourquoi ? Avait-t-il décidé de remercier Macron pour ne s'être pas étendu sur le sujet fertile des hackers russes ? Pensait-il qu'il est plus important, comme le disait Macron, de recréer le format Normandie et de s'y tenir ? Ou bien Vladimir Poutine ne voulait-il pas s'associer à cette histoire de campagne électorale ? Quoi qu'il en soit, cela ne lui ressemble pas."

"Les journalistes russes sont restés humiliés et insultés".

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