La relance de l’économie russe face à une croissance affaiblie

Les grandes mesures socio-économiques promises par Vladimir Poutine et portées par un gouvernement nommé à cet effet pourront-elles relancer l’économie russe, dont la croissance a diminué en 2019 ? L’Observatoire français de Russie propose une analyse des perspectives économiques.

Moscou City 2013, photo : Dmitry97ken

Les promesses économiques du nouveau gouvernement

Mikhaïl Michoustine, nommé Premier ministre après la démission de Dmitri Medvedev devenu impopulaire, se doit de mettre en œuvre les promesses économiques de Poutine de 2018.

Objectifs : atteindre une croissance annuelle de 4% (contre 1.3% en 2019) et diminuer la pauvreté de moitié d’ici 2024.

Pour cela, le gouvernement a décidé de relancer un monumental projet d’investissement de 375 milliards dans 12 secteurs dont les infrastructures de transport, la digitalisation, la démographie et l’écologie.
"Les dépenses sont dirigées de façon plus nette vers les catégories de la population à faibles revenus" commente Julien Vercueil, professeur à l’INALCO et rédacteur en chef adjoint de la Revue de la Régulation.

Des investissements attendus après une politique de rigueur

Les économistes s’accordent à dire que la croissance russe à long terme dépend de la mise en œuvre des réformes structurelles du gouvernement.
La Russie souffre principalement d’un faible pouvoir d’achat. "La demande interne est toujours limitée, d’autant plus avec la rude politique budgétaire" explique Evgeny Koshelev, analyste financier à Rosbank.

En effet, si le secteur financier présente de beaux résultats, les économistes craignent l’endettement des ménages qui doivent faire face à de trop lourdes dépenses courantes. De plus, "la demande extérieure pourrait remédier aux problèmes, mais l’économie russe n’est pas encore suffisamment externalisée" ajoute-t-il.

Il est vrai que pour l’année 2019, les exportations russes ont diminué tandis que les importations ont augmenté. A ces problèmes s’ajoutent notamment le déclin de la population, une faible productivité et un retard d’investissement, aggravé par les sanctions internationales. Or les autorités disposent aujourd’hui d’un budget qui pourrait être réinjecté dans l’économie.

Le gouvernement russe a en effet gagné une marge de manœuvre grâce à l’assainissement des finances publiques mené depuis 2014. Julien Vercueil note les effets positifs de la politique budgétaire : "La lutte contre l’inflation associée aux conditions économiques, a permis un excédent du budget fédéral à hauteur du 2% du PIB en 2019". "Plus rassurant encore sur le long terme, le rouble n’est plus aussi dépendant du cours du pétrole qu’auparavant" commente-t-il.

L’investissement est-il cependant suffisant pour relancer la demande ?

Malgré ce changement de gouvernement et le vaste plan lancé par Poutine, les prévisions sont pour l’instant loin des déclarations optimistes.
"Selon les estimations des économistes, le seuil de 2% de croissance sera difficile à dépasser en 2020" commente Evgueny Koshelev.

"Il a un risque de dissipation" avertit Julien Vercueil. "Si on réfléchit sur le court-terme, les importations pourraient être les principales bénéficiaires de cet investissement car le rouble est de moins en moins dévalué".

D’autant plus que les dépenses sociales programmées ne représentent que 0.2 à 04% du PIB, donc l’effet multiplicateur pour les ménages est significatif mais ne devrait pas créer un choc de la demande.

Quant aux entreprises françaises, elles pourraient bénéficier de ces grands projets nationaux. "Nous sommes amicaux envers les investissements étrangers et la commission anti-monopole n’a refusé aucune transaction à une entreprise française" a tenu à souligner Andreï Tsyganov, directeur adjoint du Service fédéral anti-monopole de Russie.

Lire la partie 1 sur l'économie russe : 2010-2020, un décennie d'économie en Russie

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