La récession continue en Russie, la population s'appauvrit

L'économie russe ne sort plus de la récession, et plusieurs administrations russes s'inquiètent d'un appauvrissement croissant de la population.

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M.Demidoff

Le PIB russe reste en baisse. Le commerce de détail fait désormais partie des secteurs touchés, tout comme le bâtiment ou l'industrie manufacturière. Le prix des produits alimentaires a fortement augmenté en Russie sous le poids de l'embargo déclaré par Moscou. Dans le même temps, les trois quarts des salariés n'ont eu aucune augmentation depuis le début de la crise. Plusieurs administrations russes s'inquiètent d'un appauvrissement croissant de la population.

De plus, les perspectives d'un allégement des sanctions sont torpillées par de nouvelles initiatives de Moscou qui privilégie encore la confrontation. Le Kremlin a ordonné à ses administrations civiles d'apprendre à fonctionner "en temps de guerre". Un signe de mauvaise augure pour la consommation.

L'économie russe ne sort plus de la récession. Le PIB s'était réduit de 0,7% en juillet 2016 après une baisse de 0,5% en juin et de 0,6% en mai, selon le ministère de l'Economie. Les baisses concernent surtout l'industrie manufacturière et le commerce de gros. Le commerce de détail a suivi, avec une baisse de 5% au mois de juillet selon la Banque centrale. Pour cause, les revenus réels disponibles n'ont pas connu de croissance marquée. La période des vaches maigres continue.
Le PIB russe a baissé en tout de 0,9% pour le premier semestre 2016. Les experts de l'Ecole des Hautes études économiques russe anticipent une baisse de 1,5% du PIB sur l'année, après une chute de 3,8% en 2015. Il s'agit des réductions calculées en roubles, en devises le PIB russe a baissé de près de 27% l'an dernier. En 2016 l'effet de la dépréciation du rouble au taux de change sera moins fort, mais la baisse sera encore conséquente.

Parmi les secteurs les plus touchés, le bâtiment qui a chuté de 10% en roubles au premier semestre 2016. Le commerce de détail a affiché une réduction de 3,1% en roubles au premier semestre. C'est la première fois depuis le début de la crise russe que le commerce intérieur est en baisse, auparavant il venait toujours améliorer le bilan général.

Les prix des produits alimentaires ont augmenté de 31,6% en deux ans sous le poids de l'embargo déclaré par Moscou, c'est le constat publié par le ministère de l'Economie russe. La hausse des prix a provoqué une poussée de l''inflation. Le ministère annonce sans détour que l'embargo russe a frappé en premier lieu les consommateurs. Après cette flambée des prix sur l'ensemble de l'alimentation, la population russe est aujourd'hui obligée de consacrer une part plus importante de ses revenus à la nourriture au détriment des achats de la mode, des automobiles et de tous les autres segments non-alimentaires.

"Notre économie ne tient que parce que nous dépensons nos réserves"

Publiée fin août, une enquête du cabinet russe Ipsos-Comcon, filiale de l'institut de sondages français, confirme les observations du ministère de l'Economie : la part des ménages qui estiment que leur situation financière est "en dessous de la moyenne" a atteint 21% en 2016 contre 13% en 2013. La part des ménages dont les revenus sont "au dessus de la moyenne" a chuté à 10% en 2016 contre 15% en 2013. Près de 63% des ménages russes consacrent plus de la moitié de leurs revenus aux achats alimentaires et au paiement des taxes communales (ces dernières représentent l'équivalent cumulé de la taxe foncière, de la taxe d'habitation et des charges de copropriété cas échéant). Ils n'étaient que 50% en 2013.

Le constat de l'échec est partagé par les autres administrations en charge de l'économie. "Notre économie ne tient que parce que nous dépensons nos réserves. Si l'on continue comme aujourd'hui, vers la fin de l'année suivante nous aurons épuisé les réserves et l'Etat ne pourra plus verser les salaires", avance Tatyana Nesterenko, première vice-ministre des Finances. Elle tire la sonnette d'alarme : la dégradation actuelle provoque l'appauvrissement croissant des jeunes. "Les jeunes ménages avec deux enfants représentent l'une des catégories les plus pauvres en Russie, soit 37% de l'ensemble des pauvres", selon la vice-ministre.

Les administrations russes rivalisent pourtant de déclarations sur une hausse présumée des salaires supposée compenser l'inflation. Les enquêtes sur le terrain donnent une vision un peu différente. Seulement 13% des interrogés déclaraient avoir obtenu une hausse de salaires cette année, et encore 10% se souvenaient l'avoir eu l'an dernier, dans un questionnaire en ligne réalisé fin juin par le portail du quotidien économique Kommersant Dengi auprès de 12 000 internautes, essentiellement des actifs. Il reste les 77% qui n'ont pas vu la couleur d'une augmentation depuis le début de la crise et dont le pouvoir d'achat diminue mécaniquement.

Le salaire moyen se déprécie

Le salaire moyen "réel" calculé par Rosstat s'est élevé à 38 600 roubles au mois de juin. L'agence fédérale note que le salaire "réel" corrigé de l'inflation a été identique au premier semestre 2016 par rapport à la même période 2015. Le hic c'est que ce montant en roubles valait 595 euros à l'époque, il ne vaut plus que 503 euros aujourd'hui. Si le salaire moyen en roubles est resté identique, la dépréciation de la devise nationale a rogné les revenus. Cela se traduit par une baisse du pouvoir d'achat des consommateurs pour l'ensemble des produits importés.

Ces dernières semaines, quelques espoirs se faisaient entendre sur un possible allégement des sanctions européennes vers la fin de l'année. C'était sans compter avec le Kremlin : des incidents frontaliers ont éclaté le 10 août dans la Crimée annexée par l'armée russe. Quelques jours après les incidents le Kremlin annonçait "en riposte" des manœuvres militaires à grande échelle près de la frontière, un déploiement de force ostensiblement préparé à l'avance. Ce procédé a fortement irrité les chancelleries occidentales, les perspectives d'un allégement des sanctions se sont éloignées.

Les administrations sont mobilisées... pour un exercice militaire

Fait nouveau, plusieurs administrations civiles russes sont mobilisées pour participer aux exercices militaires. Notamment le ministère du Commerce et de l'Industrie, ceux des Finances et des Communications, et aussi la Banque de Russie et le Fonds de réserve. Ils vont "apprendre à fonctionner en temps de guerre et à subvenir aux besoins d'une armée qui combat loin de ses bases", selon les déclarations du ministère russe de la Défense. La participation aux manœuvres occupant en priorité ces administrations jusqu'à la fin du mois, la restauration du pouvoir d'achat des consommateurs devra attendre.

"Les chances d'un redémarrage de l'économie russe par la levée des sanctions économiques se sont réduites" après les derniers incidents en Crimée, constate sobrement l'agence Bloomberg citant un panel d'analystes. "Les tensions frontalières vont provoquer une baisse de confiance des investisseurs et la fuite des capitaux", prévoit l'agence. Tant que les armes parlent, les réformes économiques devront attendre.

Un autre danger se profile à l'horizon : la Russie n'est pas à l'abri d'un nouvel affaiblissement du rouble, selon les analystes. Il faudra attendre un changement majeur au Kremlin pour voir le pays retourner à une politique économique plus raisonnable.

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