La Poste russe vit encore à l’époque soviétique...

La réforme de l’entreprise publique n’avance pas et les opérateurs du e-commerce refusent de fournir par ce canal. Explication de notre partenaire Le Fil Franco-Russe.

© MD/ALR

Nouvelle déconvenue pour la Poste russe : Clove Technology, un e-marchand britannique spécialiste de la téléphonie mobile et de l’informatique, a arrêté de vendre des tablettes numériques et autres iPad aux consommateurs russes, expliquant qu’il ne pouvait plus en garantir la livraison « à cause d’un niveau très élevé des vols des colis postaux et des lettres en Russie ».

Avec le développement du e-commerce, le nombre de colis en provenance de l’étranger a explosé : de 5,8 millions de colis en 2010, il est passé à 9,6 millions de colis en 2011, selon les statistiques des Douanes. Les statistiques de la Poste indiquent jusqu’à 34 millions de colis et lettres avec valeur déclarée en provenance des opérateurs des ventes à distance, indifféremment russes ou étrangers, en 2011. Soit 11% de plus qu’un 2010. Et le nombre de vols dans les centres de tri et les bureaux de poste, est aussi orienté à la hausse.

Les employés indélicats s’attaquent aux colis à haute valeur déclarée, remplacent le contenu avec des vieux journaux et les réexpédient à l’envoyeur, comme l’ont montré les enquêtes internes. La Poste est devenue le maillon faible dans la logistique du e-commerce et des ventes à distance en Russie.

Au rythme des diligences postales

L’entreprise publique vit encore au rythme des diligences postales : les délais de livraison des colis peuvent atteindre deux mois, sans pénalités.
Alexandre Kisselev, le DG de la Poste russe affirme à qui voudrait l’entendre qu’il « privilégie le modèle français pour la réforme de l’entreprise, notamment pour la séparation des circuits de traitement des lettres et des colis et pour l’introduction des services bancaires ».

Son réseau comprend 42 000 bureaux. Soit plus que l’ensemble des banques existantes qui totalisent près de 41 800 agences. La concurrence promet d’être rude. Mais la réorganisation de la Poste qui emploie plus de 380 000 personnes à travers le pays, sera couteuse. Le budget de ce projet est chiffré à près de 5 milliards d’euros.

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L’Etat a prévu d’en verser la moitié, l’autre moitié devant être financée en interne. Sauf que cette dépense n’a pas été provisionnée. Et la Poste n’est pas pressée d’entamer sa réforme.

Un vestige soviétique

Cela fait quatre ans que le projet de loi cadre pour la modernisation de l’entreprise, fait la navette entre différents ministères concernés. Et M. Kisselev n’est pas prêt à ouvrir le capital de son entreprise aux investisseurs extérieurs : « pas avant dix ans au moins », selon ses déclarations à la presse.


En attendant, cette entreprise héritée de feu l’URSS, est encore gérée d'une manière délicieusement archaïque. En 2011 la direction de la Poste russe a imposé à ses employés une adhésion obligatoire au mouvement de soutien à la candidature de Vladimir Poutine à la présidence du pays.

Près de 70% des salariés ont obtempérés. Et pendant que les facteurs (re)découvrent les joies de la vie politisée « à l’ancienne », les opérateurs de vente à distance et du e-commerce sont contraints de faire appel aux services des coursiers et aux messageries, voire de monter leurs propres entreprises de livraison comme c’est le cas du service O-Courrier du site Ozon.ru.

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