La menace des loups dans le grand nord russe

Dans le grand nord russe, les habitants des petits villages endurent parfois quotidiennement les attaques des loups.

Dans le village de Kozmogorodskoïe, au cœur de la région d’Arkhangelsk, à quelques centaines de kilomètres à peine du Cercle Polaire Arctique, on attend, chaque hiver, la migration des Nenets avec impatience.

Car quand ce peuple nomade descend de l’île de Nouvelle-Zemble pour venir passer l’hiver "au chaud" dans cette région glaciale, il emporte avec lui ses grands troupeaux de cerfs. Pour les habitants des villages de la région, cela signifie que les attaques de loups sur les villages vont cesser.

"Avant qu’ils n’arrivent, les loups n’ont rien à manger, ils attaquent donc les villages et principalement les chiens, avec un goût tout particulier pour les huskies", explique Alexandre Merzlov, président de l’Association des plus beaux villages de Russie et grand connaisseur de la région.

Nous ne sommes qu’à quelques heures de vol de la France, où le loup est protégé, et où l’on se réjouit de son retour dans les forêts des Ardennes. Plus de 50 000 loups vivent dans les forêts de Russie, et s’il est ici question de protection, c’est de celle des villages isolés contre les assauts du prédateur.

"Cette année, trente loups ont été abattus rien que dans le village", raconte Tatiana Sedounova, habitante du village de Karpogory, à l’est d’Arkhangelsk et ancienne députée au parlement régional.

Olga Merzlaïa, elle aussi, est régulièrement confrontée au problème en tant que maire de Souri, un autre village de la région : "Ils sortent des bois en meute et attaquent les chiens de garde. Ils ont même appris à les attirer en imitant leur aboiement".

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Un village de la région d’Arkhangelsk
Léo Vidal Giraud

Une prime pour un loup abattu

Mais la question va au-delà de quelques attaques sur des chiens de garde et du bétail. Chaque année, entre dix et treize milliards de roubles (environ quatorze millions d’euros) de dégâts sont attribuables à des attaques de loups dans toute la Russie.

Les répercussions économiques sont importantes pour les villages et le gouvernement fédéral ne leur apporte ni réel soutien ni aide. Par ailleurs, les régions de Russie sont loin d’être toutes égales face à ce problème.

Du grand nord de la Russie à l’Extrême-Orient, du Caucase à l’Oural, toutes les régions rurales de Russie sont touchées, mais toutes ne sont pas égales face au risque. En Yakoutie où au Kamchatka, les autorités, tout comme certains acteurs privés, ont adopté des politiques de lutte radicales.

Ainsi, en Yakoutie, où en 2016 plus de 6800 cerfs d’élevage et 140 chevaux ont été dévorés par des loups, l’entreprise de fourrures Sakhabult offre vingt mille roubles (environ trois cent euros) de récompense pour chaque dépouille de loup.

Au Kamchatka, un chasseur n’a qu’à ramener dans un bureau de l’Agence des Forêts une fourrure de loup pour recevoir une prime de trente mille roubles (quatre cent trente euros).

Dans les régions les plus pauvres, comme la région d’Arkhangelsk, les autorités se contentent de délivrer des autorisations de chasse aux personnes leur remettant la preuve de l’abattage d’un loup.

"Pour une fourrure de loup, un chasseur reçoit une licence gratuite pour abattre un élan ou un sanglier ", explique Olga Merzlaïa.

Mais dans ces régions, la chasse est d’autant plus complexifiée qu’il est difficile de s’aventurer dans la forêt en hiver sans équipement spécialisé : motoneiges, tracteurs et déneigeuses. Dans ces conditions, chaque loup abattu coûte l’équivalent de mille dollars à la communauté ; et dans les régions les plus difficiles d’accès de l’Extrême-Orient russe, ce coût peut s’élever jusqu’à cinq mille dollars.

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On dénombre plus de 50 000 loups dans les forêts de Russie
Léo Vidal Giraud

Dans les villages les plus pauvres, il n’y a alors pas d’autre issue que d’endurer les attaques, qui font partie de la vie quotidienne, à tel point que les locaux s’étonnent même d’être interrogés sur la question.

Dimitri Deriabine est professeur à Purnema, sur les berges de la mer Blanche. Installé dans le village depuis plus de vingt ans. L’année dernière, son chien a été abattu par des chasseurs: sa ressemblance avec un loup lui a été fatale.

"Cet hiver, une habitante du village s’est faite dévorer", se souvient Tatiana Sedounova. Puis, devant la mine effrayée de son interlocuteur: "Mais c’est normal, elle était ivre morte au milieu de la route !"

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