A la découverte de Kazan, capitale du Tatarstan

Voyager en Russie implique la découverte de diverses républiques sans qu’on s’aperçoive de leurs limites régionales, à l’instar du Tatarstan, république de la fédération de Russie, située dans le bassin de la Volga.

L’arrivée à Kazan, à 720 km de Moscou, au lever du jour, donne immédiatement une couleur musulmane au voyage, le profil d’une immense mosquée grossissant à chaque ballaste : Kazan est le centre religieux musulman de la Russie.

La ville abrite 1 216 965 habitants dont 48,6 % de russes et 47,6 de tatars dans un parfait équilibre. Exemple de multiculturalisme réussi, Kazan a toujours été un nœud de communication entre l'orient et l'occident : route de la soie et commerce de fourrure obligent...

Aujourd'hui, Kazan est également devenue capitale sportive, la ville s’est dotée de grands et modernes complexes d’accueils à la pointe et démesurés. Les rencontres internationales s’y succèdent, parfaitement organisées.

Centre musulman de la Russie et ville dynamique

La conquête de la Tatarie fut la première annexion par l'Empire russe d'une région peuplée de non-Russes. En 1552, sous le règne d’Ivan le Terrible, la ville fondée en 1005 fut annexée après un long siège à l'issue duquel une partie de sa population fut massacrée et les survivants déportés. Un évêché fut créé sur place. L'icône miraculeuse de la vierge de Kazan aurait aidé le tsar à conquérir la région. Si l’originale a disparu, les Russes continuent d’en vénérer la copie. C’est en l’honneur de cette victoire qu’Ivan le terrible fit construire à Moscou la cathédrale Saint Basile sur la place Rouge. Le kremlin de Kazan, classé à l'Unesco depuis 2000, fut bâti par le même tsar, au-dessus des ruines de l'ancien château des khans de Kazan.

Kazan s’est notamment épanouie dès le début du XIXème siècle grâce à la création en 1804 de son université, sous l’égide de professeurs allemands et suisses. 40 ans plus tard, Tolstoï y fut étudiant, et en son temps Lénine. Aujourd’hui, pas moins de 35 000 étudiants y viennent de toute la Russie et du monde entier.

Pour le millénaire de sa fondation en 2005, Kazan s’est vue parer d’un métro et surtout de la plus grande mosquée d’Europe. En plein centre-ville, construite dans l'enceinte même du kremlin devant l'église orthodoxe, les sept minarets de la mosquée Qolşärif défient fièrement le ciel. L’intérieur est luxueux, œuvre des plus grands maîtres européens. Toute la journée, on lit en langue arabe le Coran qui est diffusé depuis les minarets extérieurs.

th_K3_Mosquee_Qolsarif_2005.jpg
Mosquée Qolşärif
E.Sacchet

th_K2_Mosquee_Qolsarif_2005.jpg
Mosquée Qolşärif
E.Sacchet

Entre kitsch et spécialités anciennes

Si Kazan est riche de sa culture et de son dynamisme industriel et économique, la ville ne frappe pas par sa beauté, comme l’attestent le quartier russe au nord et son paysage post soviétique habituel. Le quartier tatare au sud est plus typique, à l’instar de la vieille rue piétonne Kayoma Naciri : entre datcha et chalet suisse avec modénatures gréco-trucs et minaret, le style est unique. Les nouveaux quartiers aménagés sur la rive gauche de la Volga, large comme un lac, annoncent la ville moderne. Davantage que le kitsch de ses constructions, c’est leur dynamisme que l’on remarque.

Avec le dragon comme symbole, la ville utilise la fantasmagorie de l’animal pour construire des architectures improbables à l’image du monumental palais des mariages en forme de chaudron magique entouré de chimères. Dans un respect constant des différentes confessions : dès qu'on érige un minaret, on construit un bulbe et les dates importantes sont fêtées de part et d'autres des deux communautés musulmane et orthodoxe.

th_K8_Chaudron_des_mariages_et___dragons.jpg
Chaudron des mariages et dragons
E.Sacchet

Le Tatarstan a des spécialités incontournables comme les pâtisseries de style oriental et le fameux Itchpij mak, sorte de triangle fourré à la viande, servi partout à chaque repas. Ainsi que le fameux Tchak-tchak, une sucrerie mielleuse qu’on trouve aussi dans tout supermarché moscovite.

La littérature a son importance en Tatarie : le poète tatar national Ğabdulla Tuqay déclame : "Oh, ma langue, langue maternelle, vous êtes l'âme et vous êtes mon cœur! ".

En 1884, Kazan fut marquée par la publication du tout premier exemplaire de Récits d'un pèlerin russe. Racontant le périple d'un mendiant russe à travers le pays, cet ouvrage anonyme est un pilier de la spiritualité orthodoxe russe.

Deux échappées belles : Bolgar et Sviajsk

Dans les alentours de Kazan, Bolgar et Sviajsk sont deux idées de visites en suivant la majestueuse Volga. 200 km au sud de Kazan, la ville de Bolgar fait remonter ses visiteurs dans le temps et l’Histoire. Les 8000 habitants sont-ils les descendants de ce que fut la capitale des Bulgares? Venus de la Volga du VIIIe au XVe siècle, la plupart des historiens s’accordent pour dire qu’ils furent vers l’an 1005 les fondateurs de Kazan (d’autres estiment que ce furent les Tatars de la Horde d’or).

Les vestiges de cette ville médiévale sont inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2014. Et pourtant il n'en restait que quelques rares pierres originales. Grâce aux travaux minutieux de l’organisation, on a découvert les douves et les murailles de la ville, une ancienne mosquée, un minaret, des bains publics, des vestiges du sanctuaire du Khan et un tombeau de princesse.

Construite en 1991 dès la chute du communisme, son immense mosquée blanche célèbre le 1100ème anniversaire de l’adoption de l’islam par le khanat bulgare de la Volga. On peut aussi admirer le plus grand Coran imprimé au monde, avec le diplôme encadré du Livre des records 2011.

th_K5_Bolgar_Unesco.jpg
Bolgar
E.Sacchet

th_K6_Mosquee_de_Bolgar.jpg
Mosquée de Bolgar
E.Sacchet

Toujours le long de la Volga mais de l’autre côté, le village de Sviajsk. Sur cette presqu'île de 250 habitants, Ivan le terrible a élaboré une stratégie audacieuse pour s’emparer de Kazan. En 1551, en quatre semaines, le tsar l’a faite apparaitre à partir de pièces en bois fabriquées à Ouglitch et acheminées par la Volga. Elle servit de forteresse à l'armée russe au cours du siège de Kazan. Après la victoire, elle devint un centre de christianisation des Tatars. Le gigantesque parking à bus confirme le flot touristique des Russes aimant se recueillir dans ce lieu d’importance, première conquête russe sur les Tatars.

th_K9_Sviajsk_1.jpg
Sviajsk
E.Sacchet

th_K10_Sviajsk_2.jpg
Sviajsk
E.Sacchet

0


0
Login or register to post comments