La Crimée, une envie russe ?

Après les manifestations de la place Maïdan, c’est désormais vers la Crimée que les regards sont tournés, où la situation a basculé brutalement depuis "l’invasion armée" de la Russie.

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Carte de la Crimée

Protéger les russophones de Crimée parce qu’elle a été officiellement appelée par Sergueï Axionov, le tout nouveau premier ministre de la République autonome de Crimée, non reconnu par les autorités de Kiev, pour assurer leur protection : c’est la réponse de la Russie pour justifier sa "présence militaire" en territoire ukrainien.

"La Russie ne veut pas la guerre avec l'Ukraine", a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères Grigori Karassine sur une chaîne russe. "Nous sommes contre l'emploi d'une telle terminologie pour discuter des relations avec l'Ukraine qui nous est proche", a t-il insisté.

Le double statut de la Crimée

Bordée par la mer Noire, la péninsule de 2 millions d'habitants, dont 70% détiennent un passeport russe, est sous l’emprise russe. Culturellement mais aussi économiquement puisque l’activité de la ville est liée à la base navale de la marine russe en mer Noire, abritée dans le port de Sébastopol.

Une présence qui génère des conflits récurrents avec l’Ukraine, mais qui doit se maintenir jusqu’en 2042, selon des derniers accords signés entre Poutine et Ianoukovitch, au prix d'un rabais accordé sur le gaz vendu à l'Ukraine. L’accès à la mer Noire reste stratégique pour la Russie, même si la base de Sébastopol n’a ni l’importance d’antan, et que la base est aujourd’hui délaissée pour les flottes des mers du Nord et de l'océan Pacifique.

Avec la Crimée, les symboles sont donc à prendre en compte. La péninsule a toujours un statut spécial dans le cœur des Russes qui regrettent encore son rattachement à l‘Ukraine en 1954. Un cadeau de Nikita Khrouchtchev, d'origine ukrainienne, à Kiev. Pour mémoire, depuis l'indépendance de l'Ukraine, en 1991, la République autonome de Crimée jouit d'un statut spécifique : son parlement régional n'a pas le pouvoir d'initier des lois, mais la région est autonome sur le plan budgétaire et dispose de sa propre constitution depuis 1999.

Pour les Russes, la Crimée reste donc un petit bout de Russie regrettablement amputé. Ils sont nombreux à espérer son indépendance, et qu’elle soit placée sous la protection de la Russie à défaut de redevenir russe.

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Populations russophones
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Donner carte blanche au président

En dehors des Tatars, qui représentent entre 12 à 15 % de la population, qui rejettent la Russie parce qu’ils gardent le souvenir des déportations de masse de leur communauté turcophone musulmane sous Staline, la plupart des Russes de Crimée, très majoritaires, espèrent une aide économique de Moscou. Cela explique pourquoi la décision du Conseil de la Fédération autorisant l’utilisation des forces russes sur le territoire de l’Ukraine a été accueillie calmement dans les régions orientales du pays comme l’indique le journal russe Kommersant, dans un reportage depuis Simferopol.
Le journal publie une interview du consul de Russie à Simferopol, Vyacheslav Svetlitchny, qui revient sur l’attribution de la nationalité russe aux agents des Berkout, policiers d'élite ukrainiens dont l'unité a été démantelée par les nouvelles autorités pro-européennes de Kiev et bras armés de la répression contre les opposants en Ukraine, et précise que le Conseil de la Fédération de Crimée a voté cette autorisation en « front uni » pour donner carte-blanche au président.

Seuls des partis non-parlementaires et un tiers des membres du Conseil présidentiel pour les droits de l’Homme se sont opposés à cette décision. La presse russe rapporte également la tenue à Moscou et Saint-Pétersbourg de manifestations «de soutien» aux habitants russophones de l’Ukraine, ainsi que des rassemblements « anti-guerre ». Le journal Vedomosti dans un article « La Crimée n’est pas un adversaire » note que sur le plan militaire, les forces russes pourraient atteindre leurs objectifs en Crimée sans difficulté.

La Russie menacée de sortir du G8

Dans ce conflit pour la Crimée, la Russie n'aura aucun allié. Seule la Chine a déclaré qu’elle partageait son point de vue. La réaction de Barack Obama a montré que les relations allaient être hyper tendues, les Etats-Unis menaçant de sortir la Russie du G8 "si cela continue".

La question de la Crimée risque de devenir un combat pour la suprématie. Pour l’heure, la Russie est en "guerre diplomatique" avec le Canada qui a rappelé son ambassadeur, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France qui ont suspendu les préparatifs du sommet du G8.
Vladimir Poutine a accepté une proposition d'Angela Merkel sur la création d'un "groupe de contact" pour entamer "un dialogue politique" sur l'Ukraine, a indiqué le gouvernement allemand.
Ce lundi, la Russie a par ailleurs demandé une nouvelle réunion du Conseil de sécurité de l’ONU.

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