La Chambre d’ambre : la 8ème merveille du monde en Russie

En Russie, de nombreux scientifiques considèrent que la huitième merveille du monde est la Chambre d’ambre.

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Réplique de la Chambre d’ambre

Perdue pendant la Seconde Guerre mondiale, les secrets de sa restauration sont désormais révélés à travers
l’exposition intitulée «Chambre d’ambre et autres projets. Les secrets de la restauration» ouverte à Moscou ce 3 juillet, au musée Panrusse des Arts Décoratifs et appliqués et des Arts Populaires.

Plus de 100 pièces uniques sont présentées dans cette exposition dédiée aux restaurations réalisées par l’atelier Tsarskoïe Selo, telle que la réplique de la Chambre d’ambre, mais aussi des éléments de décoration du Salon de Lyon et des chambres d’Agate, également des objets uniques en ambre qui faisaient partie de la collection dite de Königsberg et de Berlin.

Histoire de cette mystérieuse Chambre d’ambre

Le début du XVIII siècle est considéré comme l’apogée de l’ambre en Allemagne. Le roi Frédéric Ier de Prusse souhaite décorer son nouveau palais de campagne (après le château de Charlottenbourg), dédié à sa deuxième épouse Sophie-Charlotte de Hanovre, avec des panneaux d’ambre brut.
La création de la Chambre d’ambre a ainsi commencé en 1701, sur les plans de Johann Friedrich Eosander von Göthe et l’architecte était Andreas Schlüter. Mais en 1705, la reine décède et le roi ordonne d’installer le cabinet d’ambre dans une résidence de banlieue, le château de Charlottenbourg.

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Pierre Ier, ambre, bois
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Pierre le Grand, lors d’une de ses visites en Prusse, est impressionné par ces panneaux d’ambre et ne cache pas son désir de posséder une telle merveille à Saint-Pétersbourg. Le roi Frédéric 1er mort en 1713, c’est son fils, Frédéric-Guillaume Ier, qui l’offre comme cadeau diplomatique à Pierre I.

Le Cabinet d’ambre est alors emballé et transporté à Saint-Pétersbourg en 1717 pour être installé dans le palais Catherine. En retour, en guise de cadeau, Pierre Le Grand envoie différents présents dont un gobelet en ivoire qu’il a fait lui-même et une machine de tournage.

En 1743, l’impératrice Elizabeth Petrovna, fille de Pierre 1er, charge l’architecte Francesco Rastrelli, de décorer le Cabinet. Rastrelli y introduit des sculptures en bois doré, des miroirs et des mosaïques en agate et en jaspe. L’architecte italien utilise des inserts pittoresques, des miroirs sur pilastres et quatre peintures en mosaïque au lieu de peintures, pour créer un intérieur unifié. Cet intérieur sans précédent nécessitait une attention toute particulière. Dans la Chambre d’ambre, il y avait un gardien spécial qui surveillait l’état de l’ambre.

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Catherine II, ambre, bois, atelier Tsarkoïe Selo
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C’est sous le règne de Catherine II que la dernière version de l’intérieur est réalisée : les inserts pittoresques sont remplacés par des panneaux de mosaïque en ambre, des supports en ambre sont fabriqués sous les miroirs en pilastre. L’intérieur de la Chambre d’ambre est complété par des objets d’art appliqués : vases en porcelaine chinoise, horloges en bronze français et meubles en marqueterie.

En 1770, le Cabinet est transformé en la célèbre Chambre d’ambre du palais Catherine à Tsarskoïe Selo, augmentant considérablement en taille et en luxe.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le palais étant situé dans les territoires occupés, la Chambre est emportée par les troupes allemandes. Elle devait venir compléter les collections d’objets de valeur pillés dans toute d’Europe qu’Hitler voulait exposer dans un musée.

Après la libération de Königsberg, les panneaux d’ambre disparurent mystérieusement. Plusieurs expéditions sont menées pour les chercher, mais les recherches se révélèrent infructueuses. Seuls quelques objets de décoration sont trouvés.

De nombreuses théories circulent quant à l’emplacement de la Chambre, mais elles ne sont pas toutes confirmées. Ainsi, selon l’une d’elles, la Chambre dont les panneaux avaient été entreposés dans des caisses n’aurait pas brûlé, et, dans la période du 9 au 11 avril 1945, elle aurait été prise par les représentants de l’administration soviétique. Elle se serait retrouvée par erreur à Berlin avec d’autres biens, puis compte tenu de sa grande valeur, elles auraient été transmises aux États-Unis dans les années 1950 comme paiement dans le cadre du programme américain de prêt-bail (Lend-Lease). Selon d’autres sources, la Chambre pourrait être située dans des caches souterraines de bâtiments de la région de Kaliningrad, ou dans des locaux secrets sur le territoire de la Fédération de Russie. Mais ce ne sont là que des hypothèses plus ou moins fantaisistes.

Le 29 avril 2000, le ministre allemand de la culture, Michael Naumann, a remis au président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, des fragments d’une véritable pièce en ambre (mosaïque florentine) et une commode en ambre datant de 1711, qui, selon certaines informations, auraient été dérobées par un officier allemand participant à l’exportation de la Chambre de Tsarskoïe Selo.

Atelier de Tsarkoïe Selo

Les recherches pour retrouver le chef-d’œuvre n’aboutissant pas, en 1979, le conseil des Ministres de la RSFSR décide de la reconstituer à l’identique. Ces travaux sont confiés à l’atelier d’ambre de Tsarskoïe Selo. Créé en 1981, cet atelier regroupe des spécialistes de la pierre d’ambre, du métal, du bois et de la feuille d’or.

Le travail sur la reconstitution de la Chambre d’ambre a commencé par l’étude des copies des objets de la collection ambre du palais Catherine à Tsarskoïe Selo. Pour une reconnaissance plus détaillée de chaque élément, des experts médico-légaux ont été engagés afin de déchiffrer certains fragments de photographies.

La matière première pour recréer l’intérieur est l’ambre de Kaliningrad. Les restaurateurs ont procédé à une sélection minutieuse des pièces de cette gemme en fonction de la variété, de la taille et du motif de la pierre nécessaire pour recréer tel ou tel morceau de finition. La reconstitution de la Chambre nécessita environ 6 tonnes d’ambre.

"La reconstitution de la Chambre d’ambre est un événement d’une grande importance historique et culturelle. Le résultat de nos efforts sera jugé par de nombreuses générations de personnes qui viendront au palais de Tsarskoïe Selo admirer la "huitième merveille du monde" ravivée", note Boris Igdalov, directeur de l’entreprise de l'Atelier d’ambre de Tsarskoïe Selo.

Cet atelier s’était déjà illustré avec des restaurations d’œuvres appartenant, à différentes collections des plus grands Musée de Russie et d’ailleurs.
C’est en mai 2003 qu’a eut lieu l’ouverture solennelle de la Chambre d’ambre en présence du Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine, du chancelier allemand Gerhard Schröder ainsi que des dirigeants des États participants au sommet Russie-UE.

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Le président Vladimir Poutine et l'ex-chancelier allemand Gerhard Schröder
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En 2018, le cabinet d’ambre de Frédéric Ier a été présenté à la résidence de l’ambassadeur de la Fédération de Russie à Paris, en France.
Le Salon de Lyon et les chambres d’agate.

Parmi les autres salles de cette exposition, la restauration du Salon de Lyon et des salles d'agate méritent également une grande attention.

Le Salon de Lyon est un intérieur unique faisant partie des appartements privés de l’impératrice Catherine II, créé dans les années 1780 par l’architecte écossais Charles Cameron. Il doit son nom à la décoration murale en soie de Lyon. Ce salon faisait partie des salles d’enfilade d’apparat du palais et combinait des types de décoration très variés, des sculptures dorées, des peintures aux revêtements muraux en jaspe ainsi que des finition en lapis-lazuli, dont la couleur bleue s’associait à merveille avec la couleur jaune dorée des murs de soie. Au fil des ans, l’intérieur a été rénové et les tapisseries en soie ont été changées recouvrant entièrement les murs ainsi que des pièces de mobilier.

La Manufacture de tissage Lamy et Giraud (aujourd’hui la Manufacture Prelle) avait réalisé la restauration des tapisseries en une soie "bouton d’or" en 1861 à l’époque d’Alexandre II. Un autre chef-d’œuvre était le parquet de ce Salon, composé de bois d’amarante, de palissandre, de palmier, de noir et de roseraie et orné de nacre.

La décoration de ce Salon a été entièrement détruite pendant la Seconde guerre mondiale et la restauration a débuté en 2005 pour s’achever en 2019. Les soieries ont été réalisées par La Manufacture Prelle grâce aux archives et carnets de commande du XIXème siècle qui avaient été conservés.
L’atelier Tsarskoïe Selo a pour sa part restauré des objets de décoration intérieure ainsi qu’une partie du parquet. Ces éléments sont actuellement visibles à l’exposition.

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Le Salon de Lyon, crédits: amberrom.ru
1948

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La reproduction du Salon de Lyon au palais Catherine
2019

Un autre ensemble architectural de premier plan réalisé dans les années 1780 -1794 par Charles Cameron pour Catherine II dans le parc du Palais Catherine est celui des « bains froids », un complexe rappelant les thermes antiques.

L’ensemble architectural des "salles d’Agate" comprenait un pavillon avec des espaces de repos. Les matériaux les plus précieux ont été utilisés dans la décoration intérieure: jaspe, marbre, porphyre, bois précieux pour les portes et les parquets, les murs ont été réalisés dans la technique de la "mosaïque russe", c’est-à-dire avec des plaques de la même pierre naturelle.

C’est le seul monument du palais et du parc qui a été épargné par la Seconde Guerre mondiale, mais il a fait l’objet de rénovation par l’atelier de Tsarskoïe Selo.

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