L’ombre du diable plane toujours sur Moscou

Sur les traces du «Maître et Marguerite» à Moscou, décors du roman de Mikhaïl Boulgakov, célèbre pour sa critique politique et sociale de la Russie soviétique.

Isabelle Adjani dans le rôle de Marguerite. Photo d'une série réalisée par Jean Daniel Lorieux et exposée à Moscou en 2009

Suivre la piste de Boulgakov signifie prendre un itinéraire plus ou moins logique, mais qui débute inévitablement à l’étang du Patriarche, où le diable apparaît pour la première fois dans le roman. Par un après-midi ensoleillé…

L'étang du Patriarche

«Deux citoyens firent leur apparition sur la promenade de l’étang du Patriarche», ainsi commence le roman «Le Maître et Marguerite». Depuis l’endroit est populaire à Moscou et toujours associé au roman. Devant le parc, le «Café Margarita» est devenu un lieu de rencontre pour les amateurs de Boulgakov.

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Étang du Patriarche
JV

Bolchaïa Sadovaïa 302-bis

Ce bâtiment joue un rôle important, non seulement dans «Le Maître et Marguerite», mais aussi dans la vie personnelle de Boulgakov puisqu’il y était domicilié. En réalité, le numéro de la maison est le 10. Mais Boulgakov aimait compliquer les numéros et les noms d'institutions officielles pour dénoncer la bureaucratie soviétique. L’auteur a vécu dans l'appartement numéro 50 avec sa première femme Tatiana Nikolaïevna Lappa.

Dans le roman, Boulgakov décrit les habitants de l’appartement comme des intellectuels de bonne compagnie, avec le personnage littéraire Berlioz et le directeur de théâtre Likhodieïev. Mais la réalité était beaucoup moins plaisante. Dans son journal intime, l’auteur décrit la maison comme «un cauchemar où les pièces sont horribles et les voisins aussi». On comprend pourquoi, au fil du roman, le logement se transforme en un «maudit appartement».

A défaut d'avoir un musée officiel de Boulgakov à Moscou, ce lieu est devenu un site de pèlerinage pour les adeptes de l’écrivain, qui ont pris l’initiative d’embellir la cage d'escalier avec des dessins et des citations du «Maître et Marguerite». Début 2004, quelques admirateurs enthousiastes ont transformé l'appartement en un musée.

Le magasin Torgsin

Les lecteurs de la traduction française du «Maître et Marguerite» l’ignorent mais les lecteurs des autres traductions savent que «le magasin étranger, au marché de la place de Smolensk» décrit dans le roman, est le magasin de devises «Torgsin». A l’époque soviétique, on était obligé les dépenser ses devises dans ce magasin, qui vendait des marchandises qu’il était impossible d’obtenir autrement. C’était le cas de Boulgakov qui n’avait d’autre choix que de dépenser ses droits d’auteur reçus de l'étranger dans cet endroit. La sécurité du magasin filtrait les entrées et interdisait l’accès aux citoyens soviétiques sans devises.

La maison Spaso

Boulgakov a trouvé son inspiration dans la maison Spaso, et dans les réceptions qui y étaient organisées, pour décrire le Grand Bal de Satan à la fin du roman.

Une des fêtes les plus connues de la Maison Spaso, résidence de l’ambassadeur américain William Bullitt, est celle de Noël, organisée en 1934. Charles Thayer, un des employés de l'ambassade, l’a décrite dans son livre « Bears in the Caviar » (1951): l'ambassadeur Bullitt, qui n'était pas vraiment impressionné par les soirées de Staline, avait ordonné à son personnel d'organiser une réception «unique» pour impressionner les invités soviétiques.

«Le ciel est la limite !», avait-il dit. Ainsi, le soir de Noël, quelques centaines de pinsons rares, un petit ours, des coqs et autres animaux de la ferme étaient présents dans les salons de la maison, au milieu d’un orchestre venu de Prague. Un danseur d'épée de Tbilissi faisait ses démonstrations et des fleurs d'Helsinki décoraient les salons. Tous les membres importants du Politburo étaient présents ce soir là, ainsi que la crème de l'élite artistique russe.
Boulgakov assistait régulièrement à ce genre de réceptions, ce n'est donc pas un hasard s’il a choisi cette maison pour être le décor du bal de Woland, le diable.

La maison Pachkov

L’auteur décrit la maison Pachkov comme «un des plus beaux édifices de Moscou». Le sort du Maître et de Marguerite y est décidé à la fin du roman. Le bâtiment était pendant les années 20, la Bibliothèque Lénine, endroit où Boulgakov se rendait régulièrement. Aujourd'hui la maison abrite la collection de manuscrits de la Bibliothèque d'État, dont ceux de Boulgakov.

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La Maison Pachkov
Archive

Image of Le Maître et Marguerite
Manufacturer: Actes Sud
Part Number:
Price: EUR 16,30

Les adresses :
L'étang du Patriarche - Malaïa Bronnaïa ulitsa - métro Maïakovskaïa
Bolchaïa Sadovaïa 302-bis - Bolchaïa Sadovaïa ulitsa 10 - métro Maïakovskaïa
Le magasin Torgsin - Place Smolenskaïa - métro Smolenskaïa
La maison Spaso - Place Spasopeskovskaïa 10 - métro Smolenskaïa
La maison Pachkov - Mokhovaïa ulitsa 1 - métro Biblioteka Imeni V.I. Lenina

Toutes les adresses peuvent être visualisées sur ce plan
Le roman de Boulgakov sur le site «Master and Marguerita »

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Portrait de Jeanne

J'ai adoré ce livre...merci de raviver ces bon souvenirs...



Portrait de voltije
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Oui, merci pour cette balade litteraro-touristique. Moi aussi j'ai adoré ce livre qui est également à l'origine du standard des Rolling Stones "Sympathie for the Devil", rigolo non ?



Portrait de Jeanne

Visiblement je connais mieux Boulgakov que les classiques des Rolling Stones ! Je vais m'empresser d'écouter cette chanson qui elle, pour le coup, est sortie de ma mémoire!



Portrait de voltije




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