L’infidélité en Russie : un vice mineur, comme la cigarette

Pour son livre l’Art d’être infidèle, publié en 2009, la journaliste américaine, Pamela Druckerman, a enquêté sur les règles de l’infidélité à travers le monde. Zoom sur la Russie qui détiendrait la palme d’or des entorses à la vie conjugale.

Pamela Druckerman - Crédit photo : Dietlind Lerner

Aujourd’hui la Russie : A chaque pays ses règles, à chaque pays sa conception de l’infidélité. Qu’en est-il en Russie ?

Pamela Druckerman : D’abord, il est important de dire que la grande différence entre les pays ne se joue pas sur les chiffres mais sur la manière de se comporter. L’infidélité se gère en fonction de sa culture et des normes sociales établies.
Pour ce qui est de la Russie, les Russes sont loin de toutes considérations morales et se vautrent dans l’infidélité sans la moindre culpabilité. Ils sont beaucoup plus permissifs et considèrent l’adultère comme un vice mineur. Un peu comme la cigarette… Ils ne compteront donc pas leurs amours de vacances.
Selon les psychologues russes, l’infidélité est une «attitude saine» qui aide les individus à faire face aux difficultés du quotidien : les appartements trop petits, la cohabitation avec plusieurs membres de la famille, l’économie instable, la violence domestique, le climat trop rude… Toutes ces aventures en dehors du mariage sont des moments de liberté pour apaiser le quotidien.

ALR: Ces habitudes sexuelles sont-elles partagées par les femmes autant que par les hommes ?

P.D : Bien sur. Une très jeune Moscovite de dix-sept ans me confiait : « Trouver un homme jeune et pas alcoolique est aussi difficile que de trouver un Stradivarius. Alors si mon mari ne boit pas et ne me bat pas, j’accepterai l’infidélité. De mon côté, rien ne m’empêchera d’avoir un amant ».
Par ailleurs, les femmes sont conscientes que les facteurs démographiques* sont en partie responsables du changement des règles de leur vie sociale et sexuelle. Celles-ci ne souhaitent pas se retrouver seules et elles sont conscientes que pour avoir une vie sexuelle à quarante ans, lorsqu’on est célibataire, il faut coucher avec des hommes mariés.

*[En Russie le nombre d’hommes est largement inférieur à celui des femmes. Dans certaines régions, cela peut être 1 homme pour trois femmes. L’espérance de vie de ces derniers est de cinquante-neuf ans contre soixante-douze ans pour les femmes (chiffres 2007)]

ALR: Alors, la passion selon Anna Karénine et le véritable amour existent-ils en Russie ?

P. D : Il existe bien sur ! Mais si on compare avec les Américains qui envisagent l’amour de façon très calme, les Russes conçoivent plutôt l’amour avec de grandes vagues, des ruptures et des réconciliations. La passion, la fougue ont des caractères romantiques qui peuvent faire partie de la vie normale d’un couple.
La culpabilité et la confession peuvent déboucher sur des divorces ou bien, plus souvent, des actes de contrition et de réconciliation. Mais dans ce contexte où l’infidélité est de mise, l’amour reste idéalisé.
Imaginez ma surprise, pour l’Américaine que je suis, d’avoir entendu dans la quasi-totalité des témoignages : « Une bonne aventure, c’est un mariage plus fort, un couple plus solide !»

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