L’IDIOT! un thriller politique sur la corruption en Russie

Le scénario de Yuri Bykov, Durak (L’Idiot), a été écrit en une nuit, le temps que dure l’action dans le film. Une histoire inspirée par des éléments réels de la société russe. Lauréat de nombreux festivals internationaux, le film sort le 18 novembre en France.

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Dima est un jeune plombier qui doit gérer les canalisations des HLM d’un quartier d’une petite ville de Russie. Un soir, lors d’une inspection de routine, il découvre une énorme fissure qui court le long des façades de l’immeuble. Selon ses calculs, le bâtiment est sur le point de s’effondrer et d’ensevelir les 800 locataires qui y vivent.

Le jeune réalisateur de 34 ans, Yuri Bykov, explique comment lui est venu l’idée du film: "C’est lors d’une promenade que j’ai remarqué combien la ville paraissait vieille bien que fondée il y a à peine quarante cinq ans. Les maisons, à de rares exceptions, étaient en piteux état, les murs noircis et fissurés. Dans la soirée, j’écoutais mes voisins parler de conduites qui fuient, de toits percés et de projets de grandes rénovations finissant par se limiter à des ravalements de façades pour sauver les apparences ou figurer dans un rapport. Beaucoup prédisaient que le bâtiment s’écroulerait bientôt, comme un château de cartes."

"Ce même soir, je regardais les infos à la télé et il y avait cinq ou six histoires d’immeubles en piteux état, construits pour la plupart à l’époque de Brejnev ou avant. Les services des bâtiments étaient incapables de venir à bout des problèmes, les factures des charges augmentaient et l’Etat n’allouait aucun fonds pour construire de nouvelles maisons. Les prix du marché grimpaient de façon déraisonnable empêchant la population des travailleurs de vivre dans des maisons décentes. C’était comme s’ils vivaient au sommet d’un volcan sur le point de se réveiller, sans aucune possibilité de s’échapper."

Ainsi est née l’idée simple de faire un film sur un plombier ordinaire, "un honnête homme se battant contre tout le système des bureaucrates, tous liés entre eux", explique Yuri Bykov. L’enjeu pour le personnage principal interprété par l’excellent Artem Bystrov devient une question de vie ou de mort puisque le bâtiment où vivent les 800 personnes risque de s’écrouler dans la nuit.

Le réalisateur explique que le terme idiot renvoie aux réactions des gens vis-à-vis du protagoniste et non à ses capacités mentales.

"Il est tout à fait sain de corps et d’esprit", précise t-il. "Quand la "bataille" commence, la plupart des gens réagissent selon leurs instincts naturels: rester en vie et préserver leur paix, leur bien-être. Soudain, dans ce combat, un soldat apparaît avec un code bien précis – sa conscience..."

Yuri Bykov souligne que de telles personnes sont rares de nos jours. "On les appelle romantiques, altruistes, idéalistes ou simplement idiots pour bien marquer qu’ils ne se comportent pas normalement à une époque où le cynisme, la peur et l’indifférence sont devenus la norme. De tels idiots existent toujours dans mon pays et cela nous laisse de quoi espérer. "

Ce troisième et dernier long-métrage de Bykov a été acclamé par la critique et a représenté l’année dernière un des évènements majeurs dans le cinéma russe. "Une violente mise en cause des vieilles politiques de l'ère soviétique qui ont envahi un pays où la population est toujours en butte à la kleptocratie de Boris Yeltsin", écrit le journal Slant au sujet du film.

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Yuri
Bykov

Yuri Bykov est né en 1981 en Russie. Il a suivi une formation de comédien au fameux VGIK (Institut Gerasimov du cinéma) et joué sur plusieurs scènes de théâtres de Moscou après en être sorti diplômé en 2005. Un an plus tard, il commence à tourner ses premiers courts-métrages et à écrire des scenarios. En 2009, son court-métrage The Boss, dans lequel il tient aussi le rôle principal, obtient le premier prix au festival de films de Kinotavr et est également présenté au 25ème festival Interfest du court-métrage. En 2010, il réalise Vivre!, son premier long-métrage. En 2013, The Major est sélectionné à la Semaine de la Critique (Festival de Cannes).

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