L’affaire Evtouchenkov ne rassure pas les entrepreneurs russes

Le 15ème homme le plus riche de Russie, Vladimir Evtouchenkov, a été inculpé pour blanchiment d'argent et assigné à résidence.

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Vladimir Evtouchenkov

Vladimir Evtouchenkov, président du conseil d'administration de la holding AFK Sistema, l'un des plus grands conglomérats en Russie actif notamment dans l’extraction et le traitement du pétrole, les télécommunications et le secteur financier, est le troisième accusé dans l’affaire « pétrolière » ouverte par le Comité d’Enquête.

Il lui est reproché des malversations survenues lors de la privatisation au début des années 2000 du groupe pétrolier Bashneft, dont AFK Sistema détient 86,7% d'actions avec droit de vote. Les poursuites judiciaires pourraient se conclure par la confiscation de Bachneft au profit de l’Etat russe. Ces accusations ont aussitôt été démenties et qualifiées de "sans fondement" par la holding.

Un familier du Luxembourg

A 65 ans, ce père de famille de deux enfants est le 15ème homme le plus riche de Russie, sa fortune étant estimée à 9 milliards de dollars par le magazine Forbes.

Diplômé d’une maîtrise en chimie (1973), d'économie (1980), et d’un doctorat en économie (1986), il est aussi connu dans le milieu économique luxembourgeois. Présent dans de nombreuses sociétés au Luxembourg, dont la banque aux capitaux russes East West United Bank et le fonds d’investissement spécialisé Redline Capital, il figure aussi dans les conseils d’administration de nombreuses holdings luxembourgeoises.
En 2009, il est nommé consul honoraire du Grand-Duché à Ekaterinbourg et Khabarovsk par Jean Asselborn, alors vice-président du gouvernement du Luxembourg.
Vladimir Evtouchenkov a de son côté offert en 2012 un siège d’administrateur dans Sistema à l’ancien ministre socialiste de l’Économie luxembourgeois, Jeannot Krecké.

L’ombre de Khodorkovski

L’affaire Evtouchenkov n’est pas sans rappeler celle de Khodorkovski, l’ancien patron de Ioukos, accusé lui aussi de blanchiment d’argent, qui a passé dix ans en camp avant d’être libéré en 2013. Entre temps, son entreprise Ioukos a été démantelée au profit de l’Etat russe. Le journal russe Moskovski Komsomolets titre ainsi V. Evtouchenkov, un "nouveau Khodorkovski".

Mais à la grande différence de Khodorkovski, Evtouchenkov n’a jamais essayé de marcher sur les plates-bandes de Poutine en s’essayant à la politique. Au contraire, il est reconnu pour être loyal vis-à-vis du Kremlin, plutôt discret dans ses activités et dans sa vie privée.

Pour Khodorkovski, qui s’est tout de suite exprimé sur cette affaire, le PDG du numéro un du pétrole russe Rosneft, Igor Setchine, qui avait absorbé Ioukos et qui est un proche de Vladimir Poutine, serait derrière ces poursuites.
"M. Setchine voulait acheter Bachneft à AFK Sistema à un certain prix (...), mais M. Evtouchenkov a refusé de coopérer", a commenté pour l'AFP l'analyste Stanislav Belkovski, de l'Institut de la stratégie nationale, en ajoutant que le milliardaire pourrait être libéré s'il acceptait un compromis avec Rosneft.

"Les investisseurs ne comprennent plus du tout les règles du jeu"

La réaction du marché financier russe s'est rapidement fait sentir suite à l’annonce de l’arrestation de l’homme d’affaires. Les actions d'AFK Sistema ont chuté de plus de 20% mercredi, alors que ses titres à la Bourse de Londres ont chuté de 35,70%.

Le RSPP (le Medef russe) prépare une pétition pour le président Poutine afin de défendre V. Evtouchenkov.

"Tout cela ressemble à un « Ioukos-bis »", reprend Alexandre Chokhine, le président de l'Union russe des industriels et des entrepreneurs, dans le quotidien économique russe Vedomosti.

Cette affaire ne rassure pas la communauté des entrepreneurs en Russie qui craignent pour le climat financier du pays. La Russie souffre déjà d’une mauvaise image auprès des investisseurs à cause de la crise ukrainienne et des sanctions imposées par les Occidentaux, désormais, elle risque d’en refroidir davantage.

Pour le journal russe Novaia Gazeta, l’affaire Evtouchenkov montre que le pouvoir russe a rompu le pacte avec le monde des affaires, tandis que Vedomosti écrit qu'"en russe le terme de "propriété" a un sens relatif".

Selon Sergueï Gouriev, professeur à l'Ecole des Sciences Politiques à Paris, "les autorités russes ont fait beaucoup d'efforts pour expliquer que cela ne pouvait menacer que ceux agissant comme Khodorkovski (...). Mais maintenant les investisseurs ne comprennent plus du tout les règles du jeu".

Selon le journal RBK daily , les sorties de capitaux pourraient atteindre 120 milliards de dollars en 2014 suite à l’affaire Evtouchenkov.

Mise à jour le 23 septembre 2014
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