JO 2018: la réaction des médias russes

Depuis une semaine, les médias russes analysent la décision du Comité International Olympique d’interdire les JO 2018 à la Russie, et oscillent entre recherche des coupables, critiques et complot politique contre la Russie.

Mardi 5 décembre, le Comité International Olympique (CIO) a annoncé que les athlètes et officiels russes ne seront pas autorisés à concourir sous le drapeau tricolore. Cette décision fait suite aux révélations sur le système de dopage organisé ayant conduit au retrait de onze médailles russes obtenues aux JO de Sotchi et au refus opposé à un certain nombre d’athlètes russes de concourir depuis les derniers jeux d’été à Rio de Janeiro.

A Pyeongchang du 9 au 26 février 2018, les athlètes jugés propres pourront toutefois défendre les couleurs des "athlètes olympiques de Russie", selon le principe du CIO de "responsabilité collective et justice individuelle".

Sur Lenta, le journaliste Viktor Tsaplin cherche à qui revient la faute dans cet affront national.

Tsaplin souligne l’inédit de cette décision: pour la première fois un pays entier, et non pas des personnes ou équipes spécifiques, est visé par une interdiction de compétition liée au dopage. Lenta regrette le fait qu’un "gouvernement qui dépense des milliards de roubles chaque année sur ses athlètes n’ait pas su mieux les protéger".
Pour Tsaplin, la faute revient aux officiels russes qui "en trois ans, n’ont pas été capables de prouver quoique ce soit, à part qu’ils n’étaient pas des ‘chameaux’ " (expression signifiant être une personne qui n’a ni endurance ni autorité, qui n’est pas méchant).

Dans le journal russe RBK, c'est le manque de preuves à l’encontre de la Russie est souligné.

"Le CIO doit encore prendre en compte les résultats des deux commissions. En premier, celle qui, sous la direction de Denis Oswald a conduit au retrait de 11 médailles de Sotchi. En second, celle dirigée par Samuel Schmid qui enquête sur les allégations d’un programme de dopage étatique. Les résultats de sont travail n’ont pas encore été dévoilés".

Les journalistes insistent aussi sur le manque de transparence de cette décision "prise lors de réunions derrière des portes closes à Lausanne".

"On ne va nul part sans la Russie"

Dans un autre article de RBK, le journaliste Denis Puzirev parle de "neutralisation de la Russie" lors du "verdict de Lausanne".

Il revient sur les faits autour des suspicions de dopage, la défection de l’ancien responsable du laboratoire russe anti-dopage Grigori Rodchenkov et sur les preuves apportées dans le rapport McLaren. Les athlètes russes sont en désarroi face au choix qui leur est demandé et peinent à trouver une position commune.

Pour l’ancien champion de biathlon Sergueï Chepikov : "Si nos athlètes concourent sous drapeau neutre, nous saurons quand même qu’ils sont ‘des nôtres’ et nous les soutiendrons".

Mais, l’ancien partenaire de Chepikov et député du parti présidentiel Russie Unie, Vladimir Drachev n’est pas du même avis : "La prise de décision revient bien entendu aux athlètes. Mais ils se sont entraînés pendant des années, comme des patriotes, sous les couleurs du drapeau russe. Quand ils monteront sur le podium, médaillés d’or, à qui ramèneront-ils la médaille? Selon moi, concourir sous un drapeau neutre, ce n’est pas normal ".

Pour Izvestia, "On ne va nul part sans la Russie".
Selon le sénateur russe Andreï Klimov, "le manque de preuves est flagrant" et "la décision prise résulte du souhait de quelques manipulateurs, assis dans une zone grise et désireux d’utiliser le sport comme un instrument politique".

Le journal souligne les différentes sanctions prises à nouveau contre la Russie en marge de la décision du CIO: "Aucun des participants à Sotchi ne sera admis à Pyeongchang, ni les athlètes, ni les docteurs, managers ou officiels. Deuxièmement, 15 millions de dollars doivent être versés par la Russie. Troisièmement, l’ex-ministre des sports Vitali Moutko et son adjoint Youri Nagorni sont bannis à vie des Jeux Olympiques. Quatrièmement, Alexandre Joukov a été évincé du CIO, tandis que Dimitri Tchernichenko qui dirigeait le comité d’organisation des jeux de Sotchi a été exclut du comité de préparation des futurs jeux d’hiver à Pékin en 2022".

Le député Leonid Sloutski, à la tête du comité international de la Douma, a quant a lui déclaré que cette décision discréditait le CIO :

"C’est de la discrimination contre la Russie, pays qui a toujours investi tant de moyens dans le développement du mouvement olympique, et dont les athlètes ont remporté des centaines de médailles. Cette décision politique est absolument injustifiée (…). Le but de cette décision est de porter un coup à l’image de la Russie dans le monde". Selon lui, la Russie usera de "tous les moyens nécessaires, y compris juridiques" pour annuler la décision du CIO.

Le journal Vedomosti titre lui sur le choix impossible "entre individu et drapeau".

Les journalistes Pavel Aptekar et Maria Jeleznova, pointent du doigt le fait que la sanction vise clairement le gouvernement et non les athlètes : "Ce sont avant tout les symboles et officiels du gouvernement qui sont privés de participation aux Olympiades : le drapeau, l’hymne et les symboles nationaux sur les tenues des athlètes".

Pour eux, le fait de partir ou non en Corée du Sud, sera "une décision politique, dans un pays où les victoires sportives sont célébrées comme les militaires (…). Il s’agira d’un choix entre l’individu et le drapeau, et dans tous les cas, cela sera un signe fort".

Aptekar et Jelznova citent la réaction de Franz Klintsevich (directeur du comité d’armement et sécurité du Sénat) : "Une grande puissance ne concoure pas incognito » et soulignent qu’il est intéressant de noter que « les questions sportives concernent la défense et la sécurité nationale ".

Le président russe Vladimir Poutine a déclaré quant à lui que la décision de participer ou non revenait aux athlètes et que la Russie ne boycotterait pas les Jeux en Corée du Sud.

Quoiqu’il en soit, plusieurs chaînes russes dont le groupe VGTRK (l’équivalent de France Télévisions), ont déjà annoncé à l’agence Interfax que sans la Russie à Pyeongchang, elles ne retransmettraient pas les JO.

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