Génocide arménien: Russes et Arméniens se sont souvenus ensemble

Pour la première fois en Russie, à l’occasion du centenaire du génocide arménien, une campagne nationale de mémoire a été organisée avec le soutien du ministère de la Culture, faisant écho à la visite de Vladimir Poutine à Erevan.

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Photo Ria Novosti

Malgré l’effervescence qui accompagne l’attente des célébrations titanesques prévues pour le 9 mai, il n’y en a pas que pour le 70ème anniversaire du triomphe soviétique sur l’hydre nazie dans la mémoire collective russe. Les promeneurs du parc Gorky ont levé la tête dimanche soir à Moscou en témoins d’un grand lancer de ballons blancs lumineux, tels des millions d’âmes innocentes réveillées en l’espace d’un instant par un acte de mémoire d’une autre guerre, d’une autre époque, d’un autre massacre dont a été victime un peuple représenté en Russie par plus d’un million et demi de personnes.

Les ballons n’étaient pas anonymes, chaque Arménien ayant dans sa famille proche ou lointaine un ancêtre qui a souffert du génocide, les participants avaient attaché des petits billets rendant hommage à leurs propres ancêtres.

Plus de 17 villes russes ont préparé des évènements dans le cadre de la campagne «Ames immortelles» avec le soutien des municipalités et le concours du Congrès de la jeunesse arménienne de Russie. C’était la première grande campagne nationale de mémoire du génocide en Russie, comme l’a souligné le président du Congrès de la jeunesse arménienne dans une interview pour l’agence d’information russe NSN.

A la mémoire des générations

A Moscou, l’exposition "A la mémoire des générations" hébergée par l’Association d’histoire militaire («Voïenno-istoritcheskoïe soobchestvo») a permis au vice-ministre russe de la culture, Guéorguy Piroumov, – qui a prononcé le discours d’ouverture en présence d’une délégation arménienne – de réaffirmer la notion de "fraternité russo-arménienne", peu après l’adhésion de l’Arménie à l’Union économique eurasiatique et l’entrée en vigueur du traité en janvier 2015.

La commémoration du génocide dans la capitale a connu une résonnance d’autant plus forte que la voix surpuissante du chanteur de métal Serj Tankian s’y est associée, l’étape moscovite de la tournée mondiale du groupe System of a Down tombant à point nommé ce lundi 20 avril. Serj Tankian, qui revendique ses origines arméniennes, est aussi le compositeur de la musique du film "1915" présenté au cinéma Cinq Etoiles («Pyat’ Zviozd») et a soutenu activement les mobilisations mondiales du 24 avril contre le déni du génocide par la Turquie. Mais l’enfant d’Arménie le plus attendu dans la capitale russe cette semaine était certainement Charles Aznavour dont le concert "bis" s’est tenu le 22 avril au Crocus City Hall, l’avant-veille de la journée mondiale officielle de commémoration du centenaire du génocide le 24 avril.

Au niveau diplomatique, le président Vladimir Poutine est resté pragmatique, se trouvant en visite d’Etat en Turquie tout en étant attendu à la cérémonie de commémoration du 24 avril à Erevan. Ce même jour, la Turquie a fêté la victoire de l’Empire ottoman dans la Bataille des Dardanelles qui l’opposa aux troupes françaises et britanniques du 25 août 1915 au 9 janvier 2016, et Moscou a répondu à l’invitation en envoyant à Ankara le président de la Douma d’Etat Sergueï Narychkine.

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