Françoise Dolto reprend du service à Moscou

Après deux années de fermeture forcée, le Portillon vert, concept identique de la Maison verte créée par Françoise Dolto, ouvrira à nouveau ses portes. Le choc culturel éducatif entre deux méthodes pédagogiques peut donc recommencer.

Françoise Dolto

Après quatorze années d’existence, le Portillon vert avait dû fermer ses portes pour des raisons obscures de conformité du mode de financement et de l’imposition d’un règlement allant à l’encontre des principes de Françoise Dolto : des horaires fixes de visites, un certificat médical pour les enfants fréquentant les lieux…

Le Portillon vert s’était ouvert en 1995. Plus de 40 000 enfants, entre 0 et 4 ans accompagnés de leurs parents avaient fréquenté le centre pendant de longues après-midi de jeu et de socialisation.
Sa fermeture était une incompréhension. Olga Varpakhovskaïa à la tête de cette association ne s’est pas laissée démonter et a mobilisé les parents et les pédagogues pour trouver un autre local.

Opération réussie puisque le Portillon vert devrait ouvrir à nouveau à la mi-mars. Olga se touche régulièrement la tête comme on touche du bois pour éloigner le mauvais œil : «Ce local c’est un conte de fée. J’ai peur d’en parler tellement c’était inespéré».

Les livres sont déjà dans la bibliothèque, des jouets entassés dans un coin et sur le mur central, le portrait de Françoise Dolto.

Dolto l’inconnue

En Russie, personne ne connaissait l’univers de Françoise Dolto jusqu’à la création du Portillon Vert et de ses programmes de séminaires.
«Il existe une association de Janusz Korczak, célèbre pédagogue polonais, qui a appris l’existence de Françoise Dolto, grâce à ses échanges internationaux. Séduit par les préceptes pédagogiques de la psychanalyste des enfants elle a souhaité les transmettre en créant une Maison verte» explique Olga Varpakhovskaïa, en ajoutant qu’aujourd’hui le Portillon vert est une association indépendante.

L’année qui a suivi l’ouverture du centre, deux livres ont été traduits en russe et ont été édités dans le pays, «La cause des enfants» et «La cause des adolescents».

Malheureusement, la traduction en 1996 a été «soviétisée » pour être comprise par les Russes. «C’est un problème important parce que les traducteurs ont interprété le message de Dolto à la manière soviétique. Aujourd’hui Dolto suscite de l’intérêt, elle est lue et citée dans la presse spécialisée mais sur une base qui est mauvaise», explique Olga Varpakhovskaïa.

La confrontation des méthodes éducatives

L’intégration de l’univers de Dolto dans les méthodes d’éducation des jeunes mères russes a été une grande expérience pour la directrice du centre. Elle se rappelle d’une mère qui détestait venir au Portillon vert et qui le faisait savoir. «Alors pourquoi venez-vous ? Parce que ma fille aime venir alors j’y suis obligée, pestait la mère. Mais quelque temps plus tard, elle a compris ce qui se passait au centre et a affirmé que c’est ici que la nouvelle culture de relation avec son enfant est née

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La directrice rappelle qu’en Russie, lorsqu’un enfant nait, «on attend de lui qu’il soit mieux que nous, on souhaite être aussi la meilleure mère du monde, on choisit ce qu’il y a de mieux, des jouets, des habits, on emprunte de l’argent. Plus tard, les mères ont tendance à les placer dans des écoles de développement précoce afin qu’il se développe le mieux possible. Alors que la première chose à faire selon Dolto est de l’accueillir tel qu’il est. L’enfant n’est pas un objet qui nous appartient

Les mentalités doivent donc encore évoluer pour accueillir les préceptes et les méthodes éducatives de Françoise Dolto. Ce n’est pas simple sachant qu’il n’existe que deux Portillons verts à Moscou.

«Il faudra plusieurs générations pour que l’on entende ce que Françoise Dolto veut nous dire. Mais la graine est semée» conclut Olga Varpakhovskaïa.

Informations sur le site du Portillon vert (uniquement en russe)

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