Fabergé et la joaillerie russe

Le musée d'histoire d'Etat de Moscou consacre une exposition aux oeuvres issues de l'atelier Karl Fabergé et d'autres maîtres russes en joaillerie.

Depuis le 20 novembre, le musée d’histoire d’Etat de Moscou présente une exposition intitulée "Fabergé et la joaillerie de cour" consacrée à l’art de la joaillerie en Russie de la moitié du XIXème et du début du XXème siècle. Outre des objets provenant de l’atelier de Karl Fabergé dont le musée consacre une section particulière, cette exposition a le mérite de montrer les œuvres d’éminents maîtres russes tels que Pavel Ovchinnikov, Ivan Khlebnikov, Ignaty Sazikov et bien d’autres.

Ce sont quelques 300 objets de l’époque de la renaissance russe, quelques bijoux mais aussi des cadeaux militaires, de la vaisselle d’or et d’argent, des objets de culte religieux.

Beaucoup de ces objets étaient destinés à la famille impériale. Parmi les bijoux, figure une aigue-marine, pierre que l’impératrice Alexandra Fedorovna adorait et qui était très à la mode à l’époque.

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P.Loskutov, garniture de bureau, cadeau des officiers d’un régiment à leur colonel
Elena Chagaeva

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Maison Sazikov, salière en argent 1872
Elena Chagaeva

Alors que la société de l’époque aspirait à un renouveau du langage artistique, les principaux artistes se sont tournés vers la création d’objets d’art décoratifs y compris en argent, en or et en acier, et ont commencé à coopérer avec les entreprises de joaillerie.

La synthèse de ces arts a permis de faire émerger des réalisations artistiques inattendues pour les produits précieux de cette période. Les joailliers ont ainsi investi tous les domaines de la vie quotidienne, que ce soit au travers d’étuis à cigarettes, d’instruments d’écriture ou d’articles ménagers, comme de la vie religieuses avec des objets de cultes pour l'église, et de la vie militaire.

Pour Galina Smorodinova, curateur de l’exposition :

"Les joailliers russes ont développé leur propre style avec leurs traditions même s’ils ont beaucoup été influencés par Byzance et par l’Europe Occidentale. La Russie était capable de faire sienne les différents courants d’influence sans copier. Le style russe a évolué en fonction des périodes : d’abord ils reproduisaient des objets anciens puis il y a eu une période folklorique au cours de laquelle les sujets thématiques de la vie paysanne étaient très prisés dans l'art élitiste".

"Les styles les plus russes sont ceux de Pavel Ovchinnikov et d’Ivan Khlebnikov qui ont utilisé l’ornementation russe. Nous présentons un travail très intéressant d’Ivan Khlebnikov qui a réalisé un service à vin sous la forme d'un coq. Le thème du coq était très populaire car il s’agit d’un animal présent dans les contes et dans l'Évangile. La queue est ornée d'émail très précieux et le motif est sculpté par le maître lui-même."

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Service à vin "coq", Ivan Khlebnikov
Elena Chagaeva

Il y a eu deux écoles de bijouterie en Russie. L’école de Saint-Pétersbourg qui était la quintessence des traditions européennes et des idées nationales – orthodoxie, autocratie -, et l’école de Moscou qui a développé des techniques sophistiquées de travail sur émail comme le plique-à-jour (une forme d’émail cloisonné mais sans support métallique et qui laisse passer la lumière) réapparue au XIXème siècle dans les ateliers russes. La société Ovchinnikov était le leader de la production d’émaux à Moscou dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Selon Galina Smorodinova, "à cette époque, la culture, la peinture, l'architecture, etc… était une affaire commune, car les artistes se connaissaient tous et collaboraient ensemble. C’est la raison pour laquelle l’art a atteint un tel niveau en Russie".

Ces joailliers ont obtenu une reconnaissance au-delà des frontières. Et en 1851, à la première exposition universelle à Londres intitulée "Grande exposition du travail de l’industrie de toutes les nations", certains maîtres russes ont gagné des médailles d’or pour leur travail. Cela leur a valu une grande notoriété et des commandes de l'étranger ont commencé à affluer émanant notamment des cours royales et princières d’Europe et des Etats-Unis.

La Révolution russe de 1917 a mis un terme au travail exceptionnel de ces ateliers. Les usines ont été fermées ou nationalisées, comme celle d’Ivan Khlebnikov qui a été transformée en usine de platine à Moscou.

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