Expatrielles coache les femmes expatriées en Russie

La spécialiste de l’expatriation au féminin met l’accent sur des spécificités russes qui peuvent compliquer l’adaptation des femmes en Russie.

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Stéphanie Dehling Prusinski fondatrice d'Expatrielles

Stéphanie Dehling Prusinski brise t-elle un tabou en travaillant sur le mal-être que vivent certaines femmes dans l’expatriation ? Ou en aidant des femmes qui veulent donner du sens à leur nouvelle vie ? Peu évoqué, le sujet n’est pourtant pas anodin puisque très régulièrement des femmes viennent à elle pour parler de leurs difficultés d’intégration, de positionnement, ou de reconversion vers une autre "vie". Et parce qu’elle a vécu en Russie, a aimé le pays et y a travaillé, Stéphanie Dehling Prusinski a pris le parti de se concentrer uniquement sur les femmes expatriées en Russie.

La spécialiste part du constat que si ce sont majoritairement les hommes qui sont envoyés en expatriation, la réussite de cette nouvelle vie repose essentiellement sur le bien-être de la femme. Or paradoxalement rien n’est mis en place pour aider son adaptation (1).

"Nombreuses sont les femmes qui étaient actives professionnellement avant de partir en expatriation et qui n’ont pas anticipé le fait qu’elles allaient se retrouver au départ à gérer uniquement le quotidien de la maison et des enfants. Elles ont alors le sentiment de perdre leur identité. Mon rôle est de les aider à se retrouver, et à se réaffirmer autrement qu’en étant la femme de… , ou la mère de…. Il n’est pas toujours simple de trouver sa place, mais c’est un élément essentiel de pouvoir s’affirmer dans son expatriation", indique la coach.

Dédramatiser le pays

Outre les problèmes d’adaptation inhérents à n’importe quel pays du monde, la Russie présente des difficultés spécifiques à sa société, selon Stéphanie Dehling Prusinski. Point intéressant puisque, comme le précise la spécialiste, même une baroudeuse rodée à l’expatriation peut être déstabilisée lorsqu’elle arrive dans ce pays. La spécialiste évoque alors des facettes de la vie en Russie qui peuvent déstabiliser de façon inconsciente mais récurrente : la perception du pays, la langue, la féminité des femmes russes, le rythme de la capitale.

"Les préjugés sont nombreux contre la Russie et les femmes sont souvent inquiètes à l’idée d’affronter seule cette société. Il est important alors de les aider à comprendre le pays et sa culture pour qu’elles aient «moins peur» ".

Le premier conseil donné par la coach est de suivre une formation à l’interculturel pour donner une première photographie du pays, le "dédramatiser", car la Russie est bien souvent perçue comme un pays triste accompagné d’une image extrêmement négative. L’apprentissage de la langue est aussi essentiel pour interpréter correctement son environnement.

L'effet miroir

Ensuite, parmi les peurs les plus primitives évoquées par les femmes expatriées se trouvent les femmes russes. Stéphanie Dehling Prusinski indique que la féminité de la femme russe peut effrayer, même si cela est davantage de l’ordre du cliché. "Les femmes peuvent développer un complexe, non conscient, lorsqu’elle arrivent en Russie et qu’elles sont confrontées à l’hyperféminité des femmes russes. Elles sont heurtées parce qu’elles-mêmes ne s’autorisent pas à l’affirmer. En France, dans un univers professionnel, les femmes sont davantage proches du masculin neutre."

Hyper dynamiques dans leur vie professionnelle et personnelle, les femmes russes renvoient un effet miroir qui peut déstabiliser les étrangères. "Elles travaillent, sont souvent seules pour élever leur enfant, et sont indépendantes financièrement… Inconsciemment, la femme expatriée se confronte à ce modèle qui ne la valorise pas dans une période propice à la fragilité."

Cette confrontation crée bien souvent, de façon inconsciente, un grand complexe chez les étrangères qui vont rejeter l’environnement professionnel de leur époux, refuser des amitiés ou tout simplement d’aller au delà des apparences. Cette attitude ne fera que renforcer l’isolement de la femme expatriée dans un environnement inconnu.

Un autre point développé par Stéphanie Dehling Prusinski concerne le rythme de la vie dans la capitale russe. Moscou est une ville qui a une énergie folle et qui est très stimulante. Beaucoup d’anciennes femmes actives ont du mal à suivre le mouvement, quand d’autres y parviennent très rapidement. "Celles qui ont besoin de suivre ce rythme sans y parvenir, tentent d’être actives en multipliant les projets professionnels pour souvent se donner l’illusion de courir, sans pour autant avancer sur un projet précis. Cela finit par devenir une source de problème."

Moscou impose son rythme, ajouter à cela le modèle de la femme russe active, cela n’arrange pas le sentiment de décalage que peut ressentir une ancienne business woman qui n’a pas encore trouvé sa place dans sa nouvelle vie, conclut-elle.

Se projeter pour se révéler

Le deuxième conseil donné par la coach est de réfléchir à un projet en rapport à la Russie pour ne pas être qu’un individu qui suit. Les femmes doivent "se forcer à une projection" pour savoir quels bénéfices elles pourront tirer de leur expatriation. Cela peut être l’apprentissage de la langue russe, lire tous les classiques russes ou se plonger dans la culture, ou encore s’engager dans un projet à caractère humanitaire. C’est aussi l’occasion de commencer une formation et d’acquérir de nouvelles compétences en vue d’un retour. Il n’y a pas de limite puisque l’expatriation doit être vécue comme une chance de pouvoir faire quelque chose d’autre. "Il ne faut pas s’oublier mais se révéler."

Après ses années moscovites, Stéphanie Dehling Prusinski s’est installée à Budapest et organise des séances de coaching par Skype, comme la plupart des coachs qui travaillent sur l’international. De nombreuses femmes estiment d’ailleurs que c’est un bienfait : "c’est rassurant de savoir que mes amies ou mes connaissances ne la rencontreront pas lors d’une soirée ou d’un diner", explique l’une d’entre elles. Ce facteur d’éloignement est d’autant plus rassurant que les expatriés évoluent généralement dans une petite communauté.
"Même si je suis tenue à la confidentialité en exerçant ce métier, demander de l'aide n'est pas facile. Le fait de ne pas être en permanence à Moscou est un atout", souligne Stéphanie Dehling Prusinski.

(1) Selon une étude de Jean-Luc Cerdin, spécialiste de l’expatriation, plus de 80 % des cadres s’expatrient en couple, moins de 5% des expatriations ont pour origine le travail de la femme. Dans 65% des cas, la femme démissionne pour suivre son mari.

Contacter Stéphanie Dehling Prusinski sur Skype avec le pseudo : Expatrielles
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