Euro 2016 : les hooligans russes en quête de notoriété

Réactions suite aux violents affrontements entre hooligans après le match opposant la Russie et l’Angleterre samedi dernier.

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Photo : Tass

La Russie n'aurait "jamais dû laisser passer" les hooligans impliqués dans les violences à Marseille, a affirmé lundi le ministre français des sports Patrick Kanner, qui dénonce une "absence de coopération regrettable".

Sur twitter, il propose à la Russie de suivre le modèle anglais : "Nos amis Anglais ont bloqué 3 000 hooligans. Nous demandons aux Russes de faire de même."

Daniel Cohn-Bendit va encore plus loin sur Europe 1 : "Plutôt que de renvoyer les joueurs russes et anglais à la maison, il faudrait se demander si la Coupe du monde en Russie est bien la bonne solution", a-t-il argumenté. "Vous allez avoir des centaines de milliers de supporters de tous les pays qui vont se retrouver à la merci des hooligans russes".

Le débat se porte sur qui entre les Anglais et les Russes sont les plus responsables des débordements.

Selon un responsable de la police britannique, "une petite minorité de supporters anglais étaient à Marseille pour causer des problèmes". Mais les fauteurs de trouble russes étaient "beaucoup plus nombreux", ajoute-t-il. "Nous pensons qu'ils étaient 300 environ".

Certains bloggers s’interrogent cependant de l’attitude anglaise comme les nombreux sifflements entendus pendant l’hymne russe chanté dans le stade vélodrome, ou encore des supporters anglais chantant dans les rues de Marseille "Daech ou es-tu ?" sans que l'UEFA ne réagisse.

L’hooliganisme en Russie

Depuis la Russie, les journaux craignent les conséquences des événements pour l’équipe nationale russe, sans remettre en cause l’agressivité des hooligans. Certains remettent en cause la présence insuffisante des forces de l’ordre : “J’ai pu constater que le niveau d’organisation des forces de l’ordre était en effet en dessous de tout, témoigne un journaliste russe du site lenta.ru.

Un député russe ce mardi a soutenu les hooligans russes en déclarant sur Twitter: "Je ne vois rien de mal dans les combats de supporters. Au contraire, bien joué les gars. Continuez !". "Ce qui s'est passé à Marseille et dans d'autres villes de France, ce n'est pas la faute des supporteurs mais de l'incapacité des autorités françaises à organiser", a-t-il continué.

Le ministre des Sports de Russie, Vitali Moutko, a quant à lui estimé justifiées des procédures disciplinaires : “C’est bien vrai : il y a eu des fumigènes, des pistolets lance-fusées, des affrontements dans les tribunes, il faut tirer tout ça au clair (…) Les supporters russes ont été formidables, mais parmi eux, certains individus étaient là pour autre chose que le football. Il faut les identifier, et leur interdire tout déplacement.

L’hooliganisme est combattu aujourd’hui en Russie par les autorités, suite à de nombreuses violences dans des matchs russes. Une loi, votée en 2012, renforce les sanctions contre les fauteurs de troubles qui risquent désormais 7 ans de prison.

Qui sont les hools russes ?

Selon Sébastien Louis, spécialiste des supporteurs radicaux en Europe, on peut dresser un portrait-robot de ces "hools russes" : "Ce sont des supporteurs de plusieurs clubs russes, le CSKA Moscou, le Spartak Moscou, le Lokomotiv ou encore le Zenit Saint-Petersbourg. Ce sont de petites bandes, de 20, 25 individus, qui ne sont pas du tout alcoolisés, font tous de la 'muscu' et savent se battre".

Rien à voir donc avec l’hooligan anglais. Les Russes, à Marseille, "étaient là pour une confrontation violente et étaient très préparés à ça", selon Ludovic Lestrelin, sociologue spécialiste des mouvements de supporters, interrogé par Ouest France.
Il ajoute que les hooligans russes "sont en phase de construction d’identité individuelle" et qu’ils étaient à Marseille, "tout simplement pour se faire une réputation dans le petit monde du hooliganisme". Les Anglais étant une cible "prestigieuse" dans la culture des hooligans.

Vladimir, un hooligan russe contacté par l'AFP, confirme cette analyse : samedi, les hooligans russes n'ont pas attaqué les Anglais par hasard. "Les Anglais disent toujours qu'ils sont les seuls hooligans. Nous sommes venus démontrer que les Anglais sont des fillettes", reconnaît le supporter russe, déjà de retour en Russie.

L’UEFA, instance du football qui gère l’Euro 2016, a menacé dimanche 12 juin l’Angleterre et la Russie de disqualification du tournoi en cas de nouveaux incidents et a également ouvert une procédure disciplinaire contre la fédération de Russie pour les incidents impliquant ses supporteurs à la fin du match. Des supporters russes contrôlés aujourd’hui dans le sud de la France vont être expulsés du pays, selon les autorités françaises.

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