Etudier en Russie: entre coup de cœur et coup de blues

Alors que les relations franco-russes souffrent de tensions, la Russie fascine toujours un certain nombre d'étudiants français qui viennent y poursuivre leur cursus universitaire. Un choix pas toujours évident.

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L’université de l’Amitié des Peuples (URAP)

Selon l'Ambassade de France en Russie (estimations à partir de données consulaires russes), il y aurait entre 500 et 600 étudiants français en Russie depuis septembre 2015, pour de courts séjours (souvent linguistiques) comme pour une durée plus longue (semestre ou année d’échange, par exemple dans le cas de doubles diplômes).

Un chiffre qui se maintient d’année en année, malgré les tensions diplomatiques, grâce à des programmes qui marchent bien, comme SciencesPo - MGIMO, Sciences-Po Bordeaux-URAP, des universités russes attractives (Universités d’Etat de Moscou et de Saint-Pétersbourg, plusieurs dizaines d’étudiants français chaque année), des domaines traditionnellement porteurs (économie, finances : Université d’Economie de Saint-Pétersbourg, Université de Finances de Moscou), et de nouveaux secteurs attractifs comme l’agro-ingénierie (avec, par exemple, une coopération dynamique entre l’Ecole du bois de Nantes / Université du bois de l’Oural et Université agraire de Tcheliabinsk).

Le récent accord sur la reconnaissance des diplômes, des qualifications et des grades universitaires entre la Russie et la France pourrait accentuer ce phénomène et augmenter le nombre d’étudiants en Russie. En effet, depuis juillet dernier, cet accord permettra aux étudiants français de profiter des mêmes conditions d’admission dans les universités de Russie que les étudiants russes.

Un étudiant français souhaitant continuer ses études en Russie pourra également faire jouer les systèmes d’équivalence, au même titre qu’un étudiant russe dans la même discipline. Les effets de cette loi ne sont pas encore visibles mais elle témoigne de la volonté des autorités russes d’attirer davantage les étudiants français sur son sol.

Le choix de la Russie

Delphine, Paul, Anne, Julie, Natacha, Mathieu ont fait leur rentrée 2015 en Russie, à l’université de l’Amitié des Peuples (URAP), à Plekhanov ou au MGIMO à Moscou.

Delphine a choisi d'entrer en master franco-russe à l’URAP. Son choix a été essentiellement motivé par Moscou, ville qui l’a subjuguée lors d’un premier séjour linguistique. Anne, quant à elle, n’avait d’attrait particulier ni pour la Russie, ni pour Moscou. Egalement étudiante à l’URAP, elle a choisi cette destination pour le double diplôme qu’elle peut obtenir, et surtout parce que c'était l'unique destination proposée qui lui permettait d'apprendre une nouvelle langue.

Paul, en relations internationales au MGIMO, a toujours eu pour projet de venir étudier en Russie, pays qui a selon lui une véritable âme et occupe une place majeure sur la scène internationale. Concernant son université, il reste toutefois un peu mitigé sur son enseignement: "Mes premières impressions ne sont pas géniales car le programme en anglais est loin d'être excellent, ce qui n'est pas le cas du programme en russe."

Une arrivée parfois difficile

D’après les témoignages, les conditions d'arrivée diffèrent d'une université à l'autre, d’un étudiant à l’autre. Pour Julie, qui a intégré l’université russe d’économie à Plekhanov, l'arrivée s'est très bien passée.

"J'ai été accueillie à l'aéroport par une étudiante russe de l'université, et un programme de visites a été organisé par l'association qui s'occupe des étudiants en échange", explique t-elle.

Pour Anne, ce fut tout autre : après avoir attendu trois mois son visa, elle a pris son billets d'avion à la dernière minute car l'université avait beaucoup tardé à lui envoyer les indispensables invitations pour entrer dans le pays. Une fois sur place, aucune aide ne lui a été proposée pour le logement et pour l'université.

"Les deux premières semaines, nous avons signé des papiers que nous ne comprenions pas - une bonne quarantaine ! - et nous avons passé toute une batterie de tests médicaux pour pouvoir entrer à l'université. Des analyses de sang, de selles, d'urine, puis il a fallu faire une radio des poumons, aller chez le gynécologue, le dentiste, l'ophtalmologiste, le neurologue, le dermatologue et j'en passe. Tout cela sans parler russe, en faisant deux heures de queue (parfois infructueuses) tous les jours et en étant trimballés de bureaux en bureaux."

La difficulté des premières démarches administratives est également confirmée par Delphine qui confie avoir très vite appris la phrase magique russe, essentielle avant d'entamer toute attente dans une queue, kto poslednii (qui est le dernier) ?

Anne se rappelle aussi sa toute première impression de Moscou : le taxi à l'heure de pointe, les bouchons puis l’arrivée sur le campus, la nuit. La dame de l'accueil qui ne voulait pas la laisser entrer, l'impossibilité de contacter qui que ce soit avec son forfait français, puis les bureaux qui sentent le renfermé avec des plafonds tapissés.

"Enfin j’ai intégré mon appartement, vide, du moisi plein le frigo et les cafards qui courent. Puis j'ai eu des colocataires et l'appartement a été nettoyé, je l'apprécie bien plus maintenant, même s'il reste vétuste."

A la rencontre des étudiants russes

La lourdeur administrative de l’arrivée n’a cependant rien enlevé à l’attrait qu’exercent Moscou et ses habitants sur les jeunes Français. "Captivante", "fascinante" sont les adjectifs les plus utilisés lorsqu’ils évoquent la capitale russe.

Quant aux relations avec les étudiants russes, elles sont bonnes, explique le groupe d’universitaires qui soulignent que les Russes apprécient particulièrement quand ils essaient de parler leur langue. L’actualité politique du pays est même abordée dans les conversations sans entacher leur vie quotidienne à l’université.

"Les Russes que nous rencontrons sont chaleureux et intéressés par notre point de vue et le point de vue occidental en général sur les crises ukrainienne et syrienne", explique Delphine.

Cependant, réussir à se lier véritablement avec eux est une autre affaire. Julie constate que finalement elle rencontre peu d'étudiants russes: "cela est dû au fait que mes cours n'ont jamais lieu avec les mêmes classes. Ainsi, je voie les mêmes étudiants qu'une seule fois par semaine."

La jeune fille explique qu’il faut provoquer la chance et multiplier les occasions de rencontrer des Russes en participant à des événements franco-russes, comme давай по-русскии, un rendez-vous hebdomadaire dans un bar de Moscou organisé depuis Facebook pour parler russe entre locaux et expatriés.

"Une année intense et inoubliable"

Enfin, si les démarches administratives sont souvent lourdes et les débuts déconcertants, la majorité des étudiants terminent leur année emballés par leurs découvertes, et avec l’impression d’avoir vécu "une année intense et inoubliable".

Mathilde fait partie de ceux-là: "Bien sûr, les premiers mois sont très compliqués. Il y a la barrière de la langue, le climat, le mode de vie russe, mais une fois que l'on s'y est habitué, il est difficile de partir. Il y a un dynamisme que l'on ne retrouve pas en France".

Joséphine, après des débuts difficiles à Tver (à peine arrivée en Russie, elle a appelé sa mère pour lui demander de lui acheter un vol retour), est ensuite retournée plusieurs fois et pour de plus longues périodes. Aujourd'hui, elle conclut que ces mois passés en Russie représentent sans doute "la meilleure période étudiante" qu’elle n’a jamais vécue, et livre ses coups de cœur pour "les bains l’été dans la Volga et les buffets des universités russes."

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