Enfants des rues en Russie, les acteurs sociaux se mobilisent

L’Unicef et le Samu Social Moskva avec leurs partenaires russes viennent en aide aux enfants des rues. Un combat social et politique engagé sur l’intégralité du territoire russe.
Un moment de répit pour les enfants dans la camionnette du Samu Social Moskva Crédit photo: Samu Social Moskva

Un enfant des rues est un enfant de moins de 18 ans. Au-delà, c’est un "jeune". Mais l’âge compte peu. "Les jeunes ne le sont plus dans leurs cassures, dans leurs blessures", indique Eléonore Senlis, responsable du Samu Social Moskva.

Dans la majorité des cas, les enfants sont victimes de violences et de maltraitances dans leur famille. Même quand la violence n’est pas dirigée contre eux, ils préfèrent la loi de la rue pensant que ce sera plus facile.
Certains ont fui leur orphelinat ou des zones de grande violence comme le Nord Caucase, pour les grandes villes. D’autres sont victimes d’expropriation abusive, "un enfant orphelin est renvoyé de chez lui par un oncle qui lui a pris l’appartement" , raconte Eléonore Senlis.

Une tendance à la baisse

Il est difficile d’estimer le nombre d’enfants dans les rues. Les chiffres ne sont pas fiables et les enfants en difficulté ne sont pas toujours répertoriés par la police. Mais les partenaires sociaux s’accordent pour dire que la tendance est à la baisse.
"Nous avons la même impression que le phénomène est moins comparable à ce qu’il était au moment de la crise et de la transition vers l’économie de marché. A cette époque, beaucoup d’enfants se sont retrouvés en difficulté", explique Bertrand Bainvel, responsable de l’UNICEF en Russie.

Le Samu Social Moskva confirme cette tendance et affirme que depuis juillet 2009, "il n’y a plus de jeunes enfants de moins de 13 ans dans les rues de Moscou."

Eléonore Senlis explique aussi que les enfants sont moins "visibles". Ils ont été ciblés ces deux dernières années par le gouvernement et les villes pour être "ramassés" et replacés dans des foyers, des orphelinats ou des institutions. "Le centre de Moscou a été ratissé, les jeunes se sont donc éloignés à la périphérie. Ils ont abandonné les sites qu’ils fréquentaient dans le centre comme la place des trois gares ou Arbat", indique la responsable.

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Un "jeune" dans les rues de Moscou
Samu Social Moskva

Environ 1100 enfants ont été approchés à Moscou dans l’année 2009. Les équipes du Samu se concentrent sur le nouvel arrivé de la rue "qui est encore influençable" et qui est difficile d’approcher seul à seul "car les plus anciens, les chefs de clans, ne laissent pas faire."

Les plus anciens sont tellement adaptés à leur milieu qu’il est impossible de les en sortir : ils y ont leur réseau et la rue est leur milieu d’évolution sociale et professionnelle. "Ceux là, on suit leur santé" , précise Eléonore Senlis.
"Selon une récente étude, 20% des filles de 15-16 ans et 30% des garçons du même âge déclarent consommer de l’alcool tous les jours ou les deux jours. Et la tendance montre que les jeunes de 12 ans en boivent de plus en plus fréquemment", se désole Bertrand Bainvel.

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Des adolescentes récupèrent de quoi manger
Samu Social Moskva

La prévention auprès des familles

Si le Samu Social Moskva intervient dans la rue, le travail essentiel de l’Unicef en Russie se concentre sur la prévention. "Nous faisons un gros travail pour maintenir le lien entre la famille et l’enfant, justement pour que les enfants ne se dirigent pas vers la rue", indique le responsable de l’Unicef en Russie.

Ce dernier se rappelle que sous le précédent système, "On n’a pas fait confiance à la famille. On a vu la prolifération d’institutions pour enfants, accueillant les fugueurs comme les enfants handicapés. On les a placés physiquement loin des centre-villes pour continuer à œuvrer pour le mythe de la perfection de la société soviétique. Sur les dix dernières années, on a vu un changement de mentalité au niveau des politiques et des services sociaux qui ont intégré le fait que la famille était la meilleure ligne de soutien pour un enfant malgré les difficultés financières."

Cela n’empêche pas que de nombreux enfants soient encore séparés de leurs parents en Russie.
"On estime aujourd’hui que plus de 150 000 enfants privés de soutien parental sont ainsi placés en institution", explique Bertrand Bainvel.

L’implication du politique jusqu’à Vladivostok

Les associations travaillent avec des partenaires russes tant au niveau du terrain qu’au niveau politique : le Ministère de la santé, le Ministère des situations difficiles mais aussi des municipalités qui ont de gros budgets.

En dehors de Moscou et Saint-Pétersbourg, il existe un réseau de travail social qui se développe. Les partenaires sociaux se focalisent sur le nombre de familles vulnérables et non sur le nombre d’enfants traités par jour. "Ils sont donc capables de voir quels sont les foyers qui peuvent basculer et ceux avec lesquels il faut travailler ", précise Bertrand Bainvel.

Les écoles sont également sollicitées pour repérer les problèmes familiaux à travers les résultats scolaires, les comportements ou pour alerter si il y a des marques visibles de maltraitance.

Le bilan semble plutôt positif pour les acteurs sociaux qui voient le travail de prévention et de développement du système avancer. "Le problème n’est pas résolu mais c’est une approche qui paie", confirme l’Unicef.

Cet organisme reste cependant vigilant après la violente crise de 2009. Il surveille de prés si les réformes sont qualitatives et efficaces et ne seront pas privées des budgets alloués par les gouverneurs des régions.

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