En Russie, la création pour améliorer la vie des citadins

"Tout le monde a du pouvoir en Russie" d'après Igor Ponosov, artiste de rue et membre de Partizaning, un mouvement social où la création prime sur la revendication.

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Igor Ponosov

Aujourd’hui la Russie : Qu’est ce que Partizaning ?

Igor Ponosov: J’ai lancé Partizaning en 2011 avec deux amis, dont Anton avec qui je fais de l’art de rue depuis plus de 10 ans. Peu à peu, nous avons remis en question notre activité pour lui donner un sens social. Nous avons compris qu'il y a beaucoup de choses qui nous irritent et nous déplaisent dans cette ville et nous voulions agir. Notre art est « partisan » (en russe partizan : résistant, guérilléro) car il s'articule autour d'actions nocturnes ponctuelles, de petits happenings.
En 2011, nous avons senti un regain de prise de conscience citoyenne, et nous avons vu des projets à l'étranger, en Europe et aux Etats-Unis, qui nous ont plu. Nous avons voulu donner un nom à ces nouvelles idées et nous avons pensé à partizaning parce que notre action est directe et frappante bien que non-violente.

ALR : Quelle est la différence entre l'art de rue et l'activisme de rue ?

Igor P. : La différence est subtile de nos jours. Nous ne souhaitons pas nous rattacher à une quelconque structure bureaucrate d'opposition comme le Conseil de coordination de l'opposition russe. Malgré la diversité politique de sa composition, tous ces opposants organisés en une sorte de cabinet ministériel fantôme ont une vision carrée et limitée des problématiques à traiter et des actions à mener. Dans la sphère urbaine ils ne portent que des revendications consensuelles et abstraites comme débarrasser la ville des embouteillages. Nous sommes d'accord avec eux sur le fond mais nous ne cautionnons pas leur manière de négocier en permanence. Ce qu'ils font nous ennuie et nous n'y comprenons pas grand chose, nous ne sommes pas des politiciens.

ALR : Pourquoi prenez-vous vos distances avec l'opposition, est-ce pour son manque de créativité ?

Igor P: Oui, nous pensons que les gens peuvent s'organiser eux-mêmes dans leurs quartiers sans attendre que des leaders d'opposition gagnent les élections et résolvent leurs problèmes. Nous estimons que la société ne doit pas être divisée entre ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l'ont pas. Il y a plein de petites relations interpersonnelles que le Pouvoir n'a pas organisées mais que les gens ont tissées pour se protéger d'une réalité qu'ils ne peuvent, soi-disant, pas changer. Nous partons du principe que tout le monde a du pouvoir, celui-ci n'est pas seulement national et étatique. Il y a beaucoup de problèmes locaux dont l'opposition nationale n'a aucune idée. Et il y a de petites actions qui, même si elles ne sont pas très visibles, sont menées par la population et qui sont importantes pour elle, c'est là que nous intervenons.

ALR : Quel est votre objectif ?

Igor P : L'objectif est de donner aux citoyens le sentiment de vivre avec la ville, que cette ville n'est pas la propriété d'une poignée de bureaucrates à qui il faut demander par écrit de changer quelque chose, mais bel et bien leur ville parce qu'ils y vivent, et qu'en y vivant ils la transforment. Si de nombreux citoyens prennent conscience qu'ils peuvent changer les choses, alors elles changeront. La ville n'est pas juste une concentration d'habitants, un espèce de cauchemar que l'on fait lorsqu'on n'est pas à la datcha, mais c'est notre mode de vie en tant que citadins et il ne tient qu'à nous de l'améliorer. La campagne n'est pas faite « d'habitants de la campagne » mais de paysans, la ville n'est pas faite « d'habitants de la ville » mais de citadins.

Nous ne prétendons pas régler tous les problèmes, mais nous pointons le doigt sur les manques, nous donnons un exemple d'action et laissons ensuite les gens continuer à agir eux-mêmes.

ALR : Inspirer au lieu de convaincre, c’est ça ?

Igor P : Oui. Et ça marche. Par exemple, nous sommes allés à Novossibirsk raconter aux camarades ce que nous faisons. Une fois partis, nous avons appris qu'ils avaient enfilé eux-mêmes leur gilet orange pour tracer dans la ville des passages piétons et autres signalisations favorables aux vélos.
Le problème de la suprématie de la voiture dans les villes post-soviétiques n'est certes pas le plus grave et le plus profond mais il affecte tout le monde et peut être résolu de manière simple et efficace par la réappropriation de la route. Si le passage piéton improvisé est utilisé et apprécié des citadins, les médias et les autorités se décideront finalement à agir, comme cela a été le cas à Novossibirsk.

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Portrait de Platon

Article très positif. Merci !



Portrait de Milou

Enfin un article positif sur la jeunesse russe !

Milou



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