Embargo alimentaire : la punition russe

Les pays touchés par l’embargo alimentaire décrété par la Russie voient d’un mauvais œil les pays non concernés prendre des parts de marché occupées initialement par ces premiers.

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Babouchkas au marché de Kostroma. Photo MD/ Russie Info

La Grèce dénonçait hier le "manque de solidarité" de certains pays européens qu’elle accuse de "profiter" de la situation pour renforcer ses positions commerciales.
Le marché russe ne représente, selon le ministère du Développement économique, que 1,5% de l'ensemble des exportations grecques, mais est l’un des principaux débouchés des producteurs de fruits et légumes. Par exemple, certains producteurs de pêches et de nectarines dans le nord-ouest de la Grèce exportent environ la moitié de leur production vers la Russie. Un marché qui sera convoité par la Turquie.

Autre pays non sujet à l’embargo, la Suisse qui pourrait aussi bénéficier de nouvelles opportunités en Russie, notamment en exportant ses fromages. Dans ce contexte, de nouveaux pays vont se positionner sur le marché russe, la Russie ouvrant son marché au profit de pays européens non concernés par l’embargo, de l'Asie ou de l'Amérique latine.

Bruxelles envisage de saisir l’OMC

La Russie importe 35 % de sa consommation alimentaire et est le cinquième plus gros importateur de produits agroalimentaires dans le monde. Les représailles russes vont freiner la croissance en Europe, pour les experts de l’investissement qui expliquent que "sanction contre sanction, on est entré dans un cycle négatif " qui pèse sur le moral des industriels et investisseurs.

L'Union européenne a prévenu jeudi qu'elle se réservait "le droit de prendre des mesures" contre Moscou, et envisage de saisir l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Selon le ministre de l'agriculture, Stéphane Le Foll, une réunion européenne se tiendra "dès la semaine prochaine" à Bruxelles, suivie "si nécessaire d'un conseil informel".

Le boomerang russe

En attendant, les Russes accepteront-ils une hausse des prix liée à l’embargo et supporteront-ils d’être privés de produits alimentaires sans que cela leur rappelle les pénuries des années soviétiques ?
Déjà des internautes ironisent et postent des photos suggérant que Poutine met les Russes au régime sec. Comme celle du journaliste russe Roman Dobrokhotov qui a fait le tour du web légendée : " En réalité, le Kremlin a déjà interdit les produits étrangers par anti-occidentalisme, et voilà à quoi ça ressemblait."

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Dobrokhotov

Roman Dobrokhotov a aussi créé une page Facebook demandant à ses lecteurs de partager leur mémoire du “bon vieux temps” soviétique, en envoyant des photos souvenirs peu amènes de l'époque.

D'autres plus fatalistes, vivent cette mesure d’embargo sereinement. "On mangera des patates, des choux, des carottes. Ce que l’on a toujours mangé", explique un grand-père russe de 65 ans qui balaye cela d’un revers de main.

Selon le président de l’Union des consommateurs russes, Piotr Chélits, les nouveaux fournisseurs de la Russie "permettront de compenser la baisse du volume des importations" des produits agroalimentaires en quelques mois. D’ici là, il souligne qu’il "n’y aura pas de pénurie" car les "stocks déjà constitués permettront largement de couvrir la demande".

A cela, le gouvernement russe prône une occasion unique de favoriser la production locale, avec une aide de l’état. Un argument que dénonce l'économiste Igor Nikolaïev, directeur de l'Institut d'analyse stratégique FBK qui expliquait à l’AFP que "la substitution des importations par la production intérieure n'est rien d'autre qu'un conte de fées".
"Pour soutenir les agriculteurs, il faut de l'argent. Or, il n'y en a pas", a t-il ajouté.

De son côté, le quotidien russe Nezavissimaia Gazeta a qualifié ce matin la décision d’embargo russe de "mesure radicale" et estime qu’elle va "entacher l’image du gouvernement et du président" auprès de la population russe et du monde des affaires.

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