Elections américaines : ce que pensent les Américains vivant à Moscou

Le 8 novembre prochain, les Américains sont appelés à élire leur nouveau président. Ceux vivant à Moscou ont aussi suivi la campagne électorale et semblent aujourd’hui peu optimistes quant à l’issue du scrutin.

À quatre jours de l’élection du 45e président des États-Unis, nombreux sont les citoyens américains à l’étranger qui annoncent avoir déjà voté ou être en passe de le faire. En cause, une procédure de vote par procuration à la portée de tous. “Les démarches sont assez simples”, témoigne Jeff, 52 ans, commercial. “Il suffit de s’inscrire en ligne sur le registre des électeurs de son État et d’envoyer son vote par e-mail”.
Étudiant au MGIMO, Michael prévoit lui aussi de voter via internet pour l’Arizona dont il est originaire. Sa principale motivation ? “Exercer ce droit, qui est aussi un devoir en tant que citoyen d’un pays démocratique”.

Malgré la facilité du processus, d’autres ont décidé de ne pas voter par procuration. C’est le cas de Tanner, étudiant en politique extérieur. “Le système de vote par e-mail requiert de nombreuses informations personnelles et je ne souhaite pas les divulguer”, explique-t-il.
Même chose pour Michelle, 22 ans, qui doute elle aussi de la protection des données sur internet. Si Erik, universitaire à Moscou, ne semble lui gêné en rien par les démarches, il est toutefois pessimiste quant à la portée de son vote : “Je doute que ma voix ait un quelconque impact, car il est très probable que mon État, l’Arizona, revienne à Donald Trump”.

Une campagne électorale décevante

Le candidat Républicain est d’ailleurs récemment remonté dans les sondages après que le FBI a obtenu lundi un mandat pour poursuivre son enquête sur l’affaire des e-mails pesant sur Hillary Clinton.

Les derniers sondages d’opinion du site USA Today donne toutefois la candidate Démocrate gagnante avec 45,3% des voix, suivie de très près par Donald Trump avec 43,1%.
Si les représentants des deux principaux partis sont loin devant leurs concurrents, ils n’en sont pas moins impopulaires auprès de la population.
“J’ai du mal à imaginer des candidats plus impopulaires que Trump et Clinton”, lance Michelle, pour qui les débats ont été “totalement absurdes”.

Erik va même jusqu’à parler du “pire panel de candidats” que l’on pourrait imaginer. “Donald Trump est un personnage embarrassant de par sa rhétorique et sa personnalité”, détaille-t-il. “Mais Hillary Clinton est encore plus perturbante car elle a de sérieux problèmes de malhonnêteté et prône une politique étrangère agressive”.

La grande majorité des Américains de Moscou s’accordent également à trouver cette campagne électorale particulièrement décevante. “Je pense qu’elle illustre parfaitement la polarisation du système politique autour de deux candidats et le haut niveau de mécontentement de la population”, regrette Michael.

“J’ai l’impression de tout observer depuis l’extérieur et je suis outrée par la tournure des événements ” s’exclame Julia, qui n’a pas vécu sur le sol américain depuis près de 20 ans. “On dirait un cirque et cela fait passer l’Amérique pour une grosse blague. Les débats constructifs ont laissé place à des attaques personnelles et des humiliations entre les candidats”.

Jeff suit l’actualité de très près et avoue aujourd’hui “avoir presque honte de la bassesse de cette campagne”. “L’Amérique et les Américains en ont aussi marre de l’aspect financier dans la politique. Les choses doivent changer”.

Un réchauffement diplomatique peu probable

S’il espère de profonds changements dans le système politique américain, Jeff appréhende la possible modification des relations diplomatiques entre les États-Unis et la Russie et redoute même “un effet considérable”. “Si Clinton est élue, l’effet sera désastreux. Si c’est au contraire Trump qui est élu, on ne peut qu’espérer qu’il désamorce la situation en Syrie”, déclare-t-il. “Je pense qu’il cherchera à cesser ce militarisme intensif que prône malheureusement notre pays depuis des dizaines d’années”.

Même son de cloche du côté d’Erik qui surenchérit : “Hillary Clinton représente une vraie menace. Elle tient des propos très durs envers la Russie et est persuadée que cette tactique sera bénéfique à sa politique”.

Dans un climat de fortes tensions, de nombreux médias ont ainsi émis l’hypothèse d’une Troisième Guerre mondiale dans un futur proche.
Une théorie très peu probable selon Julia : “J’ai tendance à croire que personne en Amérique ne souhaite entrer en guerre contre la Russie. Il est même vraisemblable que les deux États soient encore amenés à travailler main dans la main dans les années à venir".
Quel que soit le vainqueur des élections, les États-Unis et la Russie continueront de coopérer dans des domaines tels que l’espace et le maintien de la paix”, assure ainsi Michael.

Le mythe de l’anti-américanisme

Au vu des tensions exacerbées entre Washington et Moscou, on serait tentés de croire en l’existence d’un profond sentiment anti-américain en Russie. Mais la plupart des Américains conviennent qu’il n’en est rien. “Cet anti-américanisme existe surtout parmi les personnes moins éduquées ou celles qui se laissent facilement influencer par les propos nationalistes des médias et des politiques”, affirme Jeff qui vit à Moscou depuis 17 ans. Une impression partagée par Erik : “Mes expériences personnelles sont en totale contradiction avec ce que les gens qui ne connaissent pas la Russie disent sur ce pays. Les médias occidentaux décrivent un triste tableau qui est loin de la réalité”.

Étudiant depuis septembre à Moscou, Tanner se rappelle avait entendu des gens critiquer ouvertement son gouvernement au sein de son université. Une situation que Michael explique par “l’existence d’un anti-américanisme au sein de l’élite politique russe”. “La Russie se complait à accuser les États-Unis et l’Occident pour ses maux, tandis que les USA mènent une politique de déstabilisation envers Moscou”, précise-t-il.

Michelle prône, elle, l’idée que “les gens savent faire la part des choses entre la politique et les relations humaines”. Une théorie confirmée par le témoignage de Julia. “Un jour, alors que je faisais mes courses dans un supermarché, un homme vient me voir après m’avoir entendu parler anglais. Il commence alors à me montrer ses vacances en Amérique avec un grand sourire”, raconte-t-elle.
Au moment de partir, il m’a dit une phrase à laquelle je pense souvent : “N’écoutez pas ce que les gens peuvent dire. Nous sommes tous amis”.”

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