Education des petites filles russes: féminité et travail

Les femmes russes transmettent tous les attributs de la féminité à leur petite fille. Une éducation qui encourage l’identification de la fille à son sexe et qui valorise les stéréotypes féminins, mais sans pour autant discriminer la femme.

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Autoportrait de Zinaïda Evguenievna Serebriakova (1884-1967), artiste peintre russe

Tania, 8 ans, resserre ses longues couettes blondes avant de quitter sa mère pour retrouver ses copines de jeux. Jean slim, boléro noir sur tee-shirt aux motifs pailletés, ballerines tendance aux pieds. Tania est impeccable. Elle porte la panoplie parfaite de la petite moscovite. Dans le parc autour d'elle, une dizaine de petites filles rivalisent d’élégance.

A l’école de danse, dans un autre quartier de Moscou, des mamans assises, droites comme des « i », maquillées avec soin, les talons hauts, attendent leur fille. Elles ne portent pas toutes des vêtements de marque mais leur tenue est soignée. Elles repèrent les étrangères, françaises, en Converses et jeans, les cheveux noués en un chignon qui ne tient pas.

«On se demande comment elles ont fait pour se marier !», lache une femme russe.

«Tu ne sais pas quand le destin te rattrapera»

Les habitudes vestimentaires des femmes russes étonnent. «Même en hiver, les femmes russes n’hésitent pas à porter des escarpins dans la neige», remarquait le responsable de la marque Clarins en Russie. A cela, Macha Petrovna, 36 ans, Peter-bourgeoise vivant à Moscou, répond :

« Notre façon d’être, soignée et ordonnée, vient de notre éducation, de nos mères et nos grand-mères. Les femmes doivent être toujours parfaites parce que tu ne sais pas quand le destin te rattrapera. Une femme qui n’est pas mariée peut rencontrer son futur amour et celle qui l’est déjà prouvera à son mari qu’elle est belle et désirable. Nos filles grandissent avec l’idée que leur apparence doit être irréprochable. D’une jeune fille qui sait se tenir et qui s’habille soigneusement, on peut dire : sa famille est bien».

Malgré une apparente rigueur, les petites filles ne s’élèvent ni dans l’interdiction ni dans la frustration. Irina, babouchka moscovite de 60 ans considère sa petite-fille comme «une personne précieuse», à qui elle ne refusera jamais rien. Tandis que son petit fils est plus libre dans ses attitudes et sa tenue vestimentaire.

«Travaille beaucoup et le chemin de la vie te sera facile»

Toutefois, conjointement à cet apprentissage de la féminité, le message des parents concernant la scolarité des filles est clair : «Travaille beaucoup, étudie bien et le chemin de la vie te sera facile », rappelle Macha. Et s’il ne devait y avoir qu’une obligation pour les petites filles, ce serait sans doute celle de réussir leurs études.

Ancienne ingénieur, Irina n’aime pas l’éducation que les filles reçoivent : «Elle développe l’égocentrisme et structure des femmes exigeantes et orgueilleuses».
Et pourtant, elle reconnait ses effets positifs : «L’ego qu’elles ont développé petite, ainsi que l’apprentissage de leur féminité à cela de bon : elles ont besoin d’être reconnues dans leur travail et veulent se démarquer positivement».

Elle explique également que les femmes russes actuelles font face à la réalité de la vie en endossant non seulement les responsabilités familiales mais aussi professionnelles. Elles travaillent avec la détermination et la volonté de gravir les échelons.

Ainsi, les stéréotypes assignés aux fillettes pendant leur prime éducation ne semblent pas discriminatoires en Russie où 99% des femmes travaillent et selon le service de consulting de la compagnie Grand Thornton, on trouve des femmes aux postes de dirigeants de 89 % des sociétés russes. C'est le pourcentage le plus élevé au monde.

Aussi, si au début de la perestroïka, les sondages révélaient que 70% des parents souhaitaient un bon mari pour leur fille contre 30% qui plaçaient leur carrière en premier, vingt-cinq ans plus tard, les priorités sont bel et bien inversées.

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