Economie: le rouble faiblit, est-ce une bonne nouvelle ?

Faut-il saluer la faiblesse du rouble ? La question a été posée par les analystes locaux depuis le début de l’année car la monnaie russe est à nouveau sur une pente descendante. De notre partenaire le Fil Franco-Russe.

russie-monnaie-rouble-economie-banque-finance
Rouble, monnaie russe - Russie Info

En quelques semaines de janvier le rouble a abandonné son taux de change à 44 roubles pour un euro, en glissant jusqu’à 49, pour ensuite se rétablir à 48 roubles pour un euro mi-février. Soit une perte de 9% de sa valeur.


A l’origine de ce phénomène, le changement de politique de la Banque centrale russe. Elle avait prévenu de longue date : dès le début 2014, la banque allait arrêter ses interventions pour maintenir le taux de change, qu’elle menait régulièrement toute la deuxième moitié de l’année 2013. La Banque centrale souhaitait maintenant reconstituer ses stocks de devises.
Andrei Siluanov, ministre des Finances russe a annoncé le cadre : 200 milliards de roubles soit l’équivalent de 4,5 milliards d’euros seront consacrés à l’achat des devises sur les trois mois à venir. Une opération monétaire ordinaire mais les marchés russes sont très sensibles à ce genre d’annonce.

Echaudés par plusieurs crises, les investisseurs locaux ont tendance à voir l’ombre d’une dévaluation partout. Alors dès que la Banque centrale a commencé à acheter des devises, les entreprises et même les particuliers ont suivi le mouvement en essayant de gagner en vitesse.
Résultat, le rouble a dévissé en janvier. Provoquant une désagréable surprise pour les dirigeants russes qui s’apprêtaient à vanter la stabilité économique du pays pendant les Jeux de Sotchi. Un exercice compliqué quand les bureaux de change doivent modifier les taux affichés tous les jours et pas à la baisse.


Un rouble faible pour favoriser l’export

Après des conciliabules au Kremlin, la Banque centrale a été priée de faire marche arrière. Aleksei Moiseev, vice-ministre des Finances, a annoncé début février un arrêt provisoire des opérations d’achat des devises. Le rouble s’est stabilisé, mais les analystes s’interrogent sur la suite. La banque va-t-elle continuer à soutenir le rouble une fois la flamme olympique éteinte ? Car la doctrine économique qui se profile de plus en plus à Moscou, prévoit un rouble faible afin de favoriser les producteurs locaux qui travaillent pour l’export, ceux qui gagnent des devises mais paient les salaires et les impôts en roubles.

Une stratégie taillée pour aider les producteurs du gaz et du pétrole. Les producteurs nationaux qui travaillent pour le marché intérieur ne seraient pas pénalisés non plus car ils pourraient devenir plus compétitifs par rapport aux importateurs.

Du moins en théorie, car en pratique ils utilisent des matières premières et des composants importés.
Les importations des produits manufacturés seraient en revanche pénalisées par une politique du rouble faible : l’habillement, les chaussures, les accessoires des marques occidentales verraient leurs prix de vente en Russie augmenter. La consommation a déjà baissé de 2% en janvier 2014 par rapport à janvier 2013, selon le cabinet Romir.

34 millions de Russes ont un crédit en cours

Qui explique le phénomène par la réorientation des revenus disponibles vers l’achat des devises. Cette baisse sera-t-elle durable ? Ce n’est pas certain, car les Russes ne pratiquent pas une approche raisonnée de la consommation des marques. Les produits occidentaux représentent pour eux un synonyme de réussite et un signe d’appartenance sociale.
Quitte à prendre un crédit sur les lieux de vente pour acheter un vêtement ou une paire de chaussures de marque. Près de 34 millions de Russes, soit 45% de la population active, ont un crédit en cours, selon le Bureau national de l’historique des crédits.

Et ce n'est pas fini : le volume des crédits délivrés aux particuliers a encore augmenté de 29% en 2013, selon la Banque centrale. Cela représente un danger de surendettement à terme mais c'est un autre problème. Dans l’immédiat, les crédits devraient continuer à soutenir la consommation en Russie.

Retrouvez RUSSIE INFO sur Facebook et Twitter

Avec notre partenaire:
0


0
Login or register to post comments